CHAPITRE PREMIER
LHncIination que le péché donne à ne se pas coona!Ue n'est pas détruite entiè' rement par le désir que la grâce nous donne de nous connaître. Combien la halDe que nous avons pour la vérité nous doit humilier.
On n'a prétendu, dans la première partie de ce traité, que d'inspirer le désir de se connaître soi-même. On suppose dans celle^;i ce désir tout formé, et' joint ai une résolution sincère de travailler à acquérir cette connaissance. Il ne s'agit donc plus que de mettre ceux qui sont bien disposés dans la voie qui y conduit, et de leur ouvrir les moyens les plus propres pour y parvenir, et ce que Ton leur peut dire d'accord, c'est que ce désir en est un des principaux, et qu'il suffirait même pour produire cet effet, s'i! était plein et entier. Car il y a cela de différent entre la connaissance de soimême et celle des objets qui sont hors de nous, qu'on peut ignorer ces objets, quelque désir qu'on .ait de les connaître; mais ce qui fait, qu'on ne se connaît pas, c'est qu'on ne le désire pas pleinement , et qu'on nourrit dans le fond de son cœur un éloignement secret de la vérité. C'est ce qui s'oppose en nous à la lumière de Dieu, et l'empêche de pénétrer nos esprits, l^ans cela elle nous ferait voir clair dans tous les replis de notre cœur ; elle nous avertirait de toutes nos chutes, et nous n'aurions besoin pour nous connaître parfaitement que de nous exposer à ses rayons.
On a déjà fait voir que cette malheureuse inclination était devenue naturelle à l'homme depuis le péché ; et il faut ajouter ici que la grâce ne la détruit jamais entièrement, et que, quelque désir qu'elle nous inspire de ne nous pas aveugler nous-mêmes, il reste toujours, pour le dire ainsi, dans le fond.du vieil homme, une pente vers cet aveuglement volontaire , qui est marquée par ces paroles de Jésus-Christ : « Que tout homme qui fait mal hait la lumière , et ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne
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soient oonnnes. » Omnis qui malè agit, odit lueem^ et non venit ad kcem, ut non arguantur opéra ejus". Car, comme il n'y a personne qui n'ait du penchant an mal, il n'y a personne qui n'ait quelque aversion pour la lumière qui lui découvre ce mal qu'il aime.
Mais aussi comme l'inclination au mal, que le péché a imprimée dans nos âmes, n'empêche pas que Dieu n'y imprime, par sa grâce, une inclination contraire, qui nous porte au bien et à la justice, cet éloignement naturel que nous avons de la vérité n'empêche pas aussi l'esprit de Dieu de nous inspirer une pente contraire qui nous fait aimer et chercher la vérité. Nous sommes seulement obligés de reconnaître' que notre cœur est partagé, que nous n'aimons pas pleinement la vérité, qu'il y a en nous deux poids et deux pentes opposées, de sorte que si nous avons sujet de rendre grâces à Dieu de ce qu'il nous a donné quelque amour de sa vérité, nous avons aussi sujet de nous humilier, en nous regardant, selon cette autre inclination, comme ennemis de cette même vérité.
Il n'y a rien qui fasse mieux comprendre la grandeur du dérèglement de l'homme que la vue de cette pente malheureuse que BOUS sentons en nous : car Dieu étant la vérité, la lumière, la justice; haïr la lumière, la vérité, la justice, c'est haïr Dieu même« Cependant, l'homme les hait ; il voudrait que cette vérité ne fût point, que cette lumière fôt éteinte, que cette justice fût abolie 9 c'est-à-dûre qft'il voudrait que Dieu ne fût point. Il en souhaite Tanéantissement ; et, ne pouvant réussir à le détruire dans son être propre, il le détruit autant qu'il peut pour soi-même, en fermant les yeux à la lumière de sa vérité.
-Misérables hommes, dit saint Augustin, vous voulez être méchants; et voyant que la vérité vous condamne, vous voudriez <ïu'elle ne fût pas ce qu'elle est, au lieu de cesser de vouloir être ce que vous êtes, et de faire aussi en sorte qu'elle puisse subsister sans vous condamner ! » 0 miseros homines, qui cùm esse vo^ htnt maliy nolunt esse veritaiem quà damnantur mcdil Nohmt fnm eam esse quod est y dm se ipsos debeant nolkesse quod sunt; vt ipsa manente mutentur^ ne ipsa judicante damnentur. *
(o)Joan., m, ao.-
[h] In /oan., tract, 90, n. 8.
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