‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 28 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Qu'il faut humilier rhooune en lui faisant connaître sa falbleue , mais non en le

réduisant à la condition des bêtes.

Si donc l'orgueil vient de l'idée que l'homme a de sa propre force et de sa propre excellence, il semble que le meilleur moyen de l'humilier soit de le convaincre de sa faiblesse. II faut piquer cette enflure pour en faire sortir le vent qui la cause; il faut le détromper de l'illusion par laquelle il se représente grand à soimême, en lui montrant sa petitesse et ses infirmités, non afin de le réduire par là à l'abattement et au désespoir; mais afin de le porter à chercher en Dieu le soutien, l'appui, la grandeur et la force qu'il ne peut trouver en son être ni dans tout ce qu'il y joint.

Mais il faut bien se donner de garde de le faire en la manière de certains auteurs, qui, sous prétexte d'humilier Uprgueil de l'homme, l'ont voulu réduire à la condition des bèté^et se sont portés jusqu'à soutenir qu'il n'avait aucun avantage sur les autres animaux*. Ces discours font un effet tout contMre à celui qu'ils ont prétendu, et ils passent justement plutôt pour des jeux d'esprit que pour des discours sérieux. Il y a dans l'homme un sentiment si vif et si clair de son excellence au-dessus des bètes, que c'est en vain que Ton prétend l'obscurcir par de petits raisonnements et de petites histoires vaines ou fausses. Tout ce que la vérité peut faire est de nous humilier, et souvent même on ne trouve que trop de moyens de rendre toutes ses lumières inutiles, quelque vives qu'elles soient. Que peut-on donc espérer de ces petites raisons dont on sent la fausseté par un témoignage intérieur qu'on ne saurait étouffer?

Qu'il est à craindre que ces discours, au lieu de naître d'une reconnaissance sincère de la bassesse de l'homme et d'un désir d'abattre son orgueil, ne viennent au contraire d'une secrète vanité ou d'une corruption encore plus grande! car il y a des gens qui,

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voulant vivre comme des bétes, ne trouvent rien de -fort humiliant dans les opinions qui les rendent semblables aux bétes; ils y trouvent, au contraire, uit secret soulagement, parce que leurs dérèglements leur deviennent moins honteux, en paraissant plus conformes à la nature. Ils sont d^ailleurs bien aises de rabaisser avec eux ceux dont l'éclat et la grandeur les incommodent, et ils ne se soucient guère de n'être pas différents des bétes, pourvu qu'ils mettent au même rang les rois et les princes, les savants et les philosophes.

Ne nous amusons donc poijit à chercher dans ces vaines fantaisies des preuves de notre faiblesse, nous, en avons assez de vé-* ritables et de réelles dans nous-mêmes. Il ne* faut que considérer pour oda notre corps et notre esprit, non de cette vue superficielle Qt trompeuse par laquelle on se cache ce que l'on n'en veut pas voir, et l'on n'y voit que ce qui plalt, mais d'une vue plus distincte, plus étendue et plus sincère, qui nous découvre à nôusmèmcs tels que nous sommes, et qui nous montre ce que nous avons véritablement de faiblesse, de force, de {bassesse et de grandeur.

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