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chrétiens, étaient ils donc des ennemis de l'humanité? S'il est parfois arrivé que la mission apostolique se soit exercée au milieu du tumulte des armes et des scènes déplorables que l'abus de la force entraîne après soi , le missionnaire en a gémi tout le premier; il s'est interposé, autant qu'il l'a pu , entre le vainqueur et le vaincu ; il a pris en main la cause du faible, cherchant à le soustraire aux rigueurs de l'esclavage, et se plaignant avec amertume des vexations qu'on lui faisait endurer (ci). Ces missions du Paraguay dont la mémoire est récente et ne mourra jamais, avaient-elles un autre but que de rendre les Indiens du continent de l'Amérique à la fois meilleurs et plus heureux? Elles fourniraient, à elles seules, une preuve sans réplique que le prosélytisme catholique a conservé son premier caractère ; et que jusqu'à ces derniers temps, il ne s'est point ralenti. Oui , il se présente encore de ces hommes enflammés de charité , qui donneraient leur sang, leur vie, pour gagner des âmes à Jésus-Christ!
Tel est le prosélytisme pur : c'est celui que le catholicisme inspire; tout autre serait par lui désavoué. Après dix-huit siècles , il s'offre sous
(a) Voir à ce sujet le témoignage récent et non suspect d'un ex-Saint-Simonien , M. Michel Chevalier, Journal des Délats , août 1837. — S. F.
les [peines traits; de plus, il est au^ssi vif qu'au commencement. Ce noble sentiment, comme on voit, n'est autre chose que la charité s'appliquantà étendre l'empire de la foi. De môme donc que la sœur hospitalière , en se consacrant au soulagement des maladies qui affligent le corps , pratique une des belles fonctions de la charité , de même aussi le missionnaire qui se dévoue à la guérisonde 1 aveuglement spirituel, exerce un ministère charitable et bien relevé; l'amour divin en est l'âme, le bonheur éternel de l'homme en est la fin. C'est donc, à proprement parler, la charité elle-même, dans une de ses plus belles applications, qu'on voudrait déprécier et rendre odieuse sous le nom de prosélytisme : mais quelque nom qu'on lui donne, l'appelàt-on folie, comme au temps des apôtres, fanatisme , comme il était d'usage à la fin du siècle dernier, le zèle apostolique sera toujours, aux yeux de l'homme religieux, une vertu surnaturelle et divine; et même pour l'impie un je ne sais quoi de magnanime et d'imposant : il y a , en effet, dans ce dévouement qui comprend une entière abnégation de soi-même, dans ce sentiment mêlé d'une force invincible et d'une douceur angélique, quelque chose qui force l'admiration et fait impression sur les cœurs les plus endurcis.
Ainsi l'Eglise catholique, bien loin d'avoir à rougir, doit, au contraire, tenir à honneur de ce qu'on la signale au monde entier par son prosélytisme ; car ce prosélytisme, tant qu'il conserve son vrai caractère, ne peut apparaître que comme un don surnaturel, auquel l'Eglise est redevable du succès de la prédication évangélique, comme aussi d'avoir soutenu jusqu'à ce jour son titre à? universelle, ou de catholique qu'elle a porté dès les premiers temps.
L'Eglise chrétienne, en effet, était à peine constituée , que déjà on la désignait généralement sous le nom de catholique ; les hérétiques eux-mêmes lui donnaientcette dénomination, et ceux qui ont paru dans ces derniers temps n'ont pas pu l'en dépouiller. Ainsi la remarque de saint Augustin trouverait encore sa place aujourd'hui : « l'Eglise est catholique, disait-il, et « elle est appelée catholique, non seulement « par tes siens , mais encore par ses ennemis; « cela est si vrai , que si un étranger demande à « un hérétique où est l'église des catholiques , « il lui montrera nos églises et non pas ses <t temples (1). »
Cependant il est des gens qui s'efforcent maintenant de faire croire que le titre de catho-
(ï) S. August., Deverdrel., vu.
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liques est par nous usurpé ; ils voudraient persuader que l'Eglise dont Rome est le centre , ne saurait être l'Eglise universelle , attendu que ses principes seraient, suivant eux, incompatibles avec ceux qu'une bonne législation doit consacrer. (( La religion catholique , disent-ils , con- « vient aux gouvernements despotiques ; mais « partout où le pouvoir a reçu des limites et « n'est point absolu , elle est déplacée, ou pour « mieux dire, elle est en opposition directe avec « les institutions du pays. » Tel est le langage de nos jeunes publicistes.
Or, il est quelque peu singulier qu'on se soit aperçu si tardivement que le catholicisme n'a de sympathie qu'avec le gouvernement absolu : la proposition contraire a souvent été mise en avant et pouvait être soutenue avec un plus grand avantage. 11 est certain que le catholicisme, par cela seul qu'il sait maintenir, sous quelque gouvernement que ce soit, son indépendance religieuse , est peu favorable au développement du despotisme. Qui ne voit, par exemple, que si l'Angleterre fût restée catholique, Henri VIII eût trouvé des obstacles qui l'auraient entravé dans sa marche, et eussent arrêté le cours de ses excès déplorables? Du haut de la chaire catholique, il arrive jusqu'à l'oreille des rois des vérités fortes et des aver-
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tisscments salutaires : les princes de la terre , obligés d'ailleurs de se soumettre, comme les derniers de leurs sujets , à la censure sévère du tribunal de la pénitence, et de se confondre dans la foule des fidèles , quand ils sont admis à la table sainte, se trouvent dans le cas de se rappeler qu'ils sont hommes; et même de reconnaître qu'aux yeux du Maître souverain , s'il y a quelque différence à faire entre eux et ceux auxquels ils commandent, cette différence est rarement à leur avantage. Ainsi le catholicisme serait plutôt un obstacle à la tyrannie, qu'un moyen d'oppression entre les mains des hommes du pouvoir. Au surplus les faits sont là ; et tous les sophismes réunis ne sauraient prévaloir contre eux : une expérience de près de deux mille ans a parfaitement démontré que la religion de nos pères s'adapte aisément à tout gouvernement régulier ; que les prescriptions de la foi catholique se marient tout aussi bien avec les institutions républicaines qu'avec les institutions monarchiques; qu'elles s'allient tout aussi facilement aux principes de la démocratie qu'à ceux de l'oligarchie : il n'y a que les maximes qui tendraient à constituer un état de choses contre nature qui sont en opposition, avec la doctrine caLholique.
Ainsi la tyrannie qui aurait voulu domine!1 les
consciences, l'anarchie qui aurait voulu anéantir l'autorité , ont toujours trouvé dans le catholicisme un obstacle contre lequel il leur est arrivé plusieurs fois de se briser. C'est là le secret de cette antipathie que l'esprit révolutionnaire manifeste à l'aspect du catholicisme; c'est aussi par là que s'expliquent bien des dissensions auxquelles les prétentions exagérées du pouvoir ont donné lieu : mais, dans un état bien réglé, le catholicisme, loin de porter aucun préjudice aux droits acquis, leur donne une puissante garantie , puisqu'il fait de leur conservation un devoir de conscience. Seulement, s'il y a dans les institutions quelque vice qui change la nature des rapports sociaux, à la longue , il le détruit entièrement , ou tout au moins il en atténue les effets. C'est ainsi que l'esclavage s'est aboli peu à peu ; que la condition des femmes s'est améliorée ; que les états despotiques se sont convertis en monarchies tempérées ; et que les républiques, jadis en proie aux orages les plus fréquents , ont pris un caractère de stabilité qu'elles n'avaient pas (a).
(n) Ces considérations n'ont-elles pas conservé tout leur à-propos en présence d'une aggression trop fameuse contre l'Eglise romaine ? — S. F.
Ainsi la loi catholique est susceptible de se prêter à toutes les formes de gouvernement : celui qui voudrait l'exclure comme étant inconciliable avec les principes d'après lesquels il se régit, sans alléguer d'autre cause, décèlerait un vice inhérent à sa constitution primitive ; c'est-à-dire un principe de tyrannie incompatible avec la liberté des enfants de Dieu , ou bien un germe d'anarchie opposé naturellement à tout ce qui tend au maintien de l'ordre. La religion catholique ne peut donc, et sous aucun rapport, être confondue avec ces religions que leur principe constitutif réduit à ne pouvoir pas s'étendre au delà de certaines localités; elle n'est point non plus, comme l'ancienne religion hébraïque, affectée particulièrement à un seul peuple ; elle est universelle par sa nature , et rien ne limite sa sphère d'activité. On l'appelle romaine, il est vrai, en même temps qu'on lui donne le titre de catholique; mais ce n'est pas pour indiquer qu'elle doit être circonscrite dans cette partie très restreinte de l'Italie dont se compose l'Etat romain , c'est pour faire connaitre que son centre est à Rome , et que de là ses ramifications s'étendent jusqu'aux extrémités de la terre habitable. En Europe, des niasses imposantes se groupent autour du père commun des fidèles :
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et dans les parties européennes qui se sont soustraites à son autorité spirituelle, il compte encore des enfants par milliers : en Asie , le catholicisme n'est point une religion inconnue, tant s'en faut ; on voit même que , dans les contrées où les Européens ont de la peine à s'introduire, dans le vaste empire de la Chine, par exemple, où le commerce, malgré son activité , n'a pu jusqu'ici se faire jour, le missionnaire catholique a trouvé le moven de pénétrer : l'Amérique, dans son immense étendue, est couverte de catholiques; l'Afrique elle-même, quoiqu'elle soit inaccessible, fournit au catholicisme son tribut. Ainsi des hommes de toutes langues et de toutes nations, soumis à des maîtres différents, entre lesquels, sous le rapport des mœurs , il n'y a souvent rien de commun, dont les uns sont encore dans l'état sauvage, tandis que les autres ont atteint le dernier degré de la civilisation , récitent ensemble le même symbole, sont unis dans la même foi , et marchent dans les voies spirituelles sous la houlette du même pasteur. Qui pourrait méconnaître à ces traits, cette grande association que les apôtres ont eu mission de former ? Ils s'y sont portés avec ardeur ; l'œuvre a été continuée par leurs successeurs; et elle sera poussée jusqu'à ce que le nombre des élus
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soit rempli : car jusque là l'enseignement catholique ne doit pas souffrir d'interruption , et l'Église de Jésus-Christ ne doit pas cesser de prêcher publiquement.
Oui, l'Eglise de Jésus-Christ, d'après les promesses de celui qui l'a fondée, doit être jusqu'à la fin du monde en pleine possession d'enseigner la vérité. 11 faut donc qu'elle soit visible , cette Eglise , pour qu'on puisse aller à elle ; il faut qu'elle soit infaillible , afin que l'erreur ne se mêle point à la vérité dans ses dogmes ; il faut enfin qu'elle soit perpétuelle , autrement elle n'accomplirait sa mission qu'en partie : or, il n'y a que l'Eglise catholique qui puisse encore se flatter de remplir entièrement ces trois conditions.
Et d'abord, en fait de chaire doctrinale, il n'y a rien de plus apparent dans le monde que la chaire de saint Pierre; non seulement elle est visible, mais elle est de plus entourée d'un tel éclat extérieur, qu'il est impossible que son existence ne soit pas connue au loin : le successeur de saint Pierre a pris rang parmi les rois; il traite d'égal à égal avec les souverains; et la généalogie des princes de la terre n'est pas mieux établie que ne l'est à sa manière celle des pontifes romains. Ainsi le nom de Rome a retenti partout ; et ce n'est pas sans
dessein que Dieu a élevé si haut le ehcf de l'Église catholique ; il a voulu tenir constamment en vue celui qui est son vicaire sur la terre.
L'Église catholique est donc véritablement accessible à tous les regards ; de plus elle a la prétention, en s'appliquant un des caractères de l'Eglise de Jésus-Christ, d'être infaillible.
Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit précédemment touchant la nécessité d'une autorité infaillible dans l'Eglise, mais nous croyons qu'il est convenable de faire remarquer en ce lieu qu'aucune secte, parmi celles qu'a produites la réforme , n'oserait réclamer le privilège de l'infaillibilité. Cependant il est vrai de dire que les premiers réformateurs ont quelquefois laissé pressentir qu'ils se regardaient comme inspirés; et que dans les pays où la réforme a prévalu, en Angleterre notamment, les dépositaires de la puissance publique ont souvent agi comme s'ils étaient infaillibles; mais, en théorie, jamais ce principe n'a été posé dogmatiquement. Aussi le protestantisme, obligé de renoncer pour son propre compte à toute prétention par rapport à l'infaillibilité , est réduit à contester à l'Eglise catholique le droit qu'elle a d'y prétendre.
Enfin , la perpétuité dont l'Eglise catholique
fait preuve en outre, est ce qui gêne le plus les protestants ; et c'est pour cela qu'on les a vus , se repliant en cent façons diverses , employer successivement tout ce que la chicane peut suggérer de moyens , tantôt pour échapper au reproche de nouveauté, et tantôt pour essayer de rendre problématique l'ancienneté de l'Eglise dont ils s'étaient séparés : mais les faits étaient constants; et le protestantisme, né de la veille , était trop jeune encore pour qu'on pût avoir déjà perdu la mémoire de son apparition dans le monde.
En l'année i5i6, l'Europe était tranquille, et tous les chrétiens vivaient dans la communion de l'Eglise de Rome, dont la suprématie n'était pas contestée. Luther, Zuingle et Calvin, ainsi que ceux qu'ils ont ensuite entraînés, croyaient alors tout ce que nous croyons présentement; ils invoquaient les saints, honoraient leurs reliques, priaient pour les morts; ils prenaient part au sacrifice de la messe où l'on nomme le pape comme étant le chef des orthodoxes , où l'on adore Jésus-Christ comme étant présent sur l'autel : il y a plus, Luther et Zuingle étaient prêtres, et en cette qualité ils célébraient les saints mystères depuis nombre d'années.
La publication de l'indulgence accordée pai
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Léon X devient pour Luther une pierre d'achoppement :en i5 17 il commence à déclamer; cependant il écrivait au pape qu'il écouterait sa décision comme un oracle sorti de la bouche de Jésus Christ: mais au lieu de s'y soumettre, après qu'elle est rendue, il donne le signal de la défection ; et le schisme d'Occident est consommé.
En se séparant de l'Eglise qui les avait jusque là nourris dans son sein, les fauteurs du schisme ne se sont pas unis à une autre église; ils ne sont entrés en communion avec aucune de celles qui fussent alors sur la terre ; ils se sont établis d'eux-mêmes, sans se mettre en peine de justifier par des prophéties et des miracles qu'ils eussent autorité pour cela.
Cependant cette église manquait de pasteurs, et l'embarras était d'y pourvoir : Luther imagine d'enseigner que tous les chrétiens, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu'aux petits enfants, sont prêtres ; et qu'il leur suffit de la présentation, pour être en droit d'exercer la puissance pastorale. Sur ce principe, un nouveau ministère est formé, le gouvernement épiscopal est aboli , et la chaîne de la succession apostolique est rompue.
Voilà donc une église telle qu'il ne s'en était jamais vu dans le Christianisme. Elle repose sur