‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 20 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qu'il faut eongidérer tes défauts dans leur grandeur et dans leurs suites, et ses ▼ertus avec les imperfections qui y sont Jointes et le mau? ais usage que nous en avons lait.

Les défauts et les vertus doivent, comme nous avons dit, être également l'objet de l'examen de nous-mêmes; mais il faut tâcher

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de oonnattre Pétondue et la grandear de ses défauts» les imnies et Jes imperfections de ses vertos. L'un et Pautre est Décessaire pour se fonner la vraie idée de soi-même ; car Ton se trompe égaleméat dans Pun et dans Pautre, par la pente que Pamour-propre nous donne à cacher ou à diminuer ce que nous avons de mauvais, et à mettre en vue ou à augmenter ce que nous avons de bon.

Pour éviter ces illusions, il faut remarquer qu'à Pégard des défauts on ne doit pas simplement juger de leur grandeur et de leur étendue par rapport aux effets qu'ils ont eus, mais aussi par rapport aux effets qu'ils pouvaient avoir, si Dieu ne les eût arrêtés; car il n'y a point de passion qui ne puisse être la cause de notre perte. Une légèreté, un petit mouvement de colère, une parole de vanité, une complaisance déréglée, un manquement de circonspection, peuvent quelquefois avoir des suites qui changent tout Tétatde notre vie. C'est ce que nous connaîtrons clairement dans l'autre monde, où Dieu nous fera voir qu'il nous a fait éviter une infinité de précipicesdans lesquels le poidsde notre concupiscence nous aurait entraînés, s'il n'en avait détourné le cours. Et nous en pouvons même connaître une partie dès cette vie, si nous faisons réflexion sur ce qui nous pouvait arriver de toutes les fautes que nous avons commises , et sur les excès ou nos passions nous auraient pu porter si elles eussent été viotemment excitées par les objets et favorisées par les occasions, et qu'elles n'eussent point été arrêtées par les obstacles que Dieu y a* mis pour les retenir dans de certaines bornes. Ce qui nous oblige de reconnaître que ce n'est point par notre modération et par notre sagesse que nous avons évité ces grands inconvénients, mais par la seule miséricorde de Dieu.

On doit retrancher, dans l'examen des vertus que nous croyons avoir, ce qu'il y a de purement naturel et où la grâce n'a point de part; car Dieu, qui doit être la règle de tous nos jugements, ne £iit aucun état de ce qui ne vient que de la nature. Il en faut retrancher les effets de l'habitude qui n'est encore qu'une autre nature; il en faut retrancher tout ce qui natt du désir de plaire aux hommes et des autres vues secrètes d'intérêt et de passion, parce que tout cela est mauvais et corrompu ; il en faut séparer ce que nous avons détruit par notre ingratitude et par nos péchés, parco que, cela ne subsistant plus aux yeux de Dieu, il ne doit pas subsister aux nètres; il. faut considérer combien ces vertus, quelles qu'elles soient, <mt peu d'éteodue, de force et de fermeté; avee

iè DE LA eeNM^ÂNCE

mMifm peu d^Mnonr eft de lèle roob bous y portons^ 0^, aprè» iMiB eeB divers relraBebements, il hni bous èsmaBdep à iieus» mémeB ee qui nous en reste.

Moa-sealement les bennes qualités et les vertus ne sent rien aux yeux de Dieu quand elles sont détruites par des erim«i, mais, sans que nous en ayons coounis, elles nous deviennent souvent inutiles et nous rendent môme coupables par le peu d'usa^» ^ue BOUS eu faisons ; ear les dons de Dieu eafenneat toujours quekyue neuvello obligation. Il demande davantage à omx à qui U a phis deiBBé. Nous lui devons l'usure de ses fovews et de ses gf àoeo ; et s» BOUS manquons à la lui rendre, il vaudv^it vàe»% que noiiis ne les eussioBs peint reçues. B^il bous a denn^ un natum)! fevorable ; 8^1 nous a préservés des tentations qui emportent la pliipiapfc des autres) si nous aVons eu peu à combattre dans nous-méiDes ; s'il nous a dwBé queues bonnes qualités d'esprit, quelque p«&te et quelque inclination à la vertu ; enfin s'il nous a chonné lear vertus mêmes, nous devons re^^rder tout oela oomme ôfiB taèsota que nous n'i^vcms reçus de Dieu qu'à condition de les Mre profiter; de sorte que^ si nous connaissons que nous ne Tayons pas £ai|, il n'y a rim c^i nous doive donner plus de oonlusioA et plus de of ainte^ )lous devons surtout considérer le maui^ais usage que nous avons fhit de toutes les ventés de J)ieu, syoit en nous en élevant ÎAtérifliuiiMneBt ou exténeurem^Eit, se||t en les fu-ofanaiat pu des entretimis indisorels, soit en nou» en servant, non peur nous mépriser neus-méfnes, mais pour mépriser les autres} car e^eat là INisage ou piutôt Tab^s le plus ordinaire que Ton en Sait. Il es^ impessil^ €|tte ceux qui eonoaissent un peu les vérités de l'Évna- ^le no voient en mémo temps qu'elles sont peu observées par un grand nombre de personnes qui font d'ailleurs professioa de piété. un voit qufils manquent de lumières en plusieurs points et qu'ils . Hesnbent en des fautes considérables ; et la nudignité, se mettant de la partie, prend plaisir à s'occuper de ces défauts. Elle les exagère, eUe s'en remplit, et détourne par là notre esprit de tout ce qui pourrait l'édifier dans ceux en qui nous les remarquons. Tout blesse et tout choqne ces gras si édairés, mais peu-chiaifita- Mes. Si un monastère ne suit pas avec exaotitude les règles de déëntéresseiBMAt prescrites par les canons de l'Église, ils n'y voient f^us rien de bon, ils ne s'oeeupent que de cela et comptent pour rien tout ee qu'il a d'ailleurs ée vertu. Ils ont raison en ce qu'ils condamnent, mais ils n'en ont pas de le. condamner avec si fe^ de douceur, d'bumikté et de cbaîité ç de sorte que sauvent \^

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que ces défauts mêmes.

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quoique nous^ne Ici connsisilom {«s.

D n'est pas si difiSdle d'arriver à ce deg;ré de connais^ncQ de soi-môme dont nous avens parlé jtts(|u*ici, puisqu'il ne renferme encore que des défeuk» visibles. Il est bien plus aifficile de découyrir en soi ceux qui nous sont cachés par notre peu de lumière ou parles adresses de l'amour-propre: nous avons tout lieu de craindre que nous n'en ayons beauoëup de ee genre-là; car, comme nous ne voyons presque personne en qui nous uq croyions reccmnattrs^ des défauts qui leur sont inconmis , pourquoi sup|K>serQns^nous qae nous sommes plus exempts que d'autres de cette illuaio» si commune?

On n'a pas même Keu de s^assnrer que ces défauts cachés ne puissent être fort cenaidérables el ne soient jamais capables de nuire au salut. L'aveuglement où nous sommes nous en peut cacher de fort importants. Combien voit-on de gens, par exemple, qui, faute de connaître le peu détendue de leur esprit, entrent dansdes engagements eu ils commettent de très grandes ftiutes? On choisit mai ses ooeupations et ses emplois, on méprise ceux auxquels on serait propre, et on s'applique à d'autres dont on est fort incapalrfe; en s'ragage en des contestations qui ont de fâcheuses sailsB; on 9% persuade fortement d'avoir raison quand on a tort, etsorcefiandementon traite les autres avec hauteur et avec duroté. On OKCtte des murmures contre soi ; on détruit toute l^édification qu'on aurait pu donner par ses autres actions. H y a des gens qui, feute de connaître ce quMls ont de choquant dans leur hnmear et dans leur conduite, portent la froideur et le dégoût dans le coeur des autres, qui désunissent par là des sociétés en-' tières, qui détournent des personnes de leur voie et étoufRsnt en elles les semences que Dieu y avait mises. Il y en a qui servent d^ehslaeies, sans y p^iiser, à beaueoup de choses utiles et nécesttifes, parce qu^n ne sait comment se prendre à traiter avec eux.

U y en a que de petites attnho<i, ou des préventions opiniâtres Vk^ils ne oonnaissent point, empéehent de satisfiaire à des devoirs Haportantsdenl Fomissien scandalise eeux qui les voient agir,.et ^Miedè grsttéS'iiieoffvénieBts; enfin, il arrive rarement que le»

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chutes visibles n'aient pas leur source dans ces débuts que Ton ne veut pas voir.

Gela doit suffire pour nous obliger de joindre à Texamen que nous devons faire de nous-mêmes tous les secours que nous pouvons tirer des autres pour nous mieux connaître. Il y a divers moyens de se les procurer, mais je n'en marquerai ici que deux principaux qui en comprennent plusieurs : Pun est d'aller en quelque sorte au devant de la vérité, en la cherchant dans l'exemple et dans les instructions des autres; Tautre, deja laisser approcher de nous en lui donnant un accès libre, et en 6tant tous les obsta* clés qui l'en éloignent.

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