CHAPITRE X
Qafon M Mit soQient des confeawnn pour s'autoriser dans tes paations.
On éviterait une partie des inconvénients oii IVm tombe fttute de Avoir ee que les autres pensent de nous, si l'^n pratiquait de
bonne foi ce qui est remarqué dans la vie de saint Thomas de Cantorbertf qu'un de ses amis l'avertissait par son ordre de tout ce qu'il trouvait à redire à sa conduite. £t c'est ce qu'ont eu en vue ceux qui ont établi en certaines maisons religieuses qu'il y aurait une personne chargée de recevoir les plaintes que chacun ferait de la conduite du supérieur, pour lui en faire le rapport sans en nommer les auteurs; mais comme tout le monde ne peut pas jouir de ce bien, on devrait tâcher d'y suppléer en se procurant un ami fidèle et intelligent à qui on donnât une entière liberté de nous avertir de ce qu'on dirait de nous dans le monde, et de quelle manière nos actions y seraient prises.
Il semble d'abord que la plupart du monde suive cet avis, et qu'au moins il soit pratiqué par toutes les personnes qui font profession de piété ; car il n'y en a point qui n'ait un confesseur, et ce confesseur devrait être cet ami fidèle qui nous avertit de nos défauts et des scandales que nous causons, puisque nous lui en donnons droit en nous adressant à lui. 11 les peut connaître d'autant mieux, qu'il joint à la connaissance qu'on lui donne de soi-même celle qu'il peut quelquefois tirer d'ailleurs, et qu'il voit ainsi les bornes de notre lumière, c'est-à-dire ce que nous connaissons de nous, et ce que nous n'en connaissons pas. Et comme la pratique de cet office de charité fait une des principales parties de son ministère, il n'y a guère de personne qui ne se flatte que c'est ce qu'il recherche en se soumettant à la conduite d'un directeur, et qui ne croie lui donner sur ce point toute la liberté qu'il peut désirer.
Mais quiconque voudra bien développer les secrets replis de son prc^e coBur, trouvera souvent que, quoiqu'il s'imagine qu'il ne s'adresse à un confesseur qu'afin d'en tirer un secours pour se mieux connaître, il a au fond du cœur une fin toute contraire et un dessein de s'en servir pour se justifier dans ses défauts et se dispenser ainsi de les avouer. C'est ce qu'on n'a garde de s'avouer à soi-même, puisqu'au contraire on l'ignore, et que l'on a même sar la surface de l'esprit une pensée toute différente ; mais l'amourpropre qui réside dans le fond de l'âme sait bien y réussir , sans que nous fassions sur cela des réflexions expresses. Et voici l'artifice dont il se sert. Nous avons deu\ sortes de défauts : les uns qui sont l'objet de notre attache, et que nous ne voulons pas reconnaître pour défauts, de peur d'être obligés de nous en défaire ; les.autres que nous condamnons de bonne foi, auxquels nous avons peu d'attftcbç^ et dont npus voudrions bien être délivrés, On
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choisit donc d^abord pour confesseur celai dont on croit qu^il jugera à peu près de nous comme nous désirons qu'il en juge ; ensuite ron fait comme une espèce de convention et de partage avec lui. On lui abandonne les défauts que l'on n'aime point, on trouve bon qu'il les reprenne comme on les reprend soi-même; mais» pour les objets des principales passions, on ne les soumet guères à la censure d'un confesseur, et on ne le choisit même que dans la pensée qu'il n'y touchera point.
On justifie ainsi premièrement ses passions à soi-même, et l'on cherche ensuite quelque confesseur qui soit disposé à les justifier. En un mot, nous voulons en eux une lumière qui n'aille pas plus loin que la nôtre, et qui s'y conforme en tout ; c'est-à-dire que nous voulons qu'ils approuvent et qu'ils condamnent ce que nous approuvons et ce que nous condamnons nous-mêmes.
C'est oe qui fait qu'y ayant dans le monde, parmi ceux mêmes qui font profession de piété, tant de conduites bizarres et irrégulières, il n'y a presque personne néanmoins qui manque de directeur s'il en veut avoir ; et ce directeur ne sert à ceux qui le choisissent dans cet esprit qu'à étouffer leurs remords, et à faire qu'ils demeurent plus tranquillement dans l'état dont ils ne veulent pas sortir. Ainsi l'on peut définir un directeur, à l'égard de la plupart du monde, un censeur charitable des petits défauts et des attaches légères, et un approbateur des passions auxquelles on ne veut pas renoncer. On ne voudrait point d'un directeur qui ne reprit rien» et l'on n'en veut point non plus qui touche à ces passions chéries. Ces deux conditions sont aussi essentielles l'une que l'autre ; car, eomme il serait incommode s'il prétendait nous contredire dans ce que nous voulons absolument faire , il servirait mal aussi notre amour-propre s'il ne nous contredisait en rien , notre intentfon secrète étant de nous servir de son zèle contre certains défauts, pour nous autoriser dans ceux que nous ne voulons point reconnaître pour défauts.
Ce n'est donc pas assez d'avoir un directeur, ni même d'en avoir un éclairé. Il faut de plus s'aban4onner à lui sans déguisement et sans artifice , et avoir dessein de se conformer au jugement qu'il fût de nous, et non pas le porter à suivre le nôtre. Enfin, il faut être prêts d'apprendre de lui à nous mieux connaître, et être bien aises qu'il nous y aide, sans lui prescrire de bornes. C'est la dispo* sition où tout le monde doit être ; mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit parfaite, ou plutôt il est impossible qu'elle le soit; car il n'y
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a poiot d!hoinme sur la terre qui ait assez d'humilité et de foroA pour supporter sans découragement et sans effroi la vue du moindre péché dans sa grandeur naturelle ; et il est vrai de dire de tous nos péchés connus dans toute leur étendue , ce que TËcriture dit de Dieu : Non videhit me homo^ et vivet'. « Nul homme ne me verra sans mourir. » Ainsi, pour prendre uns conduite proportionnée , et au besoin que nous avons tous de la vérité, et à la faiblesse qui nous rend incapables de la soutenir dans toute sa force, il faut souhaiter ardemment de la connaître; il faut recevoir avec docilité ce qu'on nous en découvre; il faut croire qu'on nous épargne toujours beaucoup, et travailler cependant à devenir plus forts , afin qu'on soit moins obligé de nous épargner.