‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 159 sur 196 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que cette autorité passe aux magistrats et aux princes du sang. Résolution de la question proposée : Par où les grands sont dignes de respect.

Cette puissance royale et ce droit de gouverner les peuples, qui appartiennent essentiellement à Dieu, et qu'il communique aux hommes pour le bien des hommes, comme nous avons déjà dit, résident bien, à la vérité, dans les rois avec éminence ; mais ils passent d'eux à tous leurs ministres, et à tous ceux qui sont employés sous eux à gouverner les peuples et à y maintenir Tor-

dre. De sorte qu'ils comprennent toule Tautorité qui remue et règle les états, et qui est différemment partagée selon les différents emplois et les divers ministères. Qui que ce soit qui la possède est ministre de Dieu, par la part qu^il a à l'autorité de Dieu.

L'on doit dire de même de certaines grandeurs qui consistent plus dans un rang que dans une autorité réelle, comme la qualité de prince du sang, qui donne bien à ceux qui la possèdent un rang fort élevé au-dessus des autres, mais qui n'enferme point de juridiction, à moins qu'elle ne soit jointe à d'autres ministères et à d'autres charges; car ce rang même étant une espèce d'autorité, il vient de même de Tordre de Dieu. Les choses humaines ayant besoin d'être réglées, et ne pouvant subsister sans ordre, il a été nécessaire d'établir ces prééminences, et de faire que quelqqes-uns eussent droit d'être préférés aux autres. Et cette préférence a justement été accordée aux princes du sang par une suite naturelle de l'esprit des monarchies successives ; car cette forme de gouvernement consistant essentiellement dans le choix que le peuple fait d'une certaine famille pour être gouverné par ceux qui en sont, selon l'ordre de leur naissance, il est clair que comme tous ceux de cette famille ont droit à la royauté, et qu'ils y peuvent parvenir selon leur rang, il est nécessaire que les peuples soient accoutumés de longue main à les regarder avec plus de respect que les autres.

C'est par ces principes qu'on peut résoudre la question proposée : par où les grands sont dignes de respect. Ce n'est ni par leurs richesses, ni par leurs plaisirs, ni par leur pompe; c'est par la part qu'ils ont à la royauté de Dieu, que l'on doit honorer en leur personne selon la mesure qu'ils la possèdent ; c'est par l'ordre dans lequel Dieu les a placés, et qu'il a disposé par sa pro- ^ idence. Ainsi celte soumission ayant pour objet une chose qni est vraiment digne de respect, elle ne doit pas seulement être extérieure et de pure cérémonie, mais elle doit aussi être intérieure, c'est à-dire qu'ello doit enfermer la reconnaissance d'une supériorité et d'une grandeux réelle dans ceux qu'on honore. C'est pourquoi l'apôtre recommande aux chrétiens d'être assujettis aux puissances, non-seulement par la crainte de la peine, mais aussi par un motif de conscience : Non solum propter iram, sed eiia^ pr opter conscientiam •.

{a) Rom^ xii\, 3.

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