CHAPITRE XL
i>éfaittqaUl faut éviter pour donner la liberté aux Antres de ttotts dife leuni sentiments. En quoi consiste l'opiniâtreté.
Ofi f»<à^ sttn^ doiHe de grands progrès dans la contiâffesance de sod^-tnème, si Vm avait sidcèrettient cette disposition dans le cœur, ett IraHamt avec le ooiifësseBr qu'on aurait choisi. Mais il tie femt pas néanmoins borner à ce seul confesseur le droit de nous découvrir Bôs défiauts et les mauvais effets de nos aciioiis^ II serait à éésirer, aïs contréHre,qu\m retendit le plosqu'on pourrait, etqo'mi le dkmftdt «lêffie efi quelque serte à tout le n^ende» puisqu'il n'y a pefscnitie à qui nous ne soyons redevables, et que nous ne puisgiens liAesser et scandaliser. Quelque éclairé que soit un confesseur, Il ne n(yus veit pas toujours agir, il n'entend pas tout ce que nous éieofts , ^ ne oonnalt pas toujours aussi l'impression que nos pal^t^ et ftos actions font sur les autres ; et ce n'est guère que de ceux qui la sentent qu'on la peut bien apprendre. Il faudrait donc s'acoGifttQitier à n'être pas si délicats sut ce point, et à donner à tout le mohde une honnête liberté. Peut-être recevrions-nous souvent des avertissements peu sensés. Mais si nous ne vouloms recevoir que ceux qui nous paraîtrez totit-à-fait raisonftalHes , nous n'etl reeevreiiis point du tout. Car les bommes ne se chargeront jamais â'une exactitude si pénible, «ft ils prendront bien plutôt le parti de fte liOus rien dire du tout, que de s'exposer à nous blesser, si ce tfo'ils nous diraient ne nous paraissait pas teut-à-fait juste*
(a) Sxode, m, 90»
Jl faut (wmptgiT que cbacun étant prévaiw, d*aiiê|»ari ^a'on D'flme point à être averti do geB déftuits, et n'étant pas bien aise è» Paatre de s'attirer notre aversion, est disposé par là à s'exemp* ter de nous rendre cet office de charité , et à ne nous rien découvrir de ce qu'il pense de nous, et de ce qu'il sait que les autres en peoseiit. Ainsi, à moins que de lever cet obstacle et d'aller comme aa-devant de la vérité , en excitant les autres à nous la dire , en ieor témoignant d'une manière non suspecte que nous neus en tfiBOos obligés de quelque manière qu'ils le iassent<k et en dissipaiU UBsi la crainte qu'ils ont de se rendre odieux, ils garderont toujoBTs'avec nous isette retenue trompeuse qui nous entretient dans l'ignorance de plusieurs choses qu'il nous serait très important de savoir.
Une suffit pas peur cela de recevoir sans émotion les avis qu'on 00U8 donne, ni même d'en remercier ceux qui prennent la liberté de BOUS les doimer ; car tout le monde sait assez que, eomme il est honteux de tàneigner de s'en ofilNiser, on tâche de se faire hon- Mur d'èlre civil en ces occasions. Mais il faut persuader aux gens que ces civilités sont sincères ; et c'est ce qui ne se peut, à moins que d^éviter quantité de choses que le monde prend pour des marques d'un secret mécontentement et d'un dépit que nous n'osons décou» Vfir.
11 ie fout pas prétendre, par exemple', que l'on prenne jamais la liberté de nous avertir de rien, si l'on voit que nous n'ayons d'union ^ de liaison qu'avec ceux qui entrent absolument dans tous nos ^Ume&ts, et que nous ne témoignons à tous les autres que dé la s^heresse elde la froideur.
Si l'on voit i^p^ sitèt que quelqu'un se sera hasardé de nous don- ^ fielque avis i nous entrions dans un esprit de réserve à son ^rd; que %ous nous trouvions embarrassés toutes les fois que iHHis sommes avec lui, et que nous n'agissions plus d'une manière libre et naturelle ; si l'on voit que, pour avoir plusde droit de r^eter ^ avis, nous y donnions un mauvais tour, et que nous le proposions d'une manière odieuse pour le faire condamner par ceux à ^ nous en parlons; si nous dierchons dans la ptfsonne de celai qui i'^ danné de quoi décrier son sentiment ; si, dans les occa- ^ qui s'en présentent, neus parlons de lui d'une manière plus %e et plus sèche qu'à l'ordinaire; enfin, si l'on s'aperçoit que ^ nous ait fait une plaie dans le cosur, que nous nous en souvenions et que nous mêlions à dessein dans nos discours certaines ^logies affectées par rapport aux défauts dont on nous a avertis;
si nous n^étîtôns, dis-je, toutes ces choses qui font voir que nous sommes intérieurement piqués, il ne faut pas espérer que Ton s'arrête à des paroles de civilité , qui sont détruites par tant de marques réelles d'un mécontentement secret.
C'est le sentiment d'un sage païen , que celui que l'on avertit de quelque défaut ne doit pas faire de même sur-le-champ à l'égard de celui dont il reçoit un avertissement, et qu'il doit attendre un autre temps à lui rendre cet office. Mais il faut étendre cet avis beaucoup plus loin ; car non-seulement il ne faut pas reprendre sur-le-champ ceux qui nous reprennent, mais il faut même éviter de les reprendre lorsqu'il y aurait lieu de soupçonner que quelque dépit secret nous aurait ouvert les yeux sur leurs défauts, et nous aurait appliqués à les remarquer. On doit supposer qu'ils sont en peine de l'effet des avis qu'ils ont donnés, et qu'ils s'apercevront des moindres signes que nous donnerons de les trouver mauvais : qu'ils rapporteront à cette cause tout ce qu'ils remarqueront en nous de froideur et de chagrin pour eux, ce qui leur rendrait nos avis inutiles , et leur donnerait lieu dé faire de nous un jugement téméraire. Et c'est ce qui nous oblige d'être en garde de ce côté-là, et de leur témoigner même plus d'ouverture et de confiance que nous n'aurions fait en un autre temps.
Il est d'autant plus important de garder cette conduite envers ceux qui se hasardent de nous donner des avis , qu'en agissant autrement on ne ferme pas seulement la bouche à une ou à deux personnes, mais qu'on la ferme presque à tout le monde ; car il ne faut que deux ou trois rencontres de cette nature pour s'attirer la réputation de délicatesse, et pour passer dans l'esprit de ceux qui nous connaissent poiAr gens qui n'aiment pas qu'on leur parle librement. Or, dès que cette impression est formée , c'est une barrière invincible contre la vérité. Chacun cherche des prétextes pour s'exempter de la dire à des gens si délicats. On craint toujours de les choquer et de les aigrir. Ainsi, dans le doute, on prend ordinairement le parti de s'en taire , et de ne leur rien dire de désagréable.
C'est avec raison que l'on plaint les grands et les princes , de ce que leur grandeur fait que la vérité n'ose approcher d'eux, et qu'ils passent ainsi toute leur vie dans l'illusion. Mais certainement on n'a guère moins de sujet de plaindre sur ce point .la plupart de ceux qui sont en quelque considération dans le monde ; car s'ils ne sont princes par naissance, ils se font princes par humeur, en répandant parmi tous ceux qui les approchent certaines terreurs
DE SOI-MÈMK. «1
qoi eupéoheiit leurs plus intimes amis de leur parier avee onveriore. D'où il arrive que souvent ils ne sont pas informés. de ce qui sert d'entretien à tout le monde; qu'ils s'imaginentd'ètreapprouvés dans oe qui est presque universellement condamné; et enfin, qu'ils prenoent presque en t«ites choses de fausses mesures. Il est si dangereux de donner cette impression de soi, que quand est une fois formée , nos amis mêmes se croient oblige par charité de dissimuler leurs sentiments et de nous abandonner à nos pensées. Saint Augustin * se plaint, comme d'une des principales difficultés'qui se rencontrent dans le commerce de la vie, de ce que, quand on n'approuve pas quelque chose dans les paroles ou dans les écrits de quelqu'un, et qu'on lui découvre ce sentiment, dans la créance que la liberté chrétienne nous oblige d'en user ainsi, il arrive souvent que cet avis passe pour un eflfet de jalousie plutôt que d'amitié. Il représente ces mauvais soupçons comme une faute considérable, et en même temps fort ordinaire ; et il dit qu'ils causent souvent des divisions et des inimitiés entre des per* sonnes très unies. Cependant il ne- sait point lui-même d'autre remède à ce mal, que de supprimer ses sentiments quand on a affaire à des amis de cette humeur ^ « Si je ne puis, dit- il à saint Jérôme, vous exposer avec liberté ce qui paratt défectueux dans vos écrits, et que vous n'en puissiez faire de même à l'égard des niiens, sans que nous nous rendions suspects l'un à l'autre de jalousie et de manque d'amitié, laissons plutôt tout cela, et ne mettons pas notre vie et notre salut en danger. Qu'il manque plutôt quelque chose à la science qui enfle, pourvu que nous ne blessions point la charité qui édifie. > Et dans une autre de ses lettres ^ « Il uwsonble, dit-il, que nous devrions user envers nous non-seuleii^t de la charité, mais aussi de la liberté de l'amitié, et qu'ainsi nous ne devrions pas nous dissimuler l'un à l'autre ce qui nous peut déplaire dans nos écrits, pourvu que nous le fissions avec un ^t que Dieu approuve dans la charité fraternelle. Mais si vous oe croyez pas que nous puissions user entre nous de cette conduite B^ blesser dangereusement la charité, nous ferons mieux de nous ^ abstenir. Car, encore que cette sorte de charité que je désirerais que noas pratiquassions ensemble soit bien plus relevée, il vaut ^^^x néanmoins avoir cette autre à laquelle vous me réduisez, . ^ de n'en avoir point du tout. Illa enim caritas , quam tecum ^^$ vdkm, profecio major est : sed meliùs hœc minor quam
(*) Aig., Sp, 9», a. 4. (6) Bp. as, n. 9. (c) Ep. 82, n. M* .
li DE UL OQNMAiSMNGE
fiMilii est; « SI «Il MlRI se tnmvait d<RM qI^^ yfBn on avtre saint , on tott aisément qu'on pevt bien en êlrè té^ dnit là envers d'anlred, et qu'ainsi la charité même deasatiAe ^tei^ qttcfbis q«V>n vive dans cette résenre atec ses amis , lorsqu'ils m donnent pas pins d'on:?ertiire à leur découvrir ses sentimMtS.
Outre la réputation de délicatesse, il y en a encore une autre qui éloigne étrangement nos amis m^e de nous parler ai^ec H« berté : c'est^celle d'être attachés à notre sens et fortement prétenus de nos pensée^. Car lorsque nous avons donné oene idée de noue, personne presque ne se hasarde denoasoontredire,' principalement si nous avons quelque considération qui porte les gens à se ménager avec nous. Ainsi chacun se tieiit dans la réserve, et nous lais^ croire ce que nous voulons, en s'en moquant souvent dans son OQSur . Il est vrai qu'il ne serait pas juste de prétendre iqu'âfin do ne pas passer ponr opiniâtre à l'égaM de ceux qui voudraient être eras de tout cè qn'âs pfopesènt, (m ftkt obligé de témeigner qu'on apptxMve des sentiments qu'on n'approuve pas en effet, et de se fendre à lotfs les avis qne le premier venu s'avisera de nous dan-^ ner ; mais il est aisé d'éviter la réputation d'être atMK^hé à son ÉÊm , «ans passer à cette extrémité. Il n'y a pour cela qu'à dieiin^ gner la f^ttneté talsonnable qui est une vertu i de l'opiniâtreté qui est un vice; ce qui n'est pas difficile, si l'on considère le droit que la raison nous donne sur l'esprit des autres.
Nous ne pouvons exiger avec justice de qui que ce soit, qu'il se rende à nos sentiments quand il n'en est pas ooftvainea, ni l'accuser ponr cela d'opiniâtreté. Car si c'est paf lumière qttll n'en est pas persuadé, il est louable de ne se pas rendre à la fausseté; si c'est manque d'intelligence et de lumière, on peut racc«»er de ces défauts, mais non de celui d'opiniâtreté. Mais le monde aussi ne commet pas cette injustice, quand on lui rend d'ailleurs ce qu'il a droit d'exiger de nous ; et voici en quoi cela consiste, fihceire que les hommes ne soient pas dans cette vie absolument ièci^bles de (connaître aucune vérité avec certitude , il y a néanmdns tant de Choses qu'ils ne voient qu'obscurément, et ils se trompent même si souvent en prenant peut certaih ce qui ne Fest pas, en ne considé* rant les objets que cônftisément, et en n'y voyant pas tout ce qui est nécessaire pour en juger, que lé moins qu'ils doivent £rire, c'est d'avoir une défiance générale de leurs a^enûments et de leurs pën* aées, lorsqu'elles ne sont pas expressément confirmées ptf la M et par l'autorité de l'Église. Cette défiance ne fait pas qu'ils soient indéterminés, et qu'ils ne prennent «ocuii parti, mais die les em*
AB SOi-iltlIE. I
jMtdapiQiNXwr horspenaéesd^iii airdéoiaif, et de i* thtMfÊm quand «i Im eoDtndiU SU» leur faifc écouter et eiaiiner de bonne ioikBtiiflonaqa'oft aNègne ceatre lenrsentment» Enfin, elle lent laii rajfter lee opinions qu'Us n'approuvent pas, avee tan| de bm« destid, qu'on daneure pecsuadé qn^U» auraient 4té dispesés à ies wbrasser, s'Usavaienteu assez de luoûève pour en pénétrer les faisQo&YoUà la disposition que le monde exige de nous, et quHl en . nige afec raison, parce quenous y devons être en effet. Etlecou' tnùe de eette disposition, c'est-à-dire cette assursuMO qui exchit inè«sladéfiaiM>egénérale,eet air déoisif, cette manière de rejeter lesopinioas des autres sans prendre presque la peine de les examL ner, eomme s'ils étaient incapables de trouver la vérité, ou que Ton fit iaoapable de se trouer, est propremeiit ce^ qu'on appelle opiniàtieté.
G'sst là ce qui «ebute le monde el qui l'éloigné de nous parler Ubromeat, perse qu'on suppose toujours que ce serait eu vain 91'OD le ferait; que lersquenous avons pris parti nous ne revenons Mis qu'après avoir- bien contesté : U faudrait toujours qu'il se tovât que nous avons raison et que les aulres ont tort. Àmsi c^kscon aime mieux laisser tout là et nous abandonner à noshi* Bûèr«9 sans nous proposer les siennes.
On produit à peu {^ le mtoe mauvais effet si, sans entrer eu contestation et sans témoigner d'opiniâtreté et de chagrin, on de* meure néanmoins dans une certaine froideur, sans faire paraître ^<ia^eaappittuve, ni qu'on désapprouve la liberté que nos amis pnoneit de anus dire leurs snitiments ; car coaâne ils sont portés natureUement à croire que cette liberté ne nous est pas agréable, stqa'ils s<mi en défiance sur ce point, quiconque ne détruit pas ^te iapiession par son air et par sa manière de répondre, donne lïMde cronequ'U veut bien qu'elle subsiste, et son silence étant ^ aveo beaucoup d'apparence pour mie marque de mécontente* "'«^t» le meade se tient quitte de Dadre à l'avenir depareUles ton* tativee.