‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 19 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que pour ae eonnaltre il fkut étudier ses indinattons bonnes et a^^aTalses.

Qoeiqae eea eonsidérations soient utiles à tout )e inonde, elles MBt néamiMHiia particuHèrenie&t propres à ceux qui reviennent à Bieu après de grands égarements Sfais il y a une autre étude dc^ sei-floéme beaucoup plus longue et plu» difficile, et qui fait l*exerciee des justes, même durant toute leur vie. Elle consiste à tâcher deoennaître ses passions, ses humeurs, ses faiblesses, ses débuts, les déguisements dont Tamoup-propre se sert pour les couvrir, et aux autres et à nous-mêmes, et les injustices secrètes où il nous engage. €^Ba^ à quoi chacun est obligé de s'appliquer avec soin comme à un des principaux moyens de s'avancer dans la piété et même de s'y maintenir ; car toutes les fautes des justes, et légères et importantes, ne viennent d'ordinaire que de ce qu'ils ne se connaissent pas assez, qu'ils ne se font point assez justice et qu'ils se dissimulent à eux-mêmes une grande partie de leurs défauts.

Il ne faut qu'être bien persuadé de l'importance de ce' devoir, et s'appKquer à le pratiquer, pour découvrir d'abord en nous un grand nombre de déftrats ; car il est certain que ce qui fait ordinairement que la plupart de nos fautes nous demeurent inconnues, c'est que sitôt que nous en apercevons quelqu'une, nous en détoomens la vue comme d'un objet qui nous incommode, et qu'ainsi eUes font peu d'impression sur notre esprit. Nous ne les regar* dons même que séparément comme si nous n'avions que te défaut que nous sommes forcés de voir en ce moment-là. Tous ceux que nous avons remarqués par le passé demeurent comme anéantis à notre égard. Nous ne comptoirs poiu? rien les habitudes et les inclinations qui en restent, et ne nous arrêtant ainsi qu'aux simples actions, et encore le phis légèrement qu'il nous est possible noas n'avons jamais lieu de former de nous une idée qui soit fort humiliante.

Ou ne saurait faire aucun progrès dans l'étude de soi-même qu'en corrigeanice défaut» et en prenant une Toie toute contraire

qui est de forcer son esprit à considérer ses fautes et ses imperfections avec une application sérieuse de les ajouter les unes aux autres à mesure qu'on les découvre, de tâcher d'en pénétrer la source, d'examiner les effets de ses passions, de ne s'imaginer pas facilement qu'elles soient détruites pour avoir été quelque temps sans action, et de se servir de cette image pour s'en humilier devant Dieu et devant les hommes.

En un mot, il faut agir à peu près dans cette étude comme si on avait entrepris de travailler toute sa vie à faire son portrait, c'està-dire qu'il faut y donner tous les jours quelque coup de pince^, sans effacer ce qui en est déjà tracé. Ainsi, on remarquera tantôt une passion et tantôt une autre. On découvrira aujourd'hui une illusion de l'amour-propre, et une autre demain; et par là nous formerons peu à peu un portrait si ressemblant que nous pourrons voir à chaque moment tout ce que nous sommes; de sorte que nous aurons sans cesse lieu de nous dire à nouft-mémes : Voilà ce que je suis ; voilà ce que j'ai tant aimé, et dont je voudrais que tout le monde fit l'objet de son estime et de son affection.

On ne doit pas oublier dans cet amas de nos défauts ceux qui, n'étant qu'extérieurs et involontaires, ne nous rendent pas proprement coupables devant Dieu ; car ce sont ceux qui nous rabaissent souvent le plus à nos propres yeux, parce que nous sommes si vains que nous jugeons ordinairement de nous-mômes plutôt par rapport aux hommes qu'à la vérité. Et de plus, ces défauts, nous rendant incapables de certaines actions et de certains emplois, doivent avoir place dans les délibérations que nous faisons pour entrer ou ne pas entrer dans les divers engagements qu^on nous peut proposer.

Enfin, comme ils font d'ordinaire beaucoup d'impression sur Tesprit des autres, nous sommes obligés d'y avoir beaucoup d'égard, puisque nous devons régler en partie notre conduite sur cette impression qui nous ouvre oii qui nous ferme l'entrée de leur cœur, et qui les dispose à se choquer ou à ne se choquer pas de nos actions.

Page 1