‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 55 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Quelle est la sottndBsion qne nous devons à la volonté de Dieu à VigBxà. de notre salut éternel. Qu'il est juste d'épargner sa propre faiblesse sur ce point. Combien la vue de la volonté de Dieu facilite la conduite de la vie chrétienne.

Enfin, les plus grands effets de cette soumission à la souveraineté de Dieu, c'est que dans l'incertitude ou nousfioounes deTarrêt éternel de notre prédestination et de celui que Dieu prononcera au jour de notre mort qui en sera l'exécution, et qui £era l'éternilé de notre bonheur ou de notre misère, elle fait que.nofare âme reconnaît qu'il est juste, et qu'elle l'adore en cette qualité, en suivant les paroles et l'esprit du prophète, et disant avec lui à Diea : In manihus tms sortes meœ' : « Ifqp sort est entre vos mains. • Mais elle a grand soin de ne s'abandonner pas trop à cette pensée et de ne s'y enfoncer pas trop avant, la faiblesse de notre esprit n'étant pas capable de la porter ; eUe s'applique donc toute à considérer ce que Dieu lui ordonne de faire à cet égardt et quelle disposition il lui prescrit par sa vérité et par sa loi.

Or elle voit dans cette loi : premièrement , qu'il est juste qu'elle épargne sa faiblesse, en ne s'occupant pas d'une pensée si terrible ; secondement, qu'dle n'a aucun sujet de eroire que cet arrêt ne lui sera pas favorable, puisque Dieu l'a séparée par tant de grâces du nombre des infidèles, des hérétiques et de ceux qui ne pensent point à Dieu, en la mettant dans le petit nombre dae fidèles de son Église qui connaissent sa loi-et qui ont qaâqae désir

(a) P». VI, 4. (6) Eixkn «, 31. W P'- «X» W-

dePcdwerver. BUe voit dans cette vérité qu'an lieu de s'occuper

tileraent de pensées de défiance qui ne peuvent que lai nuire, doit tAcber uniquement de se corriger de ses fautes, d'y remédier à l'avenir, de se mettre dans la voie de Dieu si elle n'y est pas, et d'y marcher fidèlement si elle y est.

Elle voit que Dieu veut qu'elle nourrisse et entretienne son espérance par tous les justes sujets que la vérité lui fournit, et que sortent elle se gardebien de le regarder comme un ennemi qui n'aurait aucun amour pour e]le ; car cette idée est fausse et exécrable à l'égard des réprouvés mêmes. «Dieu n'a point fait la iDort, dit l'Écriture, et il ne se platt point dans la perte des vivants*. > Si ses créatures s'éloignent de lui, c'est en se rendant indignes des effets de ^ bonté, et en l'obligeant par leur malice volontaire à exercer sur elles sa justice. Il y a toujours en Dieu des entrailles de miséricorde pour recevoir les pécheurs s'ils retonmaient à lui et s'ils se convertissaient. Son sein paternel leur est toujoars ouvert, et ils ont toujours tort de ne se pas convertir. Il est vrai que par une justice secrète Dieu ne croit pas devoir changer la volonté corrompue des réprouvés ; mais cette volonté de justice ne détruit point cette bonté essentielle qui est la loi de Dieu même, et sa volonté par laquelle il est prêt de recevoir en sa grâce tout pécheur converti et qui abandonne ses péchés, et par laquelle il lui ordonne de se convertir. C'est de cette bonté que procède cette patience dont parle saint Paul, qui invite les pécheurs à la pénitence. S'ils la faisaient, la miséricorde de Dieu leur serait ouverte, et ses grâces couleraient sur eux avec abondance. Ce sont eux qui en arrêtent le cours et qui y mettent obstacle ; inais eUes ne laissent pas d'être toutes prêtes dans ses trésors.

Rien ne facilite donc davantage la conduite de la vie chrétienne que ce regard de la volonté de Dieu dans toute son étendue; car il fait voir que toute la vie d'un vrai chrétien est une vie de paix, Qwi regarde avec tranquillité le présent, le passé et l'avenir dans l*ordre de Dieu, et qui consulte continuellement sa loi pour apprendre d'elle ce qu'il doit faire à chaque moment, et quelle disposition intérieure il doit avoir à l'égard des choses auxqueUesil» doit s'appliquer. Ces dispositions sont différentes selon les objets, el elles renferment tous les mouvements légitimes de joie, de tris- ^^f de désir, de crainte, fl'amour, d'indignation, de compassion qu'ils doivent exciter* Mais tous ces sentiments sont toujours joints à la disposition générale de repos et de paix que la vue de

(o) Sap., I, 15. ib) ifom.t Ht 4.

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