‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 74 sur 196 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Qoe la pins générale incliBation qui naisse de ramouf-propre est le désir

d'être aimé.

Ce que l'amour-propre recherche particulièrement dans la domination, c'est que nous soyons regardés des autres comme grands et puissants, et que nous excitions. dans leur cœur des- mouvements de respect et d'abaissement conformes à ces idées ; rnais^ quoique ce soient là les impressions qui lui sont les plus agréables, ce ne sont pas néanmoins les seules dont il se nourrit. 11 aime généralement tous les mouvements qui lui sont favorables, comme l'admiration, le respect, la confiance, et principalement l'amour. Il y a bien des gens qui ne font guère ce qu'il faut pour se faire aiiner ; mais il n'y en a point qui ne soient bien aises d'être aimés, et qui ne. regardent avec plaisir dans les autres cette pente du cœur tournée vers eux, qui est ce que l'on appelle amour. Que s'il ne parait pas qu'on travaille fort à s'attirer cet amour, c'est qu'on aime encore mieux imprimer des sentiments de crainte et d'abaissement sous sa grandeur, ou que, désirant avec trop de passion de plaire à certaines gens, on se met moins en peine de plaire aux autres.

Mais cela n'empêche pas. que, lors même qu'étant emporté par des passions plus fortes, on se conduit d'une manière peu propre à se faire aimer, on ne voulût être aimé, -et qu'on ne se sente incommodé lorsqu'on aperçoit dans Tesprit des autres des mouvements de haine et d'aversion. Il y a même quantité de gens en qui l'inclination de se faire aimer est plus forte que celle de do^ miner, et qui craignent plus la haine et l'aversion des hommes et

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les jugements qui les produisent, qu'ils n'aiment d^étre i^iches, et puissants et grands. EnQn, au lieu qu'il y a peu de grands, et peu même de gens qui paissent aspirer à la grandeur, il n'y a personne au contraire qui ne puisse prétendre à se faire aimer.

Si le désir d'être aimé n'est donc pas la plus forte passion qui naisse de l'amour-propre, elle est au moins la plus générale. Les vues d'intérêts, d'ambition , de plaisir en arrêtent souvent les effets, mais ils ne l'étouffent jamais entièrement; elle est toujours vivante au fond du cœur, et, dès qu'elle se trouve en liberté, elle ne manque pas d'agir et de nous porter à tout ce qui nous peut procurer l'amour des hommes, comme elle nous fait éviter tout ce que nous nous imaginons qui nous peut attirer leur ayersion. Il est vrai qu'on se trompe quelquefois dans le discernement que l'on fait de ces choses qui attirent l'amour ou la haine, et qu'il y en a qui en jugent beaucoup mieux les uns que les autres. Mais, soit que l'on s'y trompe ou que Ton ne s'y trompe pas, c'est toujours la même passion qui agit, et qui fuit ou recherche les mêmes objets. Il y a même un discernement commun à tons les hommes jusqu'à un certain degré, c'est-à-dire qu'ils connaissent tous jusqu'à quelque point que certaines actions excitent la haine et d'antres l'amour. •

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