CHAPITRE XII
^lei pour entendre le langage des atertissements, de la flatterie et da silence.
Si nous avions soin d'éviter ces défauts et les autres semblables, ^^^ engagerions nos véritables amis à nous dire quelquefois ce * iu*ils pensent de nos actions, et à nous rapporter de quelle sorte ^Uessont prises dans le monde. Mais pour juger bieside ce qu'il
ti DE LA CONNAISSANCE
nous disent, il faut avoir dans l'esprit cette règle, que comme la complaisance naturelle, la crainte de choquer, et Thonnéteté même obligent ceux qui nous parlent de nos défauts de se modérer beaucoup dans les expressions, si nous voulons connaître leur sentiment au juste, il faut que nous ajoutions de nous-mêmes ce qui manque à leurs paroles, et ne pas supposer que ces pensées leur naissent dans Fesprit avec tous ces tempéraments, et ces adoucissements dont ils usent en nous les proposant. Faisons donc état •qu'on ne nous dit jamais qu'une bien petite partie de ce qu'on pense de nous, et qu'il faut multiplier en quelque sorte tout ce qu'on, nous en dit pour trouver le vrai. Si l'on nous dit que l'on trtuve un peu à redire à quelque chose que nous avons faite, cela signifie qu'on y trouve beaucoup à redire. Si Tondit que l'on fait quelque difficulté sur quelque raisonnement, cela veut dire qu'on le croit faux et ridicule. Si Ton nous dit que l'on a peine à entrer dans quelqu'une de nos pensées, cela veut dire qu'on la désapprouve et qu'on la condamne. Si l'on nous avertit qu'il y a des gens qui se blessent de certaines actions, c'est-à-dire qu'il y a grand nombre de personnes qui s'en scandalisent. Enfin il faut supposer que la langue des avertissements est une langue particulière ; qu'on ne s'y exprime qu'à demi; que ce ne sont que réticences perpétuelles, et qu'à moins que d'y suppléer et d'entendre à demimot, on est; trompé par ceux mêmes qui s'efforcent de nous détromper.
Si l'on avait autant de subtilité et de finesse pour ce qui regarde son véritable bien, qu'on en a d'ordinaire pour ses intérêts, on ne découvrirait pas seulement la vérité au travers des petits nuages dont l'honnêteté et la prudence se servent pour l'adoucir et la tempérer, mais on saurait même la discerner dans l'obscurité du mensonge et du silence. On l'altère par le mmisonge des flatteries ; on la cache par le silence. Mais il ne tiçnt le plus souvent qu'à nous de la distinguer dans l'un et dans l'autre ; car il y a toujours quelque chose de vrai dans la flatterie même, et le silence a aussi son langage; ce qui a donné lieu à saint Jérôme" d'appeler le silence de sainte Aselle, sUeniium loquens. « Un silence parlant. »
Pour comprendre ce qu'il peut y avoir de vrai dans la flatterie ,
il n'y a qu'à distinguer le sens précis des expressions d'avec les
pensées*qu'elles nous donnent lieu de lire dans l'esprit de ceux qui
• s'en servent. Il n'y a point de vérité dans le sens précis des ex-
ia) Hi«r.)i^. \&, oov. edit», Zlt topu. IV, part, ii, co). ^r»,
preasions des flatteurs, puisque nous prenons ici le terme de flatterie pour une fausse louange. Ifais elles donnent lieu de connaître plusieurs de leurs pensées, et de nous instruire par ces pensées de plusieurs vérités qui nous regardent.
La première est que lorsqu'ils donnent ces louanges, ils eroient toot le contraire de ce qu'ils disent, et méprisent autant dans leur oœo^oeux à qui ils les donnent, qu'ils témoignent au-dehors d'estime pour eux.
La seconde setire de la nature des louanges qu'ils choisissent; car ils en prennent d'ordinaire la matière des choses vraiment louables, qu'ils attribuent.faussement à ceux qu'ils veulent flatter* Ainsi ceux à qui l'on donne ces louanges n'en doivent conclure, ni qu'ils aient effectivement ces qualités qu'on leur attribue, ni qu'il y ait des gens qui le croient , mais seulement que ces qualités sont louables en elles-mêmes, et qu'il serait à souhaiter qu'ils les eussent; c'est-à-dire qu'ils peuvent apprendre par là non ce qu'ils sont, mais ce qu'ils devraient être. C'est la réflexion que saint Augustin foitsur la louange que Gicéron donne à César de n'oublier rien que les injures : Nikil obUvisei msi injurias. Dieebat hoc, dit-il, tam magnus laudatOTy aiU tam magnus adulator : sed H louddtor, taiem Cœsarem nooerat; êi autem adukUor, t<ikm esse debere asiendebat principem dtnttUis, qualetn illum faUaeUer prcs' dieabat\ « Ce que Cicéron disait à Cémr, dit ce père, était, ou une grande louange, ou une grande flatterie; si c'était une louange, il faUait qu'il crût que César était tel en effet; et si c'était une flatterie, il foisait toujours voir par là que celui qui commande à un État doit avoir les qualités qu'il attribuait faussement à César. •
La trmsième chose que la flatterie nous apprend est de la même espèce que la première : c'est que non-seulement le flatteur ne croit pas ce qu'il dit, mais qu'il suppose de plus que celui qu'il flatte est assez dupe pour se laisser tromper par ces flatteries, et pour le3 prendre pour des louanges sincères. Et comme on ne saurait approaver de fausses louanges qu'en se flattant soi-même, tout flatteur condamne dans soi-même d'illusion et de vanité celui qu'il flaUe. C'est là ]e jugement qu'il en porte. Enfin, comme c'est par intérêt et non par indinationque l'on se porte à la flatterie et que Ton s'en sert seulement comme d'un moyen pour obtenir des grands ce qu'on prétend d'eux, il faut que les flatteurs jugent encore que ceux à qui ils donnent ceç fousses louanges sont assez
M àaaiMt., Ep« isa, B. 9.
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amoureux ^mt-mémt» pour se laisier gtgnar par cM» tMMpMrict grossière. De sorte que si tout ce qui est daas TespAtt 4Hihi flaltear était développé et expHiiié, oa le powrait féduive è eet élfttui^ compliment : ne vous imagine» pe»« UifmsmMy tuejflfiMreittieii «te ces louanges que je vous doiiae ; j'ai pour ¥09e tout W jns4A le^is que vous mériter; mais comme je sais«que vovie étea msM. yaia pour croire qu-on ait dans le ooawp les ^mlmmk» d^sifr «|pe j& vous témoigne, et que l'amour excessif que vous avw pQwrvmi»^* même vous pourra disposer par là à me faire lesi^àoee qiMiie 9dal)aite, j'ai erin pour les obte»ir devoir einployer khi moyeA q^ ckn vrait attirer tout le eontoiaire. Voâà ce que leagranâsponiveiffiit voir dans l'esprit de la plupart des geee qui lee louent^ s'ils sevamit joindre aux e&presaioBS de ces flatteurs ce qi&'ils peupraiwit gob- ^attre de leurs pens^. Mais comme oata les iiiû$mno4Qiwt« ûs aiment rnieu^ n'être pas si pMtrente et 9'arr6lw à l'éeûcce éee paroles ; et c'est par la coimeias^npe «p^'cm a de eelte d«qiQfii|iaQ» que l'on se hasarde d'empAoyer ce mauvaie moyen^
Le langage du silence consiste daii£k les pm«sées, lesilenee «ènie fait voir l'esprit de ceux qui se (aiseat par eertaÎBe» Yiiee« Par exemple, qusuid on évite de parier d'ua eet^taiii défont devant We grands, cela marque qu'on les y croit sujets» et qu'<w ^ peur qu'ils ne premient pour eux ce qu'on ^ dirait* Ce mémfi^ qvmà m leur présence on ne loue point fie cert^wes gens, cela veut dire q»^ sHmagine qu'ils ne les ainiant fm et qu'ib sent prévenue een^ eux. Ainsi ils n'ont qu'à remarquer les disopurs qu'œ évite ctevast eux, pour savoir? quelles préventions et quels défauts cm leiir.attri* bue. Et comme on ne parle de. riea tapt m Vabsm^ ûm gens que des choses dont on n'ose pader «pv^eur piésenoe» ils pavent aussi juger, par ees discours qu'ai» le fait jamais devant eax« quels sont ceux qw entrant souvent deue l'entretûm quand m eai éloigné d'QUx,