‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 64 sur 196 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

QaèUft eit la craints où Ton doit tendre. Avantage que Ton peut tirer de l'état d*inaensibiUté. Qa*xl n'y &ut pat demeurer irolontairement.

n faut donc craindre, il faut trembler devant Dieu dans la vue de tant de sujets de crainte ; mais il faut que ce soit d'une crainte salutaire, qui, au lieu d'abattre l'âme, la relève et la porte à remédier sérieusement à ce qui lui donne sujet de craindre. Il faut que ce soit d'une crainte qui porte à la pénitence, à la prière, à la vigilance, au travail. Que si, avec tout cela, on se trouve en un certain état où il çemble qu^on ne voie en soi que de la froideur et de Insensibilité, et que Ton ne puisse changer la disposition de son esprit, il faut se soumettre hifmblement à l'ordre de Dieu et espérer d'en tirer autant d'avantage que s'il lui avait plu que nous fussions sensiblement remplis de dévotion , de consolation et de ferveur. Et peut-être en tirerions-nous effectivement cet avantage si nous entrions sincèrement dans les sentiments où cet état même nous porte, et que nous jugeassions de nous comme nous en devons juger dans la vérité.

Ce ne serait pas en effet un petit avantage que de se conserver par là dans le mépris de soi-même; mais il faut bien se garder que ce prétexte ne nous porte à demeurer volontairement dans cet état. Dieu, qui veut que quelques âmes y soient pour les humilier, veut en même temps qu'elles fassent tout ce qu'elles peuvent poar en sortir. Il leur adresse à toutes ces paroles de son prophète: Erudire Jérusalem, ne fàrlè recédât anima mea à ie; Iq*

(a) Jer., vi,e»

6truisez-vous, ô âme chrétienne, de peur cpie mon esprit ne vous abandonne. Ne demeurez point volontairement dans l'ignorance et dans les ténèbres. Il faut également éviter et la négligence dans la recherche des lumières de Dieu, et l'impatience dans les ténèbres où il nous laisse. L'une est un effet de paresse et Tautre d'orgueil; mais ces lumières que nous devons rechercher ne sont pas des lumières simplement spéculatives; ce sont ces lumières qui touchent le cœur au même temps qu'elles instruisent l'esprit, et qui naissent de la charité, qui est le vrai remède de la dureté du cœur et de l'insensibilité K

NOTES

Note 1 , page 144.:^h( Ce même homme, qui paji^e les jours et les nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d'une charge, ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort, et qui demeure néanmoins sans inquiétude, sans trouble et sans émotion. Cette étrange insensibilité pour les choses les plus terribles dans un cœur si sensible aux plus légères, est une chose' monstrueuse ; c*est un enchantement incompréhensible et un assoupissement surnaturel...» Pascal, Pensées y part. II, art. xi.

Note 2, page 1 58.~*« La bonne crainte vient de la foi ; la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte porte à Tespérance, parce qu'elle naît de la foi, et qu'on espère au Dieu qu^ l'on croit ; la mauvaise porte au déses* poir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a ]X)int de foi. Les uns craignent de le perdre, e\ les autre^de le trouver. « Pasciil, Ppaséeé, part, II, art, xvxx, 57*

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