PROLOGUE
que la philosophie a la prétention de marcher seule et sans appui , que nous devons nous attachera la suivre, faire observer ses variations continuelles , insister sur ses contradictions , constater son impuissance et confondre son orgueil.
Nous croirions donc dépasser les limites de notre sujet, si nous franchissions la borne que nous avons précédemment posée. 11 est vrai qu'aujourd'hui une nouvelle ère commence pour la philosophie, depuis qu'elle a eu, dans ces derniers temps, la maladresse et le tort de se séparer de la vraie religion et de se mettre à son égard en position hostile. Une nouvelle période commence pour ceux qui seront à l'avenir chargés d'écrire son histoire, et il pourra êtreintéressant aloi s, en fouillant dansies fondements du protestantisme, d'y découvrir la racine cachée de cet arbre de la science humaine qui cherche à s'étendre de plus en plus au préjudice de la foi: il sera curieux aussi, en suivant le philosophisme dans sa marche , de le voir s'engager dans les mômes voies que Pyrrhon, Zenon, Platon , Aristote , Epicure avaient tracées, et se perdre dans le mf me labyrinthe dont la philosophie ancienne n'a jamais pu sortir. Mais ce serait s'engager dans une période qui n'a point atteint son dernier terme que d'entrer dans
quelques développements sur l'état actuel des choses sous ce rapport. ; à quoi il convient d'ajouter qu'il sérail difficile d'entamer celte matière sans rompre l'unité que présente le sujet. L'histoire de la philosophie se renferme donc poumous dans les six siècles qui l'ont vu naître, se développer et finir au milieu des nationsd'origine grecque. Les efforts que l'esprit humain a faits pendant ce long espace de temps ont été assez soutenus pour qu'on puisse être fondé à croire que tout ce qui sera imaginé par la suite ne sera que la reproduction des idées que les philosophes de la Grèce avaient élaborées et essayé de mettre en œuvre : de telle sorle que la période que nous nous proposons de parcourir, peut être, en un certain sens, considérée comme offrant l'histoire complète de la philosophie.
Les limites du sujet tracées , il nous reste à donner quelques explications sur le mode par nous adopté pour en embrasser les diverses parties.
Entrant dans les vues de la Société Catholique y il nous a semblé qu'il s'agissait d'offrir un tableau plutôt qu'une histoire chronologique de la philosophie; de donner place dans ce tableau à l'exposition sommaire des systèmes qui ont eu le plus de vogue , et de lier entre elles toutes
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ces parties, en les subordonnant ;i une idée principale autour de laquelle elles viendraient se grouper.
Or il nous a paru qu'aucune idée ne remplirait mieux celle place, et qu'aucune question ne se détacherait plus naturellement pour venir occuper le devant du tableau, que celle qui se rapporte au fondement de la certitude et à la réalité des connaissances humaines.
Cette question soulevée , le dogmatisme et le scepticisme se trouvent tout de suite en présence : autour d'eux se pressent à l'instant ceux qui mettent la certitude dans les sensseulement, ceux qui ne la voient que dans l'évidence, ceux qui font du sentiment le seul et vrai critérium. Dogmatiques sur un point, et sceptiques sur tous les autres, différant entièrement de principes, les matérialistes, les rationalistes , les sentiment alistes forment trois grandes masses qui se divisent et se séparent, sans qu'il reste aucun moyen de rapprochement. Chacune de ces divisions est bientôt elle-même en proie à des déchirements, par la raison que chaque individu croit être en droit de se créer un système : cependant le scepticisme rapprochant les uns des autres ces systèmes discordants, insistant sur l'opposition des principes sur lesquels ils s'appuient, sourit à la vue de cette scène de
désordre. Ainsi le tableau s'achève et toute la philosophie est passée en revue, sans que la question de savoir s'il y a en effet quelque chose de certain pour l'homme ait cessé d'être présente à l'esprit; sans que la solution de cette question ait pu sortir de ces débats : la conclusion à tirer se présente ensuite d'elle-même.
Ce plan, dont les Questions académiques de Cicéron pourraient fournir au besoin le modèle, et qui remplit d'ailleurs les conditions principales d u p rog ra m m e de la Société Catliolique, nous a paru le plus propre au développement de la matière.
La forme du dialogue aussi , comme ayant quelque chose de plus vif, nous a semblé devoir obtenir la préférence : autorisés que nous étions par des exemples en grand nombre et de poids, nous l'avons adoptée sans scrupule.
Mais ce n'était rien encore d'avoir assigné à chaque objet sa place dans le tableau ; l'essentiel assurément, c'était que ce tableau fût fidèle; or c'est h quoi nous avons donné tous nos soins. Nous avons lu , comparé ce que plusieurs savants distingués ont écrit ayant trait à l'histoire de la philosophie. Brucker le plus souvent nous a servi de guide ; et bien qu'en marchant à sa suite il soit difficile de s'égarer, nous n'avons pas cru pour cela devoir négliger de remonter