‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 21 sur 196 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Comment on doit aller na^devant de la vérité en la cherdiant dans l'exemple des autres, et en tâchant de s'édifier de leurs vertus et de s'instruire par leurs défauts.

On cherche la vérité dans l'exemple des autres par les réflexions que Ton fait sur les actions des hommes, ce qui s'étend à leurs vertus À à leurs défauts. Leurs vertus nous instruisent de celles qui nous manquent ; elles nous convainquent de notre faiblesse et de notre lâcheté, et elles nous humilient par cette comparaison. Il suffit même souvent qu'il y ait quelque différence de lumière et de conduite entre les autres et nous, pour nous donner lieu de nous détromper ; car, encore que l'amour-propre nous persuade d*abord que c'est nous qui avons la raison de notre côté, si nous remarquons néanmoins que la conduite des autres ait ordinairement de ijons succès, et que la nôtre, au contraire, en ait toujours de mauvais, il faudrait que nous fussions bien opiniâtres poiir ne pas croire que c'est nous qui avons tort.

C'est presque là le seul moyen de reconnaître en soi ce qu'on appelle fausseté d'esprit, qui est un défaut qui fait prendre les affaires de travers, qui engage en de faux partis, en des avis écartés et en de mauvais raisonnements; car, encore que ce même défaut d'esprit qui produit ces faux jugements mi un obstacle à les reconnaître directement, s'il arrive néanmoins qu'un homme ait lieu de remarquer qu'il se trouve ordinairement seul de son sentiment, et que ses peines sont presque opposées à celles de tous les autres, il faudrait qu'il eût une extrême attache à, son propre sens, pour n'en pas conclure qu'il y a bien de l'apparence que le défaut est de son côté. Et ainsi le mdns qu'il paisse

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ftire, c'est de se d^er de ses iomières et de la qualité de son esprit, et de consulter sincèrement, sur les points dans lesquels il anra des avis particuliers, les personnes les plus habiles et les plus désintéressées qu'il pourra, en tâchant de bonne foi d'entrer dans leurs raisons. *

Il est d'autant plus important de tâcher à s'édifier des vertus et des bonnes qualités des autres, que nous devons reconnaître en nous une inclination qui nous porte à faire tout le contraire. Notre malignité nous en cache une partie, et elle fait que nous nous appliquons peu à celle qu'elle ne peut nous cacher. Ou nous les oublions entièrement, ou nous ne regardons presque point par ces endroits-là ceux qui les ont; au contraire, leurs défauts fout des traces profondes dans notre esprit. Nous en conservons des images vives, qui se présentent d'elles-mêmes sans qu'il soit besoin de les chercher, et nous renouvelons sans cesse ces images et ces traces par de nouvelles réflexions, comme pour les emffàcher de perdre rien de leur force. Cependant on devrait faire tout le contraire, puisqu'au lieu qu'il y a peu de gens qui soient chargés de remédier aux défauts des autres, il n'y a personne, au contraire, que Dieu n'oblige de profiter de leurs vertus; car il les propose à tous ceux qui les voient, comme une instruction vivante et animée dont il leur demandera compte un jour, comme de tontes les autres grâces qu'il leur fait.

Mais comme il n'est pas défendu néanmoins de remarquer dans lei autres certains défauts visibles, et qu'il est même impossible de ne pas voir ce qc^ frappe nos sens, il faut essayer de nous en servir pour nous mieux connaître; et afin djen tirer cet avantage, il faut, d'abord que nous apercevons quelques-uns de ces défauts, que nous nous demandions à nous-mêmes : NumqM egoumquam ^pmdens fado stmiJe Autc?Netombé-je point moi-même dans les défauts que je remarque en cette personne? Les occasions de îairede ces sortes de réflexions ne sont que trop ordinaires ; car iWour-prppre, qui a mille adresses pour nous cacher nos propres défauts, n'en a pas moins pour découvrir ceux d'autrui. Et fttt lieu que sa délicatesse ne nous permet guères d'arrêter la vue Bor les nôtres, il nous rend au contraire dairvo^nts à l'égard de ceux des autres. Nous les voyons tels qu'ils sont : nous les consi- <i^roDS tant que nous voulons; nous ne nous mettons guère en peine de les amoindrir par des excuses favorables. Cet effet vient ttOB doute d'une assez mauvaise cause; mais en le retenant dans de justes bornes, on en peut tirer quelque utilité et s'en servir

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pottr trofliporieii cpelqu» serto Pamear-ppoppe; eav «i oeasidépaat ainsi les défauts des auftpes saBS eette nmkititde ide vues et d^xeuses artificieuses qm nous trempent dans les nôtres, on déiceuvre aisément queUe est la fausse lumière qui les éblouit, comment ils se ^nt engagés dans cette illusion, et ce qu'ils devraient faire pour s'Iba déUvrer. Et ensuite, en tournant toutes ces oonsi- ^aliéns eontre soi-même, on trouve fecilement à se les appU- ^er, si Ton a tant soit peu de sincérité et de désir de se oontiaitre. A moins ^%r n^ se serve de cette adresse peur profiler des ftiutes d*autrui que Pon ne saurait s'empéoher de veirj elles ae ibnt que BOUS aveugler encore davantage au lieuMe nous aidep à nous cennattre; car ou Ton en prend sujet de mépriser ceux qui y tomèent, en s'éievant au-dessus d'eux comme si on en était «tempt, ou, si foR s'en reconnatt coupable aussi bien qu'eux, on se eensele de n'être pas seul sujet à ces feiblesses ; nous sommes bien aises qu'ils n'aient pas eet avantage au-dessus de nous. Keu5 dtminaoBS l'idée que nous avons de nos propres fautes en les regardant eomme communes à plusieurs, et comme étant plutôt des suites de l'infirmité de 'la nature que de notre d^gleraent, et nous nous mettons ainsi en quelque sorte à couvert des reproches de notre conscience, en nous cachant dans la ibule des coupables.

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