DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. XVIII
ses voûtions et à ses pensées , qui sont ses propres modifications.
Ou bien cès termes, parce que Dieu le veut , signifient que chaque peasée ou valition qui survient à notre Ame , y survient uniquement par une volonté particulière de Dieu ; en sorte que notre âme ne contribue pas plus à mettre en ellemême ses propres voûtions et pensées qu’une pierre, par exemple, ne contribue à mettre en elle le mouvement qui n*v était pas.
313. J'ai parlé de la volition comme de la perisée, l’une et l’autre étant également une modification de l'Ame. En effet, si notre Ame ne peut contribuer en rien à la modification de sa pensée, comment contribuerait-elle davantage à la modification de sa volition? Dire donc que mon Ame n’a pas plus de part à former sa modification (qui est la volüion et la pensée), que la matière n’en a pour former en elle sa modification (qui est le mouvement), ce serait dire que l’Ame n’a pas plus d’efiicace qu’une motte de terre ou un morceau de bois.
31 4. Mais sans considérer ici ce qu’une pareille opinion aurait de pernicieux pour les mœurs et. pour la religion , je dis que, même dans la pure 'spéculation naturelle, elle est manifestement déraisonnable. Quand un corps est mis en mouvement, nous voyons (et souvent même de nos yeux) ,que le principe de ce mouvement est extérieur à ce corps; et nous ne voyons A l’égard de l’Ame aucun principe extérieur de sa pensée et de sa, volition : nous en voyons bien l’occasion dans les objets qui frappent les sens; mais jamais on ne peut imaginer qu’un objet corporel soit le principe d’une pensée , et qu’il la produise.
315. Ce principe sera donc en mon Ame même, comme l'a toujours cru le genre humain . et ce sera là une de ces premières vérités qu’on ne saurait ni prouver ni attaquer par une vérité antérieure et plus claire. En effet , si l’on prétend
. |’attaquer en disant qu'un# simple créature telle que l'âme est
incapable de ne modifier elle-même , pour on ooncluro que ce n'est point l'âme qui produit en elle sa propre / 'tensêe , co sera justement apporter en preuve l’état de la question ; car il s’agit de savoir si une créature spirituelle telle que lûme ne. peut et ne doit pas se modifier elle-même , le sentiment naturel qu'en ont eu tous les hommes, et en tous les temps, étant pour l'affirmative. Si l'on ajoute que le corps ne pouvant pas se donner la modification qui lui est propre, l'esprit ne pourra pas davantage se donner la sienne, c’est parler de nouveau pour ne rien dire. La question est justement de savoir s'il n’est pas de l’essence d’un esprit de se modifier lui-même; à la différence des corps, qui essentiellement en sont incapables.
316. Dans cette question cependant, où tout le genre humain est d’un même sentiment , de quoi s’avisent un petit nombre de philosophes spéculatifs, de prétendre dire le con-
» traire», sans apporter, pour détruire le sentiment commun à tout le genre humain, d’autres preuves que l’état même de la question sous des termes plus embrouillés?
317. Avec cette situation des esprits, la question tombera donc comme j'ai dit sur une première vérité. Si l’on prétend y opposer une autre vérité aussi claire, et qui soit donnée aussi pour première vérité , je demande qui sera le juge légitime dans la contestation, sinon le sentiment le plus répandu dans tous les hommes, et à quoi ils se rendent, le plus naturellement? Quand donc je donne pour première vérité que mon âme produit le mouvement dans mon corps, et que le P. Malebranche, de son côté, donne pour première vérité qu’un esprit ne saurait agir sur un corps, nous voilà jusqu’ici sans pouvoir nous rien prouver l’un à l’autre. Cependant j’ai
'démon côté le sentiment naturel répandu de tout temps dans tous les hommes ; et de son côté il a une réflexion particulière, savoir : qu’il ne voit point de rapport entre un esprit et un corps, ou que dans l'idée de son âme il ne trouve point la faculté ou vertu de remuer son corps. Mais sa preuve se trou-
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vera des plus mal fondées; il conclura qu’une chose n’est point , seulement parce qu'il n’en peut avoir l'idée : c'est la conséquence d’un homme né aveugle qui nie les couleurs, parce qu’avec tout l'effort de son esprit il n’en peut trouver ni apercevoir l’idée.
318. Pour nier donc avec quelque fondement que l’ûme est incapable de remuer un corps, il faudrait être bien certain «pie nous avons une idée claire, totale et complète de toute la nature de l’âme , et que nous connaissons son essence intime et réelle autant qu’elle peut absolument être connue. Or, c’est ce qui n’est pas, et tout le monde en convient. Les hommes sont portés invinciblement à juger vraies bien des choses dont ils ne peuvent connaître la nature ni l’essence. Nous ne pouvons connaître la manière de l’union de notre âme avec notre corps : en conclurons-nous pour cela (pie cette union n’existe point? A quoi ne nous conduirait pas ce raisonnement? Combien est-il plus judicieux d’admettre, conformément à l'expérience, la réalité et l’existence de mille objets où nous ne comprenons rien? Un sentiment répandu par la nature dans tous les hommes étant un guide sûr, n’allons point quitter sa lumière pour suivre nos illusions.