‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 54 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Qu'il faut pratiqner la soumission à la volonté de Dieu à l'égard des petits, événemeiits. Des défauts corporels. Des suites de nospéehés. Exemple d'Adam.

Pour s'accoutumer à se soumettre à la volonté de Dieu dans les grands événements capables d'ébranler et d'abattre l'âme , il faut s'accoutumer à l'honorer dans les plus petites cicconstances de notre vie , parce qu'elle les .régie toutes aussi bien que les plus grandes. En regardant ainsi les-plus petits événements comme des effets de la v.olonté souveraine de Dieu , l'on exerce même la foi davantage, parce que les hommes ont plus de peine 4 attribuer à Dieu les rencontres ordinaires et petites, que les plus grandes. Un homme bien pénétré de cette pensée ne dira donc jamais qu'une rencontre eigt fâcheuse, puisque, la regardant comme ordonnée de Dieu, il ne lui est pas permis de s'en fâcher. Il ne se plaindra point d'un rendez- vous qui manque, ni d'une visite importune, ni de la longueur .d'un valet à qui il aura donné quelque commission, ni de ce que Von le fait trop attendre , ni du refus qu'gn lui fait d'une grâce, ni d'une petite perte, ni d^ saisons, ni d'un mauvais temps, ni généralement de toutes les rencontres ordinaires de la vie qui portent les hommes à l'impatience.

Chacun doit accepter avec cette même disposition tous ses défauts corporels, comme la surdité, la faiblesse de la vue, et généralement tout ce qui le peut rendre méprisable aux hommes, comme le manque de mémoire, d'adresse, d'intelligence, la naissance basse, le défaut de bien , sans jamais se plaindre de toutes ces choses, tant parce que c'est Dieu qui en a9t la cause, que parce que nous ne savons pas si elles ne nous sont point plus avantageuses que celles qui nous plairaient davantage , et qu'en les soufTrant de cette manière, elles le deviendront en efiét. Il en est de même des maladies, des calomnies » des mauvais traitements, du peu d'état que l'on fait de noAS, des aversions, des préventions qu'on peut avoir contre nous* Puisque Dieu fait ou permet tout cela, nous le devons regarder avec tranquillité et avec paix, en nous tenant dans son ordre et en adorant ses jugements. Et la volonté de Dieu , qui règle toutes ces chpses, doit avoir plus de force sur notre esprit pour nous le^ faire accepter, et pour nous les rendre aimables , que ce qu'elles ont de fâcheux pour

nous les faire rojeter, et pour nous porter à l'impatience et au

murmure.

 LÀ VOLONTÉ DE DIBU. ISâ

Il y a dte accidents qui sont des suites de nos propres fautes ; et si ces suites sont favorables, eHes nous donnent un sujet particulier de louer la miséricorde et la bonté de Dieu, qui a su tirer le bien du mal, et convertir en moyen de salut ce qui ne méritait que ses châtiments et la soustraction de ses grâces ; mais si ces suites sont fâcheuses et dures, comme si nos fautes ont attiré de grands maux spirituels ou temporels; si nos dérèglements ont causé un grand nombre de péchés; si ces suites subsistent et se perpétuent, il ne faut pas que nous les regardions sans douleur ; car la volonté de Dieu, considérée comme justice, nous ordonne d'en gémir, de nous en humilier, d'en faire pénitence et de tâcher de détourner ces suites funestes par nos actions et par nos prières. Mais elle nous ordonne en même temps de rentrer dans la paix et d'éviter le trouble et l'inquiétude, et de nous en consoler dans la vue de sa volonté qui les a permises et qui ne laissera pas d'en tirer su gloire.

Nous en avons le plus grand exemple qu'on se puisse imaginer en la personne d'Adam et d'Eve, car aucun sans doute n'a vu de si funestes suites de ses péchés que celles qu'ils ont vues de leur dés* obéissance, puisque tous les maux qui sont arrivés à tous les hommes ensemble, tous les péchés qui se sont commis dans le monde, et la damnation de ce nombre innombrable de réprouvés, sont des suites de leur crime. Cependant la volonté de Dieu n'a pas laissé de les en consoler; et si elle ne leur isn a pas ôté la douleur lorsqu'ils étaient dans le monde, parce qu'il était juste qu'ils en Gssent pénitence,' elle l'a entièrement apaisée dans l'autre, puisque, malgré ces effroyables suites qui subsisteront éternellement, Adam et Eve ne laisseront pas de j{^ir dans toute l'éternité de la paix et de la consolation des justes. C'est la plus grande preuve qu'on paisse avoir de ce que peut la vue de la volonté de Dieu pour apaiser les troubles qui devraient nattre naturellement des suites de Dospédiés; et après celui-là, quelque mauvais effets que nos actions puissent avoir eus, quelque renversements dont elles aient été cause, personne n'a sujet de perdre l'espérance ni de s'abandonner au trouble par une espèce de désespoir.

Non-eeulement ce regard de la volonté d^ Dieu nous fait souffrir en paix lesf suites de nos péchés, mais il nous fait aussi porter en patience nos défauts et nos imperfections, aussi bien que les imparfeaions et les défauts des autres. Ainsi, il allie encore deux mouvements qui paraissent opposés, la soif et le zèle de la justice qui nous fait bair îm faute»» e( la patience qui pous les fait ^ouf*

m DB LA SOUWSSIOII

frir» parce qu'il voit que Dieu lai prescrit l'un et l'antre.^ L'ftme soumise à Dieu lui dit bieut dans le ressentiment qu'elle a de ses misères : « Jusqu'à quand, Seigneur, me laisserez*- vous dans cet état ? • Sed^ tu Domine^ usquequo " ? Ifais cependant elle ne laisse pas d'y être en paix; elle ne met point d'autres bornes à sa patience que celles de sa vie, et elle se résout en môme temps de combattre sans cesse ses imperfections, et de se souffrir néanmoins soi-même sans s'abandonner jamais au découragement, en se contentant de la mesure de la grâce qu'il plaira à Dieu de lai faire. Et c'est ce qu'elle apprend de cet avertissement du 8age: Qui timent Donmum, custodiunt mandata iUku, et patientiam haj^ebunt usque ad inspectionemillius^ : « Ceux qui craignent le Seigneur garderont ses commandements, et ils auront patience jusqu'à ce qu'il jette les yeux sur eux. •

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