‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 66 sur 196 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Preuves de cette rente {far saint Augustin : qn'il n'est pas permis de négliger les moyens ordinaires pour attendre des miracles.

Saint Augustin'' établit cette maxime de la morale chrétienne sur l'exemple de Jésus-Christ et de saint Paul : « La sainte doctrine nous enseigne, dit-il, que, quand nous pouvons employer des moyens humains, c'est tenter Dieu que de les négligter. Le Sauveur ne manquait pas de pouvoir pour garantir ses disciples par des miracles; et, néanmoins, il leur ordonne, si* l'on les persécute dans une ville, de s'enfuir en une autre; et il a voulu niéme leur montrer Fexemple de cette conduite en sa personne. Car, quoiqu'il fût maître absolu de sa vie, et que personne ne la lui pût èter s'il ne le voulait, il n'a pas laissé, dans son enfance, d'éviter

(a) Mfitt., IV, 6. (b) Ib., 7. (c) Aug., 1. ^iXll ; Fnwl., q. xnxv;.

la mort par la faite « en faisant que ses parents le portaseent en Egypte. L'Évanjgiie remarque de même qu'il ne voulat pas aller publiquement, une fois, à la fête de Pâque, quoi qu'en d'autres rencontres il ait parlé aux Juifs sans se cacher, lors môme quMls étaient le plus en colère contre lui, et qu'ils écoutaient ce qu'il leur disait avec le plus de haine, parce qu'ils ne pouvaient mettre la main sur lui, son temps n'étant pas encore venu Ce n'est pas que ce temps le contraignit de mourir, mais c'est qu'il l'avait choisi volontairement pour permettre aux Juifs de lui ôter la vie. Ainsi, il a fait paraître la puissance d'Un Dieu, lorsqu'on enseignant et en reprenant publiquement ses ennemis, il ne permit pas que leur rage eût aucun pouvoir sur lui ; mais, en fuyant et en se cachant, il a instruit l'infirmité de l'homme à ne point tenter Dieu, en né* gligeant de faire ce qu'il peut pour se garantir des maux qu'il doit éviter. L'apôtre saint Paul ne désespérait pas du secours de Dieu et n'avait pas perdu la foi lorsqu'il se fit descendre, dans une corbeille, du haut 4ps murailles de Damas, pour éviter de tomber entre les mains de ses ennemis; et sa fuite ne marquait pas que sa foi fût éteinte, mais seulement qu'il ne voulait pas tenter Dieu, comme il aurait fait en omettant ce moyen de se sauver. »

C'est encore par le même principe et par les mêmes exemples , que ce saint docteur réfute , dans le livre qu'il a fait Du travail des religieux, la fantaisie de certains moines d'Afrique, qui ne voulaient point travailler, parce qu'il est dit, dans l'Évangile «, q^e Dieu nourrit les oiseaux, quoiqu'ils ne sèment ni ne moissonnent, en établissant contre eux cette belle règle, qui défend aux hommes de tenter Dieu, et leur apprend en même temps à n'avoir pas moins de reconnaissance pour lui, quand il les nourrit par leur travail, que s'il leur procurait leur nourriture sans qu'ils y contribuassent rien de leur part. « S'il nous arrive, dit-il \ des infirmités et des occupations qui nous.empêchent de travailler, nous devons espérer que Dieu nous nourrira comme il nourrit les oiseaux, et nous revêtira comme il revêt les lis, sans que les oiseaux ni les lis y contribuent rien. » Mais, quand nous sommes en état de travailler, nous ne devons point tenter Dieu en négligeant de le faire, puisque le pouvoir que nous en avons est un don de Dieu, et qu'ainsi , en nous procurant par ce moyen ce qui est nécessaire pour conserver la vie, c'est toujours de Dieu que nous la tenons, parce que c'est lui qui nous donne le pouvoir de travailler.

(a) Matt., V), 26. {b) De opw vMMçh.^ c. xxvii, n. 3&

Ainsi 9 ce serait tenter Dieu que de refuser de prendre de la nourriture, sous prétexte qu'il lui est aisé de nous conserver la vie sans le secours des aliments- Ce serait tenter Dieu, à un gouverneur de place, que de ne vouloir point faire de préparatifs pour la défendre de ses ennemis, sous prétexte qu'il est écrit : « Si Dieu ne garde la ville, c'est en vain qu'on veille pour la garder*. • Car, encore qu'il la puisse conserver, en effet, en la manière qu'il conserva Jérusalem contre l'armée de Sennacherib, néanmoins la voie ordinaire dont il conserve les villes est d'inspirer* la vigilance aux capitaines, et la valeur aux soldats. £t l'ont peut dire généralement que tous les paresseux tenteat Dieu, en quelque sorte , parce qu'ils négligent les moyenspar lesquels on obtient les grâces et l'assistance de Dieu ^

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