CHAPITRE IV
Que pour ae eoBiiattre soi-même 11 fiaut B^utniiM det règle» de U mef«le, taat deMUee qui ne sost point contestées, que de cettes qui le sonU De quelle seitp r«iiMf-§repni étade les unes et les autres.
Mai& comme le désordre et Tinjustice de Tbomme ne sont que des privations de Tordre où il devrait être, et de laîustice à laquelle ii doit demeurer attaché, il est dair qu'on ne les saurait connaître comme i} faut, sans connaître cet ordre et cette justice, c'est-àdire les lois divines et éternelles qui règlent les devoirs des hommes et dont ils ne sauraient s'éloigner sans tomber dans le dérèglement et dans l'injustice. Mais comme ce n'est pas ici le lieu d'en traiter à fond, et que c'est plutôt la matière d'une morale tout entière que d'un petit écrit comme celui-ci, l'on se contentera d'y proposer en général quelques avis pour éviter, dans l'étude qu'il en faut faire toute sa vie, les égarements volontaires et les illusions subtiles où l'aversion pour la vérité nous engage sans que nous noQs en apercevions, ou plutôt sans que notre esprit veuille avouer qu'il s'en aperçoit.
Entre les règles qui prescrivent les devoirs des hommes, et sur lesquelles ils seront jugés, il y en a de généralement reconnues, comme, par exemple, que le meurtre, le vol, Tadultère, la fornication, le faux témoignage sont des actions criminelles, et d'autres au contraire sur lesquelles il y a quelque partage entre ceux qui se mêlent de décider ces sortes de questions.
Je ne prétends point par cette division ôter la certitude et l'évi* ^encç à ces règles contestées ; car Je sais qu'il y en a quelques-unes ({ui ne sont pas moins claires ni moins certaines que les principes les plus généralement reçus de tous les hommes, et desquelles on ne peut douter que par un défaut d'application ou par un aveuglement de passion et de malice. Je veux seulement marquer le ^it, 6t distinguer les vérités de morale en ces deux classes , par rapport, non à leur évidence réelle, mais à la disposition effective des gommes, oui ont reçu les unes unanimement et qui se sont partagés à l'égard des autres.
h mets même au rang de ces règles contestées celles qui, quoilue peu attaquées par des écrits et des discours, le sont néanmoins Pafla pratique, et que bien des gens, qui veulent passer pour me- ^f une vie chrétienne, ne laissent pas de violer par leur conduite,
tans cesser pour cela de trouver des confesseurs qui les tolèrent ou qui les approuvent, et sans perdre Testime de personnes réglées et chrétiennes. 11 y a, par exemple, assez peu de confesseurs qui voulussent autoriser par une décision formelle le bal, la comédie, les romans, la manière si peu modeste dont les femmes s'habillent présentement, Tusage que l'on fait communément des biens de l'Église, la recherche des dignités ecclésiastiques. Cependant, puisqu'on voit tant de gens qui ont quelque conscience, qui ne font nul scrupule de toutes ces choses, il faut qu'il y ait des confesseurs qui n'y trouvent rien à redire et qui ne croient pas qu'on soit obligé de les quitter.
Quiconque désire de se connaître doit donc s'instruire et s'éclaircir de ces deux genres de vérités , puisque c'est par là qu'il doit juger de soi-même et de son état. Et il est bien facile de le faire à l'égard des premières ; car il n'est besoin que de le vouloir sérieusement. Elles sont exposées à tous ceux qui désirent de s'en informer; on les trouve partout. Mais s'il est aisé dé les apprendre d'une manière spéculative, il ne l'est pas de s'en servir comme d'une lumière pour découvrir le fond de son cœur et pour juger de ses actions ; car l'amour-propre, qui ne peut pas toujours empêcher qu'elles n'entrent dans notre mémoire, fait en sorte d'ordinaire qu'elles y demeurent stériles, c'est-à-dire qu'elles ne nous servent jamais de règles; que nous n'y comparons jamais nos actions; que nous n'en tirons jamais les conséquences les plus naturelles et les plus certaines, qu'elles ne nous viennent dans l'esprit que quand il s'agit d'en discourir, et enfin que nous les regardons à peu près comme ces opinions des anciens philosophes, que nous sommes bien aises de garder en dépôt dans notre mémoire, comme des points de science et d'érudition, mais par lesquels nous ne pensons point à régler notre conduite.
Il faut considérer cette disposition de notre cœur comme un de nos plus grands maux, puisqu'elle fait que la vérité, qui en devrait être le remède, ne sert qu'à les augmenter par le mauvais usage que nous faisons de sa lumière ; car ne nous étant donnée que pour nous conduire, nous [en devenons injustes possesseurs, dès lors que nous ne nous en servons pas pour cette fin. Nous devons donc faire toutes sortes d'efforts pour remédier à ce mal ; et ainsi, quelque éloignement que nous sentions pour la vérité, il faut que nous nous forcions nous-mêmes d'en approcher et de nous en servir comme d'un flambeau pour chercher dans les plus profonds replis 4» notre âme tout ce qui peut y être contraire.
DB SOI-MËBIE. 4b
Mais si l'amoar- propre a assez d'adresse pour arrdler dans la plupart du monde l'effet des vérités les plus constantes, et dont on est le plus convaincu, il élude encore bien plus facilement celles qui sont combattues ou par des opinions contraires formellement soQtenaes, ou par une pratique opposée; car il fait, ou que les gens demeurant dans l'incertitude et dans le doute ne laissent pas d'agir comme s'ils étaient le plus assurés de ce qu'il faut croire daosce partage de sentiments, ou qu'ils se déterminent au parti qai liaivorise leurs inclinations par des raisons si frivoles, qu'ils auraient honte de les dire si on les y obligeait, ou qu'ils suivent aveuglément l'exemple des autres, sans qu'ils aient jamais examiné si cet exemple les mettait en sûreté et s'ils en seraient quittes devant Dieu en lui alléguant qu'ils ont suivi le train commun; et enfin il sait si bien arrêter sur ce point leur curiosité, qu'ils n'appréheudenthrien tant que d'y voir trop clair.
Ce n'est point mon dessein de décider ici aucun des points que j*ai appelés contestés, parce qu'il se trouve des gens dans TËglise qui les combattent, ou par leurs opinions, ou par leur pratique. Jei dis seulement que ce repos où vivent ceux qui suivent des sentiluents relâchés , sans les avoir jamais examinés sérieusement, est visiblement déraisoiinable, et qu'il ne peut venir que de la cor» niption de leur cœur, de la haine pour la vérité et du désir secret qu'ils ont de n*étre pas troublés dans la jouissance des objets de leurs passions par les remords de leur conscience, et enfin, de la crainte d'être obligés de se condamner à l'égard du passé et de changer de conduite à l'avenir. C'est là ce qui étouffe leur crainte et les empêche d'avoir à l'égard de leur salut les mêmes sentiments qu'ils éprouvent à l'égard de toutes les autres choses; car si des inédecins habiles leur disaient qu'une certaine viande est empoisonnée, ils se garderaient bien d'en manger avant que de s'être assurés que ces médecins se trompent. Si on leur donnait avis qu'il, y eût une entreprise formée contre leur vie, que le feu est à leur logis, ils ne se fieraient nullement aux discours de ceux qui leur diraient le contraire sans leur en apporter aucune preuve; ils ne manqueraient point d'approfondir ces avis, et ils ne se tiendraient point en repos qu'ils ne se fussent parfaitement éclaircis de la vérité. D'où vient donc que quand ils entendent dire que des personnes éclairées sont convaincues que des choses qu'ils pratiquent ne sont nullement permises, qu'elles Sont capables de les perdre, qu'elles sont condamnées par la loi de Dieu comme des crimes, ils nt sont pourtant si peu émus, que tout est capable de les rassurer ?
m DE LA CÔN!f AlSSikNCE
D'oè vîeBl quHls ne ppennent jamais la peine d'exanîner à Ibnd les raisoM du sentimml qui »e leur esl pas favorable, ni d^entretenif aueuB de ceux qui en sont persuadés, mais qu'ils s'aFpèftent à de eertaines raisons superficielles, et que, pourvu qu'ils se voient autorisés par une troupe de gens dont ils estimait d'ailleuFS très peu la lumière et la piété, ils s'imaginent n'avoir rien à eraindre? Qui ne voit que c'est leur passion qui suspend leur raison et qui lui cache les plus communes règles du bon sens, qu'elle ne se pourrait en^[>écber de voir ^ elle n'était comme liée par le cœur qui appréhende d'être troublé dans ses inclinations?
Ce q«e nous devons donc fa^re, pour éviter un déréglemwt si visible e( si propre à nous jeter et à nous entretenir dans l'aveuglement^ est d'étabUr/pour un principe inviolable de neire conduite, de ^e suivre jamais dans la pratique aueunede ces opinions favorables aux inclinations de la nature et qui sont ceniamnées par des g^QS de bien, à moins que d'être pleinement assurés que ces gens de bien se troo^p^nt et scmt dans un excès de sévérité* jl^utrement, nous ne saurions nous exempter de témérité, et l'imprudent que nous commettons» en suivant une oonduit^ si dérais(mnaUe, nous devrait être un préjugé que nous nous trompons mMne daoïs le fond, et que c'est l'aversion que nous avons pour la vérité qui nous empêche de le reconnaître.
Ce qe serait pas avoir peu avancé dans la connaissance de soimême que de s'être instruit des principales vérités sur lesquelles on doit juger de ses actions et de son état. Mais il fiint ajouter à la connaissanoe des lois de Dieu celle de sa grandeur, de sa bonté, des obligations infinies que nous lui avons, des droits qu'il a sur les hommes en qualité de Créateur et de Rédempteur; il y faut ajouter \m suites nécessaires du péohé, et se regarder en qualité de pécheurs comme réduits au dernier degré de la bassesse et du néant; Vide, Bomme, êi couaiâapa quoniam facta iwn vUis*: «Yoyeï, Seigneur, et considérez l^avilissement où je suis réduite;» comme ayant mérité que toutes les créatures s'élèvent cratre nous; comme étant indignes de tous les soulagements, de toutes les asaisMmoes que nous en recevons; et enfin comme n'ayant aueun droit de nous plaindre d'aucun mauvais traitement, parce qu'il n^ en a point que nous ne méritions. Que si nous comparons ensuite ces sentiments, que notre étal exige de nous, avec ceux que nous avons efisetivemlnt, avec cette inclination iMêftte à
Péiéwton, aTeo eette délicatesge et œtt» sensiiûMlè daBftlts fias petite Baux «t les plus légères injuree, avec (Mdto panto Ij^aaiqae à aona aaaujeUir tena le» heoimee ei à rapporltv tant à boiis> Ûailiiniieiaibleq^iioiia ne aayeaa étoiiBéa dHme «Uapaaibonsi mmh iiawaa tt ai 0|>|>aaée à ta raisoDalà kijaaliett.