‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 97 sur 174 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Des causes occasionnelles, et si les créatures agissent.

305. On a dispute; depuis longtemps si les créatures agissent ou n'agissent pas, si elles sont simplement des causes occasionnelles ou de véritables agents. On a fait des volumes infinis sur cette matière , et les plus grands esprits s'v sont non-seulement exercés, mais échauffés vivement. Le public attentif à leur querelle ne s’est lassé de les suivre que parce qu’on ne pouvait plus les comprendre ; les combattants eu\mèmes s’étaient-ils jamais bien entendus? Pour y réussir, n’auraient-ils pas dù se dire : Nous disputons si les créatures n'agissent jamais, et si Dieu seul agit à leur occasion ; mais qu'est— ce qu agir, qu’est-ce qu action? eu sommes-nous convenusY Tout le monde en convient-il? et par le même mot que nous employons tous, entendons-nous précisément la même chose ? Ou je suis trompé , ou ils auraient trouvé que non.

Car enfin, le mot agir ou action étant manifestement équivoque, et faisant des idées toutes différentes à l’égard de Dieu et à l'égard des créatures , qu’on nous dise donc l’idée précise et générale qu’on attache à ce mot agir, pour examiner s’il convient à la créature et à Dieu , et pour découvrir si les créatures agissent ou n’agissent pas, tandis que nous convenons tous que Dieu agit.

306. Dans la créature inanimée, l’idée que nous avons • d’agir n’étant qu’un corps mis en mouvement par la rencontre d'un autre qui y était lui-mème, l’idée d'agir ne convient pas à Dieu , puisque Dieu n'est pas un corps en mouvement.

307. Dans. Dieu , l’idée d’agir est ce qui arrive ; quand , à sa simple volilion , il se fait quelque chose hors de lui. A

prendre en ce sens l’idée d'agir, on ne peut sensément demander si une créature inanimée agit, puisqu’elle .es^ incapable de volition. On ne saurait donc encore, dans ce sens-là, demander si agir est une propriété qui convienne également à Dieu et aux corps.

308. D’ailleurs, un corps n’est jamais mis en mouvement par lui-même, mais par un autre corps, et cet autre encore par un autre, jusqu’à ce qu’on vienne à un moteur qui soit un esprit.

309. Voyons présentement si agir est quelque chose qui , dans son idée précise, convienne également et à Dieu et aux esprits créés, tels que l’âme humaine. Celle-ci est dite agir au dedans d’elle-même par ses pensées et ses volitions , et au dehors, par le mouvement qui, selon sa volonté ou sa pensée , se fait en certains corps.

310. Dans la première considération , puisqu’on appelle agir ce qui se passe en moi quand il me survient une pensée ou une volition qui n'v étaient pas , en ce sens-là, il est manifeste que mon àme agit et que Dieu n 'agit point; car il survient à mon àme, au dedans de son être, une pensée et une volition, ce qui est une nouvelle modification dans sa substance ; au lieu que Dieu étant parfaitement le même de toute éternité , il est incapable d'aucune nouvelle modification dans sa substance.

31 1 . Il est vrai , dira-t-on ; mais on demande si c’est Dieu qui soit le principe de ces modifications de l’àme et qui les produise ? Pour répondre à la question, souvenonsnous que nous n’avons encore naturellement aucune idée de ce mot agir par rapport à Dieu, sinon l'idée de ce qui se passe quand il survient hors de lui quelque chose qui n'existait pas, et uniquement parce qu’il le veut.

312. Mais cette idée même, parce que Dieu le veut, fait encore ici une équivoque, et ces termes peuveht signifier deux choses fort différentes : l une, que Dieu veut en général que l’àme humaine soit telle, qu elle contribue elle-même à

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