‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 117 sur 196 · M LA CIVILITÉ · texte numérisé non relu

M LA CIVILITÉ

pas seuldment deces liens spirituels, mais aussi de ces autres cordas humaines qui la conservent.

Il arrive de là que lorsque ces petites cordes viennent à se rompre par une infinité de petits scandales, de petits mécontentements, de petites négligences, on vient ensuite à se diviser dans les choses même les plus importantes; et si l'on n'y prend bien garde, on trouvera que toutes les désunions fâcheuses que l'on voit arriver entre des personnes de piété qui avaient été autrefois fort unies, ont d'ordinaire été précédées de refroidissements causés par le manque d'attention à se rendre certains devoirs de civilité. Il serait à la vérité à désirer que l'union des chrétiens entre eux fût plas ferme, plus pure, plus indépendante de toutes ces consolations humaines ; et il faut travailler sur soi-même à s'en pouvoir passer ; mais la charité semble obliger à ne se pas dispenser à l'égard des autres de ces devoirs auxquels la civilité nous oblige, non en les jugeant faibles, mais en supposant qu'ils le peuvent devenir, et en évitant ainsi de leur donner aucun prétexte de refroidissement envers nous.

C'est pourquoi c'est une chose qui nous est fort recommandée par les apôtres, de rendre la piété aimable aux personnes mêmes du monde, aGn de les y attirer doucement. Or, il est impossible qu'elle soit aimable si elle est farouche, incivile, grossière, et si elle n'a soin de témoigner aux hommes qu'elle les aime, qu'elle désire de les servir et qu'elle est pleine de tendresse pour eux. Si l'on ne les sert pas effectivement par ce moyen, au moins on ne les choque pas, et l'on prépare toujours leur esprit à recevoir la vérité avec moins d'opposition. Il faut donc tâcher à purifier la civilité, et non pas à la bannir. Il faut attirer l'affection des hommes, non pour y prendre une mauvaise complaisance, mais afin que cette affection nous mette en état de les servir, et parce que cette affection même est un bien pour eux, qui leur donne de l'estime de la piété, qui les y dispose s'ils n'en ont pas, et qui sert à la conserver en eux s'il en ont.

L'apôtre saint Pierre, en nous recommandant d'inspirer l'humilité en toutes choses, ne nous recommande-t-il pas une pratique continuelle de civilité <*? car la civilité est une humilité extérieure, et elle devient intérieure quand nous l'exerçons par des vues spirituelles. Saint Paul la prescrit encore plus expressément lorsqu it ordonne do se prévenir les uns les autres par des témoignages de respect ; Honore invicem prœvenkntes ^,

(a) 1. reir,^ y, &. {b} Rom , XU, 10.

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