CHAPITRE X
Baisons générales qui nous doivent faire désirer la connaissance de uoua-mémes. Mort du péché toujours accompagnée de l'ignorance de notre état. Adresses des hommes i se le d^giiiser en corrompant les règles de la morale.
On peut ajouter à ces raisons particulières qui nous doivent faire désirer de nous connaître, cette raison générale, qui doit faire encore plu» d'impression sur notre esprit et lui donner plus d'horreur de cet aveuglement, que comme la punition commune des r^rouvés dans l'autre vie sera de se voir eux-mêmes, le caractère gé- . néral des réprouvés en celle-ci est de ne se voir point : de sorte qu'il est également vrai que l'on n'entre dans le ciel qu'en se connaissant, et dans l'enfer qu'en ne se connaissant pas.
La mort du péché, qui est la cause de la mort étemelle, est toujours accompagnée, d'un sommeil malheureux, qui nous prive de la connaissance de notre état. Et c'est pourquoi le prophète demandait à Dieu avec instance « qu'il éclairât ses yeux , afin qu'il ne s'endormtt pas dans la morta», parce qu'il savait bien que cette mort était inséparable de ce sommeil, et que, pourvu qu'il ne dormît pas, il ne mourrait point. Illumina oculos meos, ne unquam àbdormiam in morte. L'état où le péché réduit l'homme est si horrible, qu'il ne le pourrait souffrir s'il le voyait ) et ainsi les hommes que le plaisir y attire trouvent moyen de se le déguiser à eux^ mêmes par mille adresses qu'ils sont malheureusement ingénieux k trouver.
L'une des plus criminelles, et néanmoins des plus communes, est
I (o)P«.,xu,4.
celle par laquelle les hommes étouffent en eux-mêmes la lumière quioeodainne leurs dérèglements, en les justifiant à leurs propres yeux par de fausses règles qui les autorisent. C'est la source de tant d'erreurs dans la morale , et de tant de maximes corrompues que Ton a toujours tâché d'introduire dans l'Église, et principalement dans ces derniers temps. Car les hommes, ne voulant pas' rendre leurs actions conformes aux lois de Dieu, ont tâché de rendre les lois de Dieu conformes à leurs actions. Au lieu de redresser leurs inclinations corrompues, selon la rectitude de cette règle divine, ils ont tâché de courber la règle môme pour la justifier avec leurs inclinations. Us ne veulent pas seulement suivre leurs intérêts et leurs passions, mais ils veulent aussi être approuvés en suivant leurs intérêts et leurs passions , et ils ne peuvent souffrir que leur conscience leur reproche d'être injustes. Ain^i, ne trouvant pas leur compte dans les maximes toutes pures que Dieu nous a données pour notre conduite, s'ils les laissaient dans leur pureté, ils ont tâché de les altérer pour y trouver cette approbation qu'ils cherchent , et apaiser par là le trouble de leur conscience qui les inquiète. C'est ainsi qu'à la faveur de ces fausses lumières, qu'ils sont bien aises de prendre pour véritables, ils s'établissent dans cette paix et ce repos malheureux , qui est proprement le sommeil dont le prophète demandait à Dieu d'être préservé par les rayons de la véritable lumière.
Que s'ils ne peuvent réussir à se cacher entièrement cette Iut mière qui les coiidamne , ils ont recours à d'autres moyens pour en affaiblir 1 effet , et pour arrêter l'impression qu'elle serait capable de faire sur eux. Quelquefois, en laissant subsister la loi, ils se contentent de n'y penser pas, en n'y comparant jamais leurs ac* lions, et en nô les regardant que par d'autres faces qui ne leur présentent point ce qu'elles ont de défectueux. S'ils ne peuvent étouffer entièrement la vue de cette opposition qu'elles ont aux lois de Dieu, ils en affaiblissent et en diminuent l'idée, en se joignant avec une infinité de gens qu'elles condamnent aussi bien qu'eux, conune si cette foule de criminels était capable de les défendre contre Dieu. Enfin, s'ils ne se déguisent pas les lois de Dieu, ils se déguisent eux-mêmes à eux-mêmes; ils s'attribuent des motifs et des intentions qu'ils n'ont pas, et ne veulent pas voir celles qu'ils ont. Ainsi, en portant un faux jugement de leurs actions, ils se justifient à eux-mêmes durant toute leur vie par le moyen de cette illusion volontaire. Voilà le sommeil dont il faut demander d'être préservé* et que tout homme de bien doit se résoudre à com«
sa DE LA CONNAISSANCE
battre toute sa vie en tâchant de se connaître soi-même, et en etn-» brass^int tços Les moyens qui y peuvent aider, et que nous allons voir dans la seconde partie de ce traité.
DEUXIÈME ÇARTIE.