CHAPITRE PREMIER
<^te la eharité noas fait haYr tout ce qui la diminue, et par conséquent lea impressions désayantageuiea au prochain , parce qu'elles l'affaiblissent en pluieurt manièrei.
La charité ne nous porte pas seulement vers Dieu et vers le prochain, mais elle se porte en quelque sorte vers elle-même. «Il faut aimer, dit saint Augustin, Tamour par lequel on aime ce qu'il faut aimer. » DUigenda est ipsa dilectio, qud dUigitur quod diligioportet. «Je fais cela, dit- il encore, par Pamour de votre amour* : » Amore amoris tui fado istud. Et c'est dans le môme sentiment que le prophète-roi dit dans un de ses psaumes : «Mon ^e a sguhaité de désirer vos justifications » : Concupivit anima mfi0 desiderare justificationes tuas^. Il ne désirait pas seulement d'accomplir la loi de Dieu qu'il ent«nd par le mot de justification^ i&ais il en désirait aussi le dé^r. Un désir produisait l'autre : parce qu'il est impossible qu'on aime quelqu'un qu'on n'aime aussi l'amour qu'on lui porte, qu'on ne désire de l'augmenter, et qu'on n'en craigne la diminution et le refroidissement.
C'est donc un effet nécessaire de Tdmour sincère et véritable du prochain de nous faire craindre tout ce qui peut ralentir cet amour. Tous les nuages qui obscurcissent tant soit peu l'éclat de la charité sont pénibles à la charité. Tout ce qui l'empêche de se répandre avec liberté l'afQige, et elle tend toujours à donner un cours libre à ses mouvements, et à écarter tous les obstacles qui peuvent les arrêter ou les troubler.
Or, il n'y a rien qui cause plus ordinairement ce mauvais effet que les impressions désavantageuses que l'on conçoit du prochain,
(«) Ps , cxviii, conc. vui, n. 4. {b) Pt^ cxTlll, 20.