PROLOGUE. IS
Ainsi le catholicisme et le philosophisme restent seuls en présence aujourd'hui; et c'est uniquement entre ces deux grandes puissances que doit avoir lieu le combat à mort qui décidera du sort des croyances religieuses en Europe.
Qu'en sera-t-il ? Dieu le sait ; et l'homme sur ce point est réduit aux conjectures. Car, bien qu'il ait été révélé que l'enfer ne prévaudra jamais contre l'Eglise de Dieu, nous n'avons pas de même l'assurance que le siège de cette Église sera fixé immuablement au milieu de nous. Ainsi l'avenir des nations européennes est un secret caché dans les profondeurs de la prescience divine. II se peut que la religion, affermie plutôt qu'ébranlée par les attaques de l'incrédulité , sorte triomphante de cette lutte ; et qu'après cette longue tourmente , elle parvienne à rassembler autour d'elle ses enfans au loin dispersés, ceux-là même qui depuis long-temps s'en étaient volontairement séparés : il se peut, d'un autre côté , que l'Europe blasée , ayant abusé de tout, ait été mise dans la balance , et qu'elle se soit trouvée trop légère, et alors les insignes faveurs dont elle vient encore d'être
fuser une à Calvin. (V. sur ce dernier point le Rapport de M. le comte de Sellon sur l'appel par lui fait à ses co-religionnaires , à l'occasion du 3e jubilé de la réforme genevoise, en 1830.) — Th. F.
l'objet ne seraient que les derniers regards d'une Providence aimable qui se retire lentement et à regret. L'une et l'autre de ces suppositions peut également se soutenir : mais ce que, sans être prophète , ni fils de prophète , il est permis d'affirmer, c'est que si la religion du Christ dont l'Eglise catholique a seule conservé le dépôt intact , s'éteint parmi nous, aucune autre religion ne se soutiendra, aucune autre ne s'établira; et l'Europe sera livrée à tous les ravages que l'irréligion systématique peut entraîner à sa suite.
Qu'est-ce en effet qu'un peuple sans religion? Un troupeau marchant à l'aventure sans pasteurs et sans gardiens. La loi civile, il est vrai, rassemble encore ce troupeau sous la main du magistrat qui marche entouré de licteurs pour le maintien de l'ordre extérieur ; mais tout ce qui tient à l'ordre intellectuel et moral est abandonné au caprice de chacun; et dans ce vaste champ dépourvu de défense et de barrières, les erreurs et les passions font invasion de toutes parts.
C'est donc à ceux qui se sont faits les ennemis de la religion , et qui poursuivent avec ardeur le projet de l'anéantir, à pourvoira ce que les doctrines et les mœurs ne soient point englouties dans le même abime avec le christianisme :