ÉPILOGUE. I(B
eût vraisemblablement rencontré, parmi les disciples d'Epicure, quelques philosophes disposés à faire cause commune avec elle ; mais l'Évangile ne se prête point à ces sortes de ménagements: et Paul , l'intrépide apôtre des nations, n'est pas homme à transiger. Du haut de son siège apostolique , il lance un analhème général contre les œuvres de la chair; et de cette sorte il frappe d'un seul coup les deux sectes : car il comprend dans l'énumération qu'il fait des œuvres de la chair, aussi bien les actions dont l'orgueil est le principe, que celles dont la sensualité est la source. Ainsi l'apôtre ne craint pas de heurter à la fois Epicure et Zenon. Il va plus loin ; et prenant la philosophie elle-même à partie , il lui reproche son inutilité , il montre combien elle est vaine : La science des savants, dit-il, sera rejetée; et, puisque la sagesse humaine n'a pas réussi à faire connaître Dieu au monde , c'est par la folie de la prédication que cette connaissance lui viendra et qu'il sera sauvé.
Mais quel est-il, ce Paul qui gourmande ainsi la sagesse humaine? Un avorton, s'il faut l'en croire (a) ; un homme de rien, s'il faut en juger d'après les idées communes : et cependant,
(a) Miki tanquam abortivo visus. I. Cok-, x\, B,
sous le rapport tics avantages auxquels s'attache la considération en ce bas monde, et dont il déclare lui-même qu'il est dépourvu, les autres apôtres sont encore au dessous de lui.
Jésus-Christ, en effet, pour établir l'empire universel de la croix , n'a pas voulu s'associer dans le principe les puissances de la terre ; et pour former le collège apostolique, il n'a pas cherché non plus ce qu'il y avait de plus éminent en doctrine, ou de plus distingué par le talent : il semble qu'il ait pris à tâche de mettre la faiblesse aux prises avec la force (<z), à cette fin que, par rapport au succès de la prédication évangélique, il n'y eût rien à attribuer à l'homme. Dans cette vue, il sépare du milieu de la nation juive , qui est elle-même aux yeux des gentils un peuple méprisable , douze individus, nés de parents obscurs, vivant du produit de leur travail journalier; il place à leur tête un pêcheur de la Galilée : et voilà cette armée formidable qui doit soumettre au joug de la nouvelle loi les Grecs et les barbares, les sages et les insensés, les savants elles ignorants, les juifs et les gentils ; car c'est pour cela qu'ils sont envoyés.
(a) Quœ slulta sunt mundi elegit Deus , ut confundat fortia. I. Cor., i,27.