CHAPITRE IV
Autres remèdee contre les Jugements téméraires. Corriger la mslignité, te précipitation et l'attache à nos sens.
Mais comme il y a des rencontres où il n'est pas possible de ne se pas appliquer aux défauts qui sont comme exposés aux yeux, qu'il est difficile en d'autres de s'exempter d'en parler, et qu'il y a même des personnes qui sont obligées à l'un et à l'autre par le devoir de leur charge, il faut encore trouver d'autres remèdes contre le danger des jugements téméraires.
Les plus utiio^ sans doute seraient de remédier aux sources qui les produisent, dont les principales sont, comme nous avons dit, la malignité, la précipitation et l'attache à notre sens.
On remédie à la malignité en se remplissant le cœur de charité, et en l'y attirant du ciel par les voies que l'Écriture nous en ouvre. On y remédie en faisant souvent réflexion sur les vertus et les bonnes qualités des autres, en détournant sa vue de leurs défauts, en s'appliquant beaucoup à soi-même et à ses propres misères.
On remédie à la précipitation en s'accoutumant à aller moins vite dans ses jugements et à prendre plus de temps pour considérer les choses; en pensant que oe qui est vrai aujourd'hai le sera tout autant demain, et qu'ainsi il ne nuira de rien de prendre
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plut de temps poar l'examiiier; en modérant et arrêtant l'impétaoeité de son esprit et la légèreté de sa langue dans les cfioses même évidentes pour l'accoutumer à ne se pas précipiter dans les choses douteuses et obscures.
On remédie à l'attache à son sens par les réflexions continuelles qa'oD doit faire sur la faiblesse de son propre esprit et par l'expérince de ses égarements et de ceux des autres. Et une des choses les plas utiles que l'on pourrait faire, pour en profiler, serait de tenir registre des surprises où l'on se serait engagé en suivant trop légèrement ses impressions. Je dis qu'il en faudrait tenir registre, et le repasser souvent par sa mémoire, comme un objet humiliant, liais notre amour-propre fait tout le contraire. Il efface de notre esprit tous les jugements téméraires où notre présomption nous engage, et il nous conserve une vive idée de ceux qui, quoi* que peut-être téméraires en eux - mêmes, se sont trouvés véritables par hasard. Nous sommes ravis de dii'e : Cette personne ne m'a point trompé; je l'ai toujours connue telle qu'elle était ; jamais je n'en ai pu avoir bonne opinion. Et nous ne nous disons jamais à nojs-mêmes : Je me suis bien trompé en telle et telle occasion; j'ai soupçonné telle et telle personne de certains défauts sur des apparences que j'ai reconnues depuis très fausses; j'ai suivi légèrement en telle et telle occasion l'impression qu'on m'a voulu dooner, et j'ai reconnu depuis que j'avais mal fait de la recevoir à facilement sans en chercher d'autres preuves.