‹ Œuvres philosophiquesChapitre 15 sur 32 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

marquer en effet que les initiés , recueillant avec respect les dogmes sacrés, ne se permettaient pas d'en faire l'objet d'un examen critique ; que ceux même d'entre eux qu'une position plus élevée dans la hiérarchie pouvait rendre plus hardis, n'étaient cependant pas libres de donner à leur esprit tout son essor ; qu'en commentant les dogmes sacrés, ils étaient contraints de travailler sur un fond donné , de suivre, de loin au moins, les traditions ; et que, même en altérant, ils étaient obligés de faire croire qu'ils ne faisaient autre <- hose qu'expliquer : partant, il nous semblerait, comme il a paru au plus grand nombre, que les prêtres chaldéens, égyptiens, perses et autres, que Linus, Mélampus, Orphée et Zoroaslre n'étaient point encore des philosophes.

La philosophie ne remonterait donc, suivant nous , qu'au siècle de Thaïes et de Pythagore, et de plus nous croyons pouvoir dire que l'institut pythagoricien doit être considéré comme faisant la transition entre les collèges sacerdotaux et les écoles philosophiques. Le silence observé dans l'école de Pythagore , les longues épreuves auxquelles ses disciples étaient soumis, cette espèce de langage symbolique dont les initiés seuls avaient le secret, ce respect aveugle pour la parole du maitre, la vie coin-

U ÊCOLL D'ATHÈNES,

munc qui, eu les réunissant entre eux , les isolait du reste des hommes, sont des earaetères qui appartenaient spécialement aux collèges sacerdotaux. Toutefois, et comme; le collège sacerdotal et philosophique de Pylhagore n'élait point en harmonie avec les institutions de la Grande-Grèce; comme les dogmes qui y étaient professés ne se liaient point avec les pratiques religieuses des peuples au milieu desquels il fut formé; enfin, et comme ce philosophe luimême, en recueillant les traditions orientales, ne s'était pas fait scrupule de les combiner, de les modifier, d'y introduire ses propres vues, l'empreinte première dont avait été marquée son école s'effaça assez rapidement; et celte école bientôt ne présenta plus ce caractère original qui la distinguait , dans ie principe, de Fécolc de Thaïes, laquelle se formait en lonie à peu près dans le même temps, sur un plan qui donnait à la raison toute liberté d'agir.

Voilà donc cette épi que arrivée où la raison humaine, dégagée de toute entrave, affranchie de toute espèce de joug, va s'exercer sans contrainte et pourra mesurer toute sa force : six siècles lui sont donnés pour en connaître la portée. C'est au centre de la civilisation, dans la patrie des arts, dans Athènes en un mot, que la philosophie établira le siège de son empire.

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