‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 35 sur 196 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Difficulté de connaître les choses dont on doit juger par la comparaison dm Traisemblances. Témérité prodigieuse de cenz qui se croient capables de choisir une religion, par l*ezamen particulier de tous les dogmes oontestés.

Voici encore un autre înoonvénient qui est la source d'un grand nombre d'erreurs. La découverte du vrai, dans la plupart des ciioses, dépend de la comparaison des vraisemblances. Mats qu'y a-t-il de plus trompeur que cette comparaison? car ee qui est de soi-même moins vraisemblable, étant mis plus en vue par la mamère dont on Texprime, et étant considéré avec plus d'application ou de passion, est capable de faire beaucoup plus d'impression SOT l'esprit que d'autres choses qui, quoique appuyées sur des raisons beaucoup plus solides, seraient proposée^ d'une manière dbficnreet écoutées avec négligence et sans passion. Ainsi l'inégalité de la clarté, l'inégalité de l'application, l'inégalité de la passion contre-pèse souvent, ou anéantit même entièrement l'avai)tage que les raisons ont les unes sur les autres en solidité ou en Traisemblance.

Cependant l'esprit de Phomme, étant si faible, si borné, si étroit, si sujet à s'égarer, est en môme temps si présomptueux qu'il n'y a rien dont* il ne se puisse croire capable, pourvu qu'il se trouve des gens qui l'en flattent. Qu'y a-t-il qui soit plus visiblement aa-dessus de l'esprit et de la lumière du commun du monde, et particulièrement des simples et des ignorants, que de discerner entre tant de dogmes contestés parmi les chrétiens ceux qu'il faut rejeter, de ceux qu'il faut suivre? Pour décider raisonnablement une seule de ces questions, il faut une étendue d'esprit très grande et très rare. Que sera-ce donc quand il s'agit de les décider toutes, et de faire le choix d'une religion sur la comparaison des raisons de tontes les sociétés chrétiennes? Cependant les auteurs des nouvelles hérésies ont persuadé à cent millions d'hommes qu'il n'y avait rien en cela qui surpassât la force de l'esprit des plus simples. C'est même par là qu'ils les ont attirés d'entre le peuple. Ceux qui les ont suivis ont trouvé qu'il était beau de discerner enx-mèmes la véritable religion par la discussion des dogmes, et ils ont considéré ce droit d'en jager qu'on leur attribuait comme on avantage considérable que l'Église romaine leur avait injustement ravi.

On ne doit pas néanmoins chercher ailleurs que daus la faiblesse

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même de rhomme la cause de cette présomption. Elle vient uniquement de ce que l'homme est si éloigné de connaître la vérité, qu'il en* ignore même les marques et les caractères. Il ne se forme souvent que des idées confuses des termes d'évidence et de certitude; et c'est ce qui fait qu'il les applique au hasard à toutes les vaines lueurs dont il est frappé. Tout ce qui lui platt devient évident. Ainsi, après qu'un hérétique a comme consacré ses fantaisies par ce titre qu'il leur donne de vérités certaines et contenues clairement dans l'Écriture, il étouffe ensuite tous les doutes qui pourraient s'élever contre, et ne se permet pas.de les regarder; ou s'il les regarde, c'est en ne les considérant que comme des difficultés, et en leur ôtant par là la force de faire impression sur son esprit.

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