PROLOGUE
lorme , en se développant, devait engendrer le socinianisme, et plus tard conduire au déisme. C'est ce qui est arrivé : le protestantisme n'insiste plus sur le dogme, il se réduit présentement à des formes; et l'esprit philosophique, pour se glisser sous ces formes, n'a point eu d'efforts à faire, puisqu'il existait en germe dans le cœur même du protestantisme, le jour que celui-ci a pris naissance.
Ainsi la transformation, en ce qui regarde le protestantisme, peut être considérée de nos jours comme étant, à vrai dire, consommée.
Mais le catholicisme est demeuré immuable, et les progrès du philosophisme ont trouvé de ce côté un obstacle bien plus difficile à surmonter. Cette religion antique, dont la morale est parfaitement pure, la doctrine précise et fixe , le culte imposant, a résisté et résiste à toute innovation qu'on a tenté et qu'on tenterait de faire subir à ses dogmes. II n'y a pas moyen de l'entamer, il faut donc l'anéantir.
De là cette violence avec laquelle on l'attaque, cette intolérance avec laquelle on le poursuit , cette susceptibilité à la moindre concession qu'il réclame, tandis que le protestantisme, au contraire, est ménagé, préconisé, prêché même (a)\
(a) Combien celle plainte , si vraie déjà il y a dix aus , n'csl-
cl touL cola dans la vue d'étouffer la seule croyance qui ait conservé en elle l'esprit de vie. Ainsi la raison de cette conduite en apparence contradictoire est facile à saisir ; on conçoit très bien l'intérêt que pourraient avoir les novateurs à faire prévaloir momentanément le protestantisme; mais il ne leur a point été donné de faire des miracles à l'appui de leur doctrine, et ils n'ont pas reçu le pouvoir de rendre à un corps malade qui tombe en dissolution la vigueur et la santé. Le protestantisme aura le sort des choses humaines : il touche à sa fin. Oui, le temps est déjà venu où tout homme qui tient encore aux dogmes révélés est sollicité puissamment à se ranger sous l'étendard de la foi catholique {cl)'-, et oh tout homme qui abandonne ce drapeau , quelque nom qu'il prenne, se jette dans les rangs de ceux qui rejettent tout dogme que la raison ne s'est point fait (b).
elle pas plus légitime encore aujourd'hui que le protestantisme se remue incroyablement sur tous les points de la France, fort de l'appui du pouvoir et de l'insouciance avec laquelle sont repoussées ses aggressions et sa propagande ! — S. F.
(«) C'est ce qui explique tant de hautes conversions contemporaines, celles de Hamann , de Stolberg, de Frédéric Schlegel, d'Adam Muller, du poète Zacharie Werner, de MM. de Haller, dTclulein , Jarke , Philips, etc., etc. — Th. F.
(b) Genève , entre autres , cette Rome protestante , en est venue au point d'ériger ur.e statue à J.-J. Rousseau et d'en re-