‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 110 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

^iJonunent l'amour-propre produit la civilité.

Il n'y a rien de si naturel à l'homme que le désir d'être aimé des autres, parce qu'il n'y a rien de si naturel que de s'aimer soi-même. Or, on désire toujours que ce qu'on aime soit aimé. La charité qui aime Dieu désire que Dieu s<Ht aimé de toutes les créatures ; et la cupidité qui s'aime soi-même désirerait que noos fussions l'objet de l'amour de tous les hommes.

Nous désirons d'être aimés pour nous aimer encore davantage. L'amour des autres envers nous fait que nous nous jugeons plus dignes d'amour, et que notre idée se présente à nous d'une manière plus aimable. Nous sommes bien aises qu'ils jugent de nous comnve nous en jugeons nous-mêmes, parce que notre jugement, qui est toujours faible et timide quand il est tout seul, se rassure quand il se voit appuyé de celui d'autrui, et ainsi il s'attache à soi-même avec d'autant plus de plaisir qu'il est moins troublé par la crainte de se tromper.

Mais l'amour des autres envers nous n'est pas seulement l'objet de notre vanité et la nourriture de notre amour-propre, c'est aussi le lit de notre' faiblesse. Notre âme et si languissante et si faible qu'elle jae saurait se soutenir si elle n'est comme portée par l'approbation et l'amour des hommes. Et il est facile de le reconnaître en s'imaginant un état où tout le monde nous condamnerait, où personne ne nous regarderait qu'avec haine et avec mépris, ou en se figurant un oubli général de tous les hommes envers nous ; car, qui pourrait souffrir cette vue sans effroi, sans abattement? Or, si cette vue nous abat, il fallait que la vue contraire nous soutint, sans même que nous y fissions réflexion.

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