‹ Œuvres philosophiquesChapitre 18 sur 32 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

aux sources. Cicéron,Plutarque, Aristote, Platon, Diogène de Laerte , Sextus Empiricus ont été par nous sans cesse consultés. Il n'en a pas été de même, en ce qui regarde Plotin , Porphyre, Jamblique et les autresalexandrins. Ceuxci ayant pris à tâche non seulement de concilier toutes les opinions philosophiques, au risque de leur faire perdreleurcaractère véritable, maisencorode faire un amalgame de ces opinions philosophiquesavecles doctrines mystiques et les traditions primitives de l'Orient, leurs écrits, bien loin de servir à ceux qui s'appliqueraient à distinguer ce qu'il y a de propre à chacune d'elles, offrent un arsenal toujours ouvert à ceux qui voudraient porter la confusion dans ces matières, pour faire passer a l'aide de celte confusion des opinions hasardées , ou quelque système de pure imagination Les pères de l'Eglise euxmêmes, dont plusieurs avaient respiré l'air de l'école pythagorico-plalonicicnne, et qui, pour la plupart, s'étaient trop préoccupés de l'idée que Platon et Pythagore avaient puisé dans les sources hébraïques, ne sont pas toujours exacts quand ils exposent la doctrine des anciens philosophes. Saint Augustin , si admirable d'ailleurs dans ses traités de philosophie chrétienne, saint Augustin n'est pas toujours un guide sûr, en fait de critique. On ne s'étonnera donc pas que

nous ne citions que rarement les Pères de l'Eglise, et que nous ne citions jamais les néoplatoniciens.

Puisse cet opuscule , fruit de plusieurs années de lecture , obtenir un suffrage honorable de ceux au jugement desquels il doit être soumis! Puisse-t-il surtout être de quelque utilité à ceux auxquels il est particulièrement destiné! je veux parler de cette jeunesse studieuse que la tendance du siècle vers les objets matériels n'a point entraînée , et dont l'âme vierge a conservé l'instinct des hautes destinées de l'homme. Pour cette génération non encore avilie parles passions grossières de la brute, dont l'intelligence ne s'est point jusqu'à présent circonscrite dans les calculs de l'intérêt pécuniaire , et dont le cœur repousse les doctrines funestes qui vont à éteindre tout sentiment généreux, il y a quelque chose au dessus de ce qui passe. Mais il est à craindre , du moins à l'égard de plusieurs, que de tristes illusions ne prennent la place des réalités que leur esprit poursuit. La philosophie du siècle est Ij pour surprendre au passage ces voyageurs inexpérimentés : sirène dangereuse , elle sait varier son langage suivant les dispositions de ceux auxquels elle s'adresse. Elle séduit les uns en les assurant qu'ils peuvent vivre au gré de leurs désirs ; elle charme les autres en

Page 1