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la clarté du jour nouveau qui a lui , s'attachera aux pas du rédempteur des hommes et du divin libérateur des nations : il conciliera les prophéties, en tant qu'elles se rapportent aux choses temporelles qui sont figures et aux choses éternelles qui sont figurées ; il concevra qu'il fallait que le Messie, pour entrer dans la gloire, passât par les humiliations; il verra nettement que le Christ est cette pierre angulaire que des ouvriers entêtés et grandement coupables ont rejetée, bien qu'elle fût destinée à former le lien de l'ancien et du nouveau Testament. Ainsi les deux Eglises, marchant en sens opposé, s'éloignent de plus en plus ; et toutefois elles restent encore aux yeux des païens confondues, quand la persécution est suscitée.
Cette persécution, au surplus, présente des résultats bien divers, selon qu'elle s'applique à l'une ou à l'autre des Eglises. Ainsi, tandis qu'elle devient pour l'Eglise rabbinique le commencement de cette désolation dont elle avait été menacée par les prophètes , elle fournit à l'Eglise chrétienne , au contraire, l'occasion de voir s'accomplir les promesses qui la regardent. La première reste abattue sous les coups qu'on lui porte , et ne se relèvera jamais ; la seconde, à chaque blessure qu'elle reçoit, se ranime et se montre plus forte ; ni l'une ni l'autre cepen-
dant ne peuvent s'éteindre entièrement : cclle~ là , en effet , est condamnée à expier jusqu'à l'approche des derniers jours le crime énorme qu'elle a commis , et de plus à porter sans cesse témoignage contre elle-même en faveur de son ennemie ; celle-ci est destinée à répandre la lumière jusqu'à la consommation des temps; et quoique vulnérable, il est dit qu'elle ne sera jamais vaincue.
Il y a donc véritablement dans ces deux religions quelque chose de divin qui les met à l'épreuve du temps; pour la religion rabbinique , c'est la malédiction dont elle porte le sceau empreint sur son front ; pour la religion chrétienne, c'est la grâce vivifiante qui la rajeunit perpétuellement. Ainsi, et tandis que les religions humaines se forment , se modifient , s'altèrent et meurent enfin, tandis que les sectes philosophiques , venant à la suite les unes des autres, se pressent, ayant hâte de fournir leur carrière d'un jour ; le christianisme et le rabbinisme restent debout, survivent à tout, et peuvent se glorifier également d'une origine qui remonte au premier âge du monde. C'est donc à choisir entre elles; mais ce choix ne saurait être difficile : eh quoi ! un enfant bien ne pourrait-il hésiter entre la faveur de l'hérédité ou le malheur de l'exhérédation, entre la béné-
diction ou la malédiction du père do famille !
Laissons donc à l'écart ce culte rabbinique , qui ne doit plus embarrasser notre marche. Fixons toute notre attention sur l'Eglise de Jésus-Christ : il est temps que nous cherchions à discerner, au milieu des diverses communions chrétiennes, qui toutes voudraient se rattacher à l'Eglise primitive et s'en disentissues légitimement, celle qui produit, à l'appui de sa filiation, le titre le plus formel.
La mission du Messie comprenait en soi l'établissement de l'Eglise , ou, en d'autres termes, le rassemblement de tout ce qu'il y avait d'hommes de bonne volonté sur la terre, juifs et gentils , pour en former le peuple chrétien : car l'ancienne société hébraïque était sur le point d'être dissoute, et la synagogue tirait à sa fin.
La loi mosaïque elle-même allait subir des changements : et d'abord, dans ce qu'elle avait de figuratif, cette loi se trouvait abolie par le seul fait de l'apparition de celui qui devait être le terme de toutes les figures; d'autre part, les ordonnances qui se rapportaient à l'ordre civil et politique , temporaires de leur nature , n'étaient pas destinées à survivre à la dispersion du peuple pour lequel elles avaient été faites. Il ne pouvait donc y avoir dans l'ancienne loi que ce qui se référait à la connaissance de l'homme et de Dieu, ainsi qu'à la règle générale
des devoirs religieux et sociaux , qui fût dans le cas d'être maintenu. Cette partie elle-même allait recevoir, sinon des modifications, du moins de l'extension ; le Messie étant appelé à donner à la révélation un plus grand développement, et à la morale un degré de perfection que ne comportait point l'état où se trouvait le genre humain avant qu'il eût été racheté.
Ainsi la promulgation de la loi de grâce et la réunion du peuple qui devait se gouverner d'après elle entraient dans la mission du Messie.
Ce n'est donc pas simplement un prophète , mais c'est un législateur souverain dans l'ordre des choses intellectuelles que tout chrétien doit voir dans le Christ issu de David selon la chair.
Or il est un principe que jamais législateur ne s'est avisé de méconnaître : c'est qu'une société, de quelque nature qu'elle soit, quelque restreinte qu'elle puisse être, ne saurait se maintenir, s'il n'y a pas une autorité qui la règle. En vain la loi existerait-elle ; s'il est permis à chacun de l'interpréter à son gré, de l'appliquer à sa gnise, c'est comme si elle n'existait pas. La loi, par elle-même, n'a aucun moyen de répliquer à celui qui l'entend mal, ni de réprimer celui qui la viole ; il y aura donc nécessairement anarchie, même après que la loi aura été promulguée , s'il n'y a pas
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un corps de magistrature établi pour détermrner le sens dans lequel la lettre doit être entendue, et pour donner force à la loi.
D'après cela il est naturel de penser que le divin législateur, qui a eu pour objet , en publiant la loi de vérité , de mettre fin à l'anarchie des esprits, n'aura point omis de constituer une magistrature suprême investie du droit de prononcer sur les doctrines; et qu'il lui aura conféré le pouvoir de terminer les différends par une décision infaillible , puisqu'il n'y a qu'une décision de ce genre qui puisse imposer la loi aux intelligences et les concentrer dans l'unité.
Aussi a-t-elle été créée, cette institution, sans laquelle la loi évangéliquc n'eût été qu'une lettre morte, et sans laquelle aussi l'ordre n'eût jamais pu s'introduire dans le monde intellectuel. On voit en effet que le Christ ne s'est pas contenté de semer sur sa route les vérités du salut; mais qu'il en a confié le dépôt aux apôtres, et à Pierre notamment, pour qu'ils en devinssent les dispensateurs; établissant de cette sorte des pasteurs pour les simples fidèles, et au dessus des pasteurs un chef chargé de conduire tout le troupeau dans ses voies.
La voilà donc fondée, cette Église de Jésus- Christ. Tant qu'elle existera , elle portera sur
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Pierre ; c'est le divin fondateur qui l'a dit : assise sur ce roc inébranlable, elle défiera toutes les puissances de l'enfer, elle déjouera tous les artifices du démon , car l'esprit de vérité sera toujours en elle, et la puissante main de Dieu la soutiendra perpétuellement.
Enrichie des dons de la grâce, confiante dans les promesses de celui qui ne trompa jamais, nous la verrons bientôt s'élancer au milieu des juifs et des gentils, pour continuer la mission du Messie et commencer elle-même son œuvre.
Or il ne s'agissait de rien moins que de changer la face du monde. A considérer la chose humainement, cette entreprise était irréfléchie, téméraire. Tous les peuples, un seul excepté, étaient livrés à des superstitions qu'une longue suite de siècles avaient consacrées : c'étaient des croyances qui se liaient aux institutions politiques, qui avaient jeté de profondes racines dans les mœurs, qui se trouvaient en rapport avec les habitudes de la vie privée : l'intérêt particulier veillait à leur conservation ; la puissance publique avait charge de les maintenir : voilà ce qu'il fallait renverser. Si du moins il y eût eu quelque raison de croire que les passions mises en jeu se prononceraient et accourraient comme auxiliaires, on concevrait mieux la tentative, puisque c'est à l'aide des passions que la
plupart des révolutions se sont faites. Mais une religion qui prêche la surbordination et la patience, qui fait une loi de la pénitence et de l'abnégation de soi-même , une religion qui prend à tâche de contrarier la nature dans ce qu'elle a de vif et d'emporté , n'a rien qui réponde aux passions du cœur de l'homme ; bien loin de les flatter, elle les combat. Ainsi les passions d'une part, les préjuges de l'autre, se trouvant intéressés fortement au maintien de ce qui est, vont se liguer et agir de concert à l'encontre de la mission apostolique.
Cependant il est une classe d'hommes qui se fait gloire de n'être point, comme les autres, asservie au joug du préjugé : ils affichent l'indépendance 5 ils ont la prétention d'agir en toutes choses par raison. L'Évangile aura-t-il un plus libre accès auprès d'eux? la chose est douteuse , il est à craindre même que l'opposition de ce côté ne se manifeste plus forte. Si la religion du Christ se fût bornée à proscrire les vices grossiers, laissant un libre cours à l'orgueil , elle eût peut-être trouvé des partisans dans cette secte fameuse qui déclamait ellemême contre la volupté; si elle eût, au contraire, fait grâce aux penchants impurs, dirigeant uniquement les efforts de son zèle contre le pédanlisme et la morgue des stoïciens , elle