CHAPITRE VIII
Actions de vertu qme la vue de la volonté de Bien noas découvre. Ordre des actions : qu'il n'y faut pas 6tre attaché. Obéissance religieuse facilite la vie chrétienne.
Il nV a rien aussi qui nous découvre plus d'actions de vertirà exercer, que cette attention continuelle à la loi de Dieu , parce qu'il n'y a rien qui nous les cache davantage que de s'abandonner à ses inclinations. C'est cette attention qui nous apprend à contribuer, autant que l'on peut chrétiennement, au divertissement des autres dans la conversation, à s'insinuer dans leur esprit par une complaisance sans affectation , à les souffrir dans leurs importu* nilés, à les avertir de certains défauts par des manières douces et proportionnées à leur iiumeur, à éviter de les choquer inutilement, à se taire lorsqu'il est à propos, à parler quand il le faut, et à satisfaire ainsi à un très grand nombre de petits devoirs qui échappent à ceux qui agissent par humeur. C'est un des sens de cette parole du Sage : Qui autem inquirunt Dominwm animadvertunt amnia : Ceux qui cherchent Dieu prennent garde à toit «• » •
C'est cette attention à la volonté de Dieu qui nous maintient dans une vie réglée, égale et uniforme, et qui nous fait pratiquer avec fidélité les. mêmes exercices dans les mêmes temps; car si nous avons pour. but de suivre Dieu, nous jugerons avec raison que nous nous rendrons plus conformes à sa volonté en suivant un ordre établi dans les choses indifférentes, qu'en le quittant par inclination et par fantaisie. Moins nous avons de part aux choses, et plus nous avons sujet de croire que c'est Dieu que nous suivons en les faisant. Et celles qui sont d'elles-mêmes égales et indifférentes, deviennent inégales et différentes, lorsque l'on y £\joute celte raison d'uniformité dans les mêmes exercices.
Mais si l'amour de la volonté de Dieu nous fait préférer dans les choses indifférentes l'ordre et l'égalité au désordre et à l'inégalité, il retranche aussi toute attache de la pratique de ces exercices, et il nous rend flexibles à les changer quand Dieu le veut, parce que, ne désirant que d'obéir à Dieu, il est également content quand il trouve également moyen de pratiquer cette obéissance. C'est pour-
(a| Prov,, ixviii, 5.
quoi, quelque r^Ie que Ton se soit prescrite dans les choses indif« fcreQtes, il faut être prêt à la changer dans les occasions où Dieu nous fait connaître qu'il demande autre chose de nous. C'est par celle flexibilité que des personnes qui aiment Pétude ne laissent pas de s'appliquer avec soin à des entretiens qu'ils n'aiment pas, lorsque la charité le demande ; qu'ils perdent en quelque sorte leur temps, lorsque Dieu veut qu'ils le perdent; qu'ils quittent leurs ouvrages sans peine, lorsque Dieu veut qu'ils les quittent; qu'ils ne forment point de desseins fixes ni arrêtés, et qu'ils se tiennent toujours entre les mains de Dieu pour s'appliquer aux choses selon qu'il leur fait connaître qvi'elles lui sont agréables.
Il faut pourtant prendre garde à ne pas porter cette flexibilité jusqu'à l'instabilité; car les hommes n'ayant que fort peu de temps à eux, il est impossible qu'ils s'appliquent à une occupation, qu^en se séparant des autres. Or, dans ce choix, les moindres doivent céder aux plasr grandes, il faut nécessairement opter; et quand on a choisi , il ne faut pas facilement changer le choix qu'on a fait. S'il n'est pas possible, par exemple, de condaire certaines personnes, et de travailler en même temps pour l'Église, il faut voir lequel est le plus utile et le plus conforme à notre vocation. S'il Q^est pas possible de partager son esprit à tant de sortes d'études, il faut le borner à quelques-unes, et souffrir de bon cœur de n'être pas habiles dans de certaines choses. Si l'on ne peut satisfaire à tant d'actions de charité, il faut se restreindre à celles qui sont en notre pouvoir, en se souvenant toujours de cet avis du Sage, qui nous doit servir de règle en une infinité d'occasions. « Mon fils, ne vous engagez pas dans une multiplicité d'actions : » FiU, ne in mltis sint itctus iui ..
Tout cela fait voir que l'obéissance des religieux est plutôt une facilité que les saints ont trouvée pour observer la loi de Dieu, qu'une nouvelle sévérité qu'ils aient ajoutée à l'Évangile; car, en quelque état que l'on soit, il ne peut être permis d'agir par cupidité, ni de se conduire par sa volonté et par son caprice. Il faut toujours que la volonté de Dieu soit notre règle, non-seu|ement dans les actions importantes, mais même dans les*plus petites. Or, cette volonté de Dieu étant quelquefois difficile à découvrir, et notre propre volonté prenant souvent la place de celle de Dieu, les saints ont introduit cet assujettissement à un supérieur, pour nous déterminer dans toutes les actions indifférentes, en nous rendant
(0) BwU*, XI, 10.
lis DE LÀ SOUMISSION
la Yolonté de Dieu plus sensible; parce qu'il est certain qne Dien veut que left religieux obéissent dans ces choses à leur supérieur, au lieu que ceux qui n'ont point de supérieur ont plus de peine à diseerner ce que Dieu demande d'eux.
Cette peine vient de l'impureté de leur oœnr, qui obscurcit cette loi de Dieu ; par si nous avions le coeur droit et simple, la vdonté de Dieu nous paraîtrait clairement dans les plus petites occasions : c'est pourquoi l'apôtre saint Paul nous avertit de renouveler notre esprit pour reconnaître la volonté de Dieu : Bêformammi m not?itate tmsuB vestri^ ut probeiU qum Ht volwUa$ Déi, bona^ et toieplacms et perfecta * : • Qu'il se fasse en vous une transfomntîmi par le renouvellement de votre esprit, afin que vous reconnaissiez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est agréable à ses yeux, et ce qui est parfait. • Nous devons donc oroire que si nous ne la discernons pas, c*est que nous ne sommes pas renouvelés ; que nous vivons de la vie d'Adan, c'est-à-dire que nous ne penecms qu'aux cboses du monde; que notre cœur est rempli de l'amour du monde , et qu'il est vide de celui de Dieu» qui est le principe du renouvellement de l'àme.
Il ne faut pas aussi s'imaginer que, pour n'avoir pas £ût voeu de pratiquer le& autres exercices de la vie religieuse, nous soyons pour cela dispensés de ceux qui servent à conserver et à faire croître la piété. La déclaration que Dieu nous fait de sa volonté sur ce point est générale, quand il nous dit : « La volonté de Dieu est que vous soyez saints et purs : > Hœc est voluntas Dei MMiifieaJUo vestra^. Et cette déclaration nous oblige de travailler sans oease à notre sanctification, et d'embrasser les moyens qui y sont propres, et que cette même loi nous enseigne. De sorte que si nous n'avons pas des maîtres des novices qui nous exwcent à la vertu, ni des confesseurs qui nous fassent cette charité, la loi de Dieu nous doit tenir lieu de l'un et de Tautie, et nous en devons tirades exercices et des pratiques qui soient propres à guérir nos maux et à nous faire avancer dans le chemin du salut ; ce qui est toujours bien plus ^iS&ûld qu'il ne l'est à un roiigieux de pratiquer oe qu'on lui ordonne.
(a) £cm.f xu, 2. (b) h Thtis., »v, 3.