‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 144 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Qu'il n*y a personne en qai les discours des hoinines n'aient pfdduit de mintlis effets. Deux sortes de corruption, l'une naturelle et l'autre ajoutée; que celle-là naît particulièrement des discours des hommes.

Un grand saint considérant combien il était difficile que les enfants des païens résistassent à rimpression que faisait sur eux l'autorité de leurs pères, et que dans la faiblesse de jugement naturelle à cet âge ils s'élevassent au-dessus des personnes qu'ils voyaient plus sages qu'eux dans toutes les autres choses, dit que tout ce qu'ils pouvaient faire après avoir reconnu leur égarement était de se plaindre avec le prophète : «Que les discours des méchants avaient emporté leur jugement et leur raison; » Verba iniquorum prœvaluerunt super nos^ ; et de demander ensuite pardon

(a) P«. LXIV, 5.

DANGER DES ENTRETIENS DB8 HOMMES. :h7

a Dieu des péchés où l'exemple de leurs pères les avait précipités. Et impietatibus nostris tu propitiaberis.

Ceux à qui Dieu a fait la grâce de naître chrétiens et catholiques ne peuvent à la vérité s'appliquer ces paroles dans ce sens, puisque ceux à qui ils doivent la naissance les ont mis dans la voie de la vérité. Ainsi ils ne s'en doivent servir que pour exciter en eux des sentiments de reconnaissance, en considérant à combien de personnes il n'a pas fait la même grâce qu'il ^eur a faite, et combien ils lui sont redevables de les avoir exemptés des violences qu'il est nécessaire que les païens et les hérétiques se fassent pour vaincre en eux-mêmes les impressions de la coutume et de l'autorité, et pour renoncer à tous les préjugés dont leur esprit s'est rempli pendant qu'ils n'étaient pas encore capables de jager des choses par eux-mêmes, au lieu que la foi ne coûte presque rien à ceux qui ont eu le bonheur d'y être élevés dès leur enfance. Mais s'ils ne peuvent se les rendre propres en ce sens, ils le peuvent en un autre qui est encore plus général et qui n'est pas moins important. Car il n'y a personne qui ne doive reconnaître que les discours des méchants ont emporté sa raison, qu'ils ont corrompu son esprit et l'ont rempli de faux principes et de fausses idées, et même que ces faussetés qui naissent des discours des hommes y sont si fortement gravées que personne n'en est parfaitement guéri dans ce monde.

Or, pour comprendre de quelle sorte les discours des hommes corrompent notre esprit, il faut distinguer deux sortes de corruptions dans l'homme; l'une naturelle et l'autre ajoutée. Nous naissons tous dans l'ignorance de Dieu et de nous-mêmes, des vrais biens et des vrais maux ; nous apportons de plus en naissant und volonté toute plongée dans l'amour de nous-mêmes et incapable de rien aimer que par rapport à nous. Cette corruption se répand d'abord dans la recherche des plaisirs des sens et des honneurs, ces inclinations étant inséparables de l'amour de soi-même, parce qu'il enferme et l'amour du corps qui désire le plaisir, et celui de l'esprit qui se nourrit de l'honneur. Mais ces inclinations générales sont capables d'être beaucoup augmentées et diversifiées, tant par les objets extérieurs que par les impressions et les opinions de l'esprit.

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