‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 58 sur 196 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

fond i]io«ikn«. Marqmeat I« Aérigkneat «I U fnndMr de ¥homtoie^ Ttmf» es cette Tie, temps de stupidité.

Il y a dans l'homme une sensibilité prodigieuse « capable de mouvements démesurés de tristesse,, d'amour, de joie, de crainte, de désespoir, et une Insensibilité étonnante, capable de résister aux objets les plus terribles. Les mêmes choses font mourir les uns, et n'émeuvent pas seulement les autres, sans que l'on voie bien la raison et la cause de ces différents effets.

Car ces mouvements violents naissent d'un fond inconnu et d'un abîme caché. Nul ne sait précisément les efforts qu'il faut faire agir pour les exciter : et tout ce que l'on sait est que la raison ne les peut produire comme elle le voudrait, lors même qu'elle les jugerait utiles ; et qu'elle ne les peut de même réprimer, lorsqu'elle les juge pernicieux. Quand l'âme n'est touchée que par une partie insensible, rien n'est capable de l'émouvoir. Quand elle l'est par une partie sensible, tout est capable de la faire sortir hors d'ello-méme.

La violence et l'inégalité de ces mouvements sont en même temps des preuves du dérèglement de riionimc et des marques

DB MBU. ISt

de sa grandeur. ElifiB nous font voir qu'il y a d'étranges Teeeortt dans son esprit, et que, s'ils étaient vivement touchés, ils produi* ratent encore des mouvements tout autres que ceux que nous resseatodB ordinairement; qu^ainsi les philosophes n'ont rien entendu ni dans son bonheur, ni dans son malheur, en mettant l'un et Tautre dans les sentiments que nous pouvons éprouver dans cette vie. Rien n'est plus ridicule que la pensée qu'ils ont eue, que nous pouvions être heureux par des voluptés grossières et communes , par des curiosités fodes , et par une contemplation froide de la vérité et de la vertu. Ces mouvements sont trop languissants pour nous rendre heureux, et l'Ame de l'homme est capable d'un plaisir et d'une joie infiniment plos vive et plus saisiMe. Il en est 4l^ même des maux. Qui^qu'onMes sente bien plus vivement que las '' plaisirs, néanmoins ils pourraient encore être sentis mille fois plus vivement. Que s'il n'est pas en notre pouvoir de nous procurer cette joie si vive, ni ces douleurs si perçantes, c'est que Dieu dç veut pas qu'il dépende de nous en ce monde de nous r^idre ni heureux ni malbôireux, et qu'il veut que l'un et l'autre soit un effet oa de sa miséricorde ou de sa justice dans l'autre.

Le tenais de cette vie est donc proprement un temps de stupidité. Toutes nos oonnaissances y sont obscures , sombres , languissantes, si on les compare à ce qu'elles seront au moment de notre nort, qai lèvera comme un rideau pour nous faire voir les choses telles qu'elles sont. Ce sera alors que toutes les créatures disparaîtront à DOS yeux, et que nous ne verrons les royaumes, les principautés» las plaisirs et les maux de ce monde, que comme des atomes indignes de nous occuper. Dieu seul sera grand à notre vue en ce jour4à ', eelon l'expression de l'Écriture. Mais ceux que la mort aura trouvéssaossonamour, ne le verront grand que pour en être remplis d'une terreur qui les fera abtmer dans l'enfer pour se cacher aataot qu'ils pourront à une majesté si redoutable : au lieu que ceux qui mourront dans son amour, et qui seront purifiésde leurs fautes, ne le verront grand que pour ressentir en môpe temps des mouvements ineffables d'amour et de joie, qui seront leur éternelle félicité.

C'est ce que nous devons oraiiMlre et espérw pour l'autre vie. liais dans cet état même d'assou^fissement où nous sommes ici plongés, l'âme ne laisse pas de sentir des mouvements beaucoup plus vi& les uns que les autres : ce qui lui marque la capacité qu'elle a d'en avoir de tout autres que oeux qu'elle ressent oi^inairement. Le corps auquel elle est attachée appesantit sa vigueur

(a) IbeYo, n» il.

et ralentit ses mouvements ; mais il ne les ralentit pas toujours également. Elle est quelquefois plus stupide et plus insensible à regard des choses de Dieu, et quelquefois moins : et l'expérience de ces différents états lui donne lieu de découvrir ce qui coiftribue à exciter ces divers sentiments, et à la mettre dans une disposition si inégale.

Page 1