CHAPITRE XIX
Notions précises d'agir, action, cause, effet, etc.
31 9. Pour résultat des discussions précédentes , disons ce que l’on peut répondre d’intelligible à la question : Qu’est-ce qu'agir? Je dis qùe , par rapport aux créatures , agir est en général la disposition d'un être, en tant que par son entremise il arrive actuellement quelque changement; car il est im possible de concevoir qu’il arrive naturellement du changement dans la nature, que ce ne soit par un être qui agisse ;
et nul être n’agit qu’il n’arrive du changement ou dans luiméme ou au dehors.
On dira qu’il s’ensuivrait que la plume dont j’écris actuellement devrait être censée agir, puisque c’est par son entremise qu’il se fait du changement sur ce papier, qui de non écrit devient écrit; à quoi je réponds, que c’est de quoi le torrent même des philosophes doivent convenir dès qu’ils donnent à ma plume , en cette occasion , le nom de cotise instrumentale ; car, si elle* est cause, elle a un effet, et tout ce qui a un effet agit, puisqü’agir et avoir un effet c’est formellement la même chose.
320. Je dis plus; ma plume en cette occasion agit aussi réellement et aussi formellement qu’un feu souterrain qui produit un tremblement de terre ; car ce tremblement n’est autre chose que le mouvement des parties de la terre excité par le mouvement des parties du feu ; comme les traces for- . mées actuellement sur ce papier ne sont que de l’encre mue. par ma plume, qui elle-même est mue par ma main ; il n’y a donc de différence, si non que la cause prochaine du mouvement de la terre est plus imperceptible, mais elle n’en est pas moins réelle.
321. J’avoue que quand la cause prochaine d’un mouvement corporel échappe à nos sens, nous disons plus particulièrement que le corps où il se fait agit, et que nous sommes portés à croire que les corps où il se fait un mouvement imperceptible ont en eux-mêmes le principe de leur mouvement; mais si nous les supposons de purs corps (car je ne parle point ici de l’àme des bêtes, à la nature desquelles nous ne comprenons rien), il est manifeste qu’un corps n’est jamais mis en
mouvement (pie par un agent extérieur. Par là notre définition d'agir conviendra très-bien à tout ce qui est dit agir à l’égard des corps.
322. Kilo conviendra encore mieux à ce qui est dit agir à l’égard des esprits ; soit au dedans d’eux-mêmes par leurs pensées et leurs voûtions, soit au dehors par le mouvement