CHAPITRE IX
Qii*il jr «n » p«a qui paiiwnt a^iasorer d'»voir lea marques qa« rEçriture aova
doime de la vie de l'âme.
L'Ëcriture nous donne diverses marques pour reconnaître la vie et la mort de Pâme ; mais ces marques mêmes sont plus capables d'augmenter que de diminuer la crainte de ceux qui ont peu de dévotion, et qui sont dans cet état d'insensibilité dont nous parlons» Elle nous dit premièrement que celui qui n'a point l'esprit de Jésus- Christ n'est point à lui : 8% quis spiritum ChrisH non hahet, hic non ttt ejus*. Ainsi, quoique tous ceux qui ont renoncé au péché doivent avoir quelque confiance que cet esprit est en eux, par le désir qu'ils ressentent au fond de leur cœur d'être uniquement à Jésus- Christ, cette confiance n'exclût pourtant pas la crainte qu'ils doivent aussi avoir, que cette marque qu'ils ont de sa présence ne soit trompeuse, et qu'ils ne preifhent une résolution purement naturelle formée par Paccoutumance, pour une attache divine formée par Tesprit de Dieu. Car combien y a-t-il d'autres effets de cet esprit saint qu'ils ne trouvent point en eux? L'esprit de Jésus- Christ est un esprit de recueillement et d'adoration continuelle ; c'est un esprit de zèle pour la justice, de haine pour le péché, d'amour pour les pécheurs ; c'est un esprit de croix, de mort, et d'immolation perpétuelle; c'est un esprit de séparation, de détachement parfait de toutes les créatures ; c'est un esprit de douceur et de bonté pour tous les hommes. Ce sont là les sentiments que l'esprit de Dieu a formés avec plénitude dans le cœur de Jésus- Christ, et ce sont ceux qu'il doit former dans le nôtre en quelque degré, si nous avons reçu de sa plénitude quelque participation de cet esprit qui nous doitTendre conformes à Pimage du Fils unique de Dieu. Voilà les marques de vie. Plus ces sentiments sont vifs et agissants, plus on a sujet de se croire vivant. Mais plus ils sont faibles et languissants, plus on a sujet d'appréhender d'être mort.
L'Écriture nous marque encore ce que c'est que la vio do
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fkme, en nous disant, que «le juste vit de la foia.» Et pour bien l'entendre, il faut remarquer que l'âme ne vit que par sa connaissance et par son amoup : d'où il s'ensuit que cette vie de la foi consiste à' penser selon la foi, et à aimer ou haïr selon la foi ; c'est-à-dire que, pour vivre de la foi , il faut juger les choses grandes ou petites, utiles ou inutiles, bonnes ou mauvaises, non selon notre goût et nos inclinations corrompues, mais selon la lumière de la foi : ht il faut de même que les sentiments du cœar suivent cette lumière , et que nos craintes , nos espérances , nos joies, nos^tristesses, notre amour, notre haine soient conduits par la foi.
Pour savoir donc si nous vivons de la foi, il n'y a qu'à considérer si nous désirons ce que la foi nous montre que nous devons désirer; si nous nous affligeons des choses qu'elle nous fait voir être contraires à la loi de Dieu ; si nous désirons et pour nous et pour les autres les biens qu'elle nous propose comme devant être l'objet de nos désirs; car alors nous pourrons nous assurer que notre âme est véritablement vivante. Mais si nous voyons au contraire que nous nous affligions de ce qui devrait nous réjouir, et que nous nous réjouissions de ce qui devrait nous affliger, comme nous avons alors peu de part à celle vie de la foi,'nous avons aussi peu de marques de la vie de notre âme.
Enfin l'apôtre saint Jean nous assure que celui « qui n'aime point demeure dans la mort, et que celui qui aime possède la vie*; » et l'apôtre saint Paul, pour ne nous pas laisser tromper par la vaine image d'une fausse charité, a pris^ soin de nous décrire exactement les qualités de cette véritable charité qui fait la vie de nos âmes. « La charité, dit-il, est patiente; elle est douce, elle n'est point jalouse ni inconsidérée; elle ne s'élève point de vanité, elle n'est point ambitieuse; elle ne recherche point ses intérêts, elle n'est point colère ni soupçonneuse, elle ne se réjouit point de l'injustice; elle se réjouit de la vérité ^ » C'est parla que nous nous devons examiner. Si nous nous pouvons rendre un témoignage sincère que nous ressentons en nous tous les effets de la charité, à la bonne heure, soyons pleins de confiance et de joie; mais si nous en ressentons de tout contraires , il n'y a qu'une extrême stupidité qui puisse étouffer les justes sentiments de crainte que cette connaissance nous doit donner.
On ne doit pas prendre aussi pour une marque certaine que l'on
(a) Ilabac., u, 4. (b) Joan., ui, 14 et 15. (c) 1. Cor., i, 4 et luiv.
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est viyant devant Dieu, une certaine équité d'esprit par laquelle on juge assezjustementde la plupart des choses qui se présentent; car ÇjBtte qualité peut demeurer avec les plus grands dérèglements, et Ton voit souvent des personnes qui, étantdans un très mauvais état par des crimes, ou spirituels ou corporels, dont ils n'ont fait aucune pénitence, ne laissent pas de se conserver une certaine région dans leur e^rit, qui ne parait point trouj^lée par les impressions du diable, dans laquelle ils jugent bien de plusieurs choses et relent leur vie d'une manière honnête et raisonnable; et le diable qui les possède permet même souvent qu'ils habitent près* que toujours dans cette région tranquille, et quMls ne se connaissent que par là, afin qu'ils ne s'aperçoivent point de la corruption de leur coeur, par laquelle il les tient assujettis.