PROLOGUE
Cependant le temps s'écoule; les années se succèdent ; les siècles aussi; la philosophie arrive au terme, lasse des efforts qu'elle a faits, honteuse de son impuissance, et n'ayant d'autre ressource, pour ne point s'affaisser sur elle-même, que de chercher un appui étranger dans ces mêmes traditions orientales où elle avait puisé ses premiers enseignements.
Dès ce moment son histoire est finie et vient se confondre avec celle du polythéisme, qui fait de la philosophie son auxiliaire («), et qui l'entraîne dans sa chute; elle se relève toutefois, et reçoit un prolongement d'existence par l'emploi subalterne que quelques Pères de l'Eglise lui permettent d'exercer à la suite de la religion ; mais, esclave soumise, elle a perdu son indépendance, son orgueil, son nom même ; si elle n'a pas entièrement cessé d'être , elle a depuis long-temps cessé de régner.
Il est à remarquer en effet que ceux-là même qui cherchent h rehausser l'éclat de la philosophie sont obligés de convenir qu'à partir du terme indiqué ci-dessus, cette science n'a fait que dégénérer et décroître; que transplantée à Rome, la doctrine philosophique s'y est faiblement soutenue et promptement altérée; que
(a) Colse, Plotin , Pon>!i>re , Jamblique. — Th. F.
portée à Alexandrie par les soins de Plolémée, elle s'y est sur-le-champ perdue dans les traditions mystiques de l'Orient {a) ; el qu'enfin dans les écrits des Pères, qui lui ont offert un dernier refuge , elle marche a la suite du dogme religieux, et ne joue plus qu'un rôle secondaire.
Ainsi la philosophie a parcouru sa carrière.
Parlerons-nous maintenant des faibles efforts qu'elle a faits au moyen âge pour sortir, en se rattachant aux destinées de la religion, de l'abîme d'oubli dans lequel elle était plongée depuis bien des siècles? Dirons-nous plutôt comment, à la renaissance des lettres, celte science a brillé du plus bel éclat dont elle ait jamais été environnée ? Certes, si la philosophie a un titre à faire valoir h l'hommage respectueux des intelligences, c'est lorsque, portée sur les ailes de la religion, s'élevant au dessus des nues, et fixant d'un œil assuré l'astre qui distribue la lumière, elle proclamait par l'organe de Bossuet, de Pascal, de Descaries, de Fénelon et de tant d'autres, les vérités qu'elle avait puisées dans la source pure du christianisme. Mais il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes tracé de mettre la philosophie en scène, quand elle reçoit d'en haut ses inspirations. C'est lors-
(a) IMotin cl les Syncrélï&e?'. — Th,F,