‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 53 sur 196 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que tMiicertitode de ta volonté de Dieu k Vêghtà de l'avenii nous doit empêcher d'«n juger sur des rencontres fortuites. Ce que la me 6ê cette volonté retranche ou ne retranche pas dans nos acttons.

C'est aussi par un sentiment du respect que nous devons à la volonté de Dieu , que nous sommes obligés d'être très réservés à prendre pour des marques de la volonté de Dieu la rencontre qoe l'on fait, dans l'Écriture ou dans des livres de dévotion, de certains versets qui nous paraissent conformes à quelque chose que nous avons dans Tesprit. Car, quoiqu'il soit certain qu'ayant rencontré ces versets. Dieu Ta voulu, il n'est point certain néanmoins qu'il ait permis que Ton les rencontrât pour un tel dessein, ni pour nous servir de règle de conduite^ C'est notre imagination qui tire cette conséquence, et qui la tire témérairement , puisqu'elle suppose que Dieu ne peut avoir permis cette rencontre que pour une telle fin* Qui sait, au contraire, s'il ne Ta point permise pour éprouver si nous serions fidèles à nous tenir dans la voie de la foi, et à nous attacher aux règles commune-s , ou si nous nous laisserions aller aux mouvements de vanité qui s'élèvent assez naturellement, lors* qu'on s'imagine que Dieu nous fait des faveurs particulières , et qu'il nous tire de l'ordre du commun des hommes , à qui il ne manifeste ses volontés que par les préceptes généraux de l'Écriture et les instructions ordinaires de l'Église? II semble donc qu'il ne soit pas bon de faire tant de fondement sur ces rencontres .fortuites, et que l'on a sujet de craindre à l'égard de ces obs^vations ce que l'Écriture dit des songes : «Où il y a beaucoup de songes* il y a aussi beaucoup de vanité : » Ubi multa sunt somnMf P^^" rmœ sunt vanitates''. Car toute la vanité des songes consiste k

(o) SeUe.f ▼, 6.

conclure, non que Dieu a envoyé un songe, ce qui est toujoui'd vrai en un sens, mais à conelure qu'il a telle et telle significalion ; el cette môme vanité se trouve dans le jugement que nous faisons t]ue Dieu a en telle ou telle fin en permettant ces rencontres.

La vue de la volonté absolue de Dieu ne change donc point la mkiiière ordinaire de juger des choses , et elle ne retranche point l'application des moyejis humains et Fusage des lumières ordinaires. Mats elle en retranche l'inquiétude, Tempressement , les désirs trop ardents pour les choses qui ne sont pas encore arrivées, les tristesses et les chagrins pour celles qui sont ou présentes ou passées. Car si nous sommés persuadés que Dieu fait tout, et qu'il ne peut rien faire que de juste, après avoir donné tout Tordre qu'il nous commande de donner aux choses , nous devons nous abandonner à loi, et attendre en paix l'exécution et l'accomplissement de ses desseins éternels. Et comme nous les devons adorer lorsqu'ils nous sont manifestés par l'événement , nous les devons aussi adorer par avance lorsqu'ils sont encore cachés par les ^ecreu de la providence.

11 est vrai qu'entre ces événements il y en a qui sont des effets de miséricorde, et d'autres qui sont des effets de justice. Mais comme la justice et la miséricorde de Dieu sont également adorables, nous devons une égale soumission aux uns et aux autres, avec cette différence néanmoins, que la soumission que l'on doit aux efiets de miséricorde doit être ordinairement accompagnée de joie et d'actions de grâces, et que celle que l'on rend aux effets de justice doit étre> accompagnée d'humiliation et de terreur.

Mais ce qui doit et modérer liotre joie et tempérer notre terreur, c'çst qu'il est souvent impossible de distinguer ce qui est ^el de mi^ricorde ou de justice dans les événements humains , parce que notre esprit est trop étroit pour pouvoir comprendre cet enchaînement infini de causes liées les unes aux autres, qui fait que les plus grands maux sont quelquefois attachés à ce qui paraissait un grand bien, et les plus grands biens à ce qui paraissait un plus grand mal. Ainsi, après avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir suivant les règles de la prudence ordinaire , nonseulement la foi, mais la raison même nous obligent d'être comme indifférents à l'égaré des événements, parce qu'elle nous fait voir que notre lumière est trop courte et trop bornée pour en pouvoir sainement juger.

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