DE LA CIVILITÉ
comme elle fait la vie , la santé et la force de nos âmes, nous de- VODS chercher des occasions de la pratiquer; et il n'y en a point de plus fréquentes que celles que nous fournit la civilité.
Nos âmes sont sujettes à plus d'une sorte de maladie, et il faut bien prendre garde qu'en tâchant d'éviter les unes on ne tombe en d'autres plus dangereuses. C'est un mal que d'avoir de la complaisance dans l'amour que les hommes ont pour nous; mais c'est encore un plus grand mal d'a\ oir de l'indifférence pour les hommes, d'être insensible à leurs biens et à leurs maux, et de se renfermer en soi seul, de ne songer qu'à soi; et l'amour-propre ne nous donne pas moins de pente à ce vice qu'à tous les autres. Or il arrive souvent, si l'on n'y prend garde, qu'en prétendant se détacher de ces commerces de civilité et d'amitié envers les hommes, on tombe dans un état de sécheresse, de froideur et d'indifférence intérieure pour eux. On les oublie, non pour s'attacher à Dieu, mais pour se remplir de soi-même; on s'éloigne d'eux insensiblement, ils nous deviennent étrangers, et en voulant pratiquer la charité d'une manière trop spirituelle, nous perdons effectivement la charité spirituelle et l'affection humaine qui fait le lien de la société civile. .
La charité se porte encore à la civilité par les avantages qu'elle en retire; car il n'y aurait rien de plus utile que la civilité si nous la savions bien ménager. Elle nous donne lieu d'honorer dans les hommes toutes les grâces que Dieu leur distribue, et de diversifier nos mouvements intérieurs selon la diversité de ces grâces; car si c'est une personne pénitente et que Dieu ait retiré des dérèglements du monde, nous devons honorer en elle la force de la grâce de Jésus-Christetsa victoire sur le monde. Nous devons respecter en elle la pénitence et la considérer comme étant par cette verta beaucoup au-dessus de nous. Si ce sont des grands, on honore en eux l'autorité de Jésus-Christ à laquelle ils participent ; et si ce sont des grands vertueux, on honore la grandeur de la grâce qu'ils ont reçue, qui leur a fait surmonter tous les obstacles de leur condition. On honore la pauvreté de Jésus-Christ dans les pauvres, son humilité dans ceux qui sont humbles ou qui sont dans un étal rabaissé, sa pureté dans les vierges, ses souffrances dans ceux qui sont affligés; et enfin sous l'apparence d'une vertu toute hnmaine, l'on pratique et l'on honore toutes les vertus chrétiennes. * Il est vrai que Ton pourrait à peu près faire toutes ces choses par des actions purement intérieures. Mais il est utile d'être averti de les pratiquer; et les devoirs de la civilité humaine nous en
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averiî88«Dt, comme les devoirs eitériears de respect que l'on rend à Dieu par la posture de son corps, nous avertissent de tâcher à mettre notre &me dans la disposition intérieure de respect et d'adoration où nous devons ètfe envers la divine majesté. Et ces avertissements nous sont d'autant plus utiles, qu'ils sont plus fréquents, et il est assez rare qu'on puisse pratiquer la charité envers le prochain par des services réels, les occasions ne s'en présentant pas souvent. Mais le commerce de la civilité est bien plus ordinaire et plus continuel. Il nous coûte peu et nous donne néanmoins moyen de gagner beaucoup.par cet exercice continuel de la charité.