CHAPITRE XL
L'amour-propre éclairé pourrait corriger tous les dé&uts ext^euts .du nwaée et former une société très réglée. Qu'il serait utile d'avoir cela dans Te^prit en instruisant les grands.
On peut conclure de tout ce que l'on a dit, que, pour réformer entièrement le monde, c'est-à-dire pour en bannir tous les vices et tous les désordres grossiers, et pour rendre les hommes heureux dès cette vie même , il ne faudrait , au défaut de la charité , que leur donner à tous un amour-propre éclairé, qui sût discerner ses
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vrais intérêts et y tendre par les voies que la droite raison lui découvrirait. Quelque corrompue que cette société • fût au dedans et aux yeux de Dieu, il n'y aurait rien au-dehors de mieux réglé, de plus civil, de plus juste, de plus pacifique, de plus honnête, de plus généreux; et ce qui serait de plus admirable, c'est que, n'étant animée et remuée que par Pamour-propre, l'amour-propre n'y paraîtrait point, et qu'étant entièrement vide de charité, on ne verrait partout que la forme et les caractères de la charité.
Peut-être qu'il ne serait pas inutile que ceux qui sont chargés de l'éducation des grands eussent cela,gravé dans l'esprit, afin que, s'ils ne pouvaient leur inspirer les sentiments de charité qu'ils voudraient bien, ils tâchas'sent au moins de former leur amour-propre et de leur apprendre combien la plupart des voies qu'ils prennent pour le contenter sont fausses, mal entendues et contraires à leurs véritables intérêts, et combien il leur serait faciled'en prendre d'autres, qui les conduiraient sans peine à l'honneur et à la gloire, et leur attireraient l'affection, l'estime et l'admiration de tout le monde. S'ils ne réussissaient pas par ce moyen à les rendre utiles à euxmêmes, ils réussiraient au moins* à les rendre utiles aux autres, et ils les mettraient dans lin chemin qui serait toujours moins éloigné de la voie du ciel que celui qu'ils prennent , puisqu'ils n'auraient presque qu'à changer de fin et d'intention pour se rendre aussi agréables à Dieu par une vertu vraiment chrétienne , qu'ils le seraient aux hommes par l'éclat de cette honnêteté humaine à laquelle on les formerait.