‹ Œuvres philosophiquesChapitre 30 sur 32 · DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PARIS

Nous conservons aux fragments quisuivent , le titre sous lequel l'auteur voulait lui-même les réunir et les publier de nouveau. Nous ne dissimulons point qu'ils avaient successivement paru dans diverses feuilles périodiques de 1828 à i833. Mais rien ne ressemblait moins à des travaux de circonstance , et le lecteur jugera, nous l'espérons, qu'ils n'ont rien perdu de leur

à propos , de Leui' actualité j comme on dit aujourd'hui. Sans doute l'Eclectisme , la philosophie écossaise, et la doctrine même du progrès indéfini, qui faisait le fond du Saint-Simonisme , ont perdu leur première auréole de nouveauté. Toutefois les germes que ces écoles ont déposés dans nombre d'intelligences ne sont point détruits. Bien plus, les chaires de MM. Joufiroy et Damiron sont debout; M. Cousin est le grand-maître de l'instruction philosophique dans tous les collèges de l'Etal : la superstition du progrès a ses pontifes et ses néophytes dans une œuvre qu'on voudrait pouvoir rendre populaire, X Encyclopédie moderne. Avouons-le même , malgré quelques démonstrations panthéistiques assez vaines , nulles autres doctrines depuis dix ans ne se sont produites en dehors de l'enseignement chrétien. L'appréciation détaillée des trois philosophies réservées à notre temps, est donc pleine encore d'opportunité.

Qui ne sent d'ailleurs à quel point l'omission de ce beau travail ferait lacune

dans l'œuvre de M. Riambourg ? Avant de conclure définitivement contre le rationalisme, il fallait en constater l'inanité chez les modernes comme chez les anciens.

\J Ecole de Paris est donc le pendant naturel et légitime de 1 Ecole cU Athènes ; puis Rationalisme et Tradition , dernier acte de cette sorte de trilogie philosophique, achève de résumer toute la controverse , dans le passé comme dans le présent, et complète la sentence portée par l'auteur.

Disons-le aussi, telle était la rigueur logique de la conception chez M. Riambourg, qu'ici toute soudure a paru superflue aux éditeurs : tant ces articles publiés à d'assez longs intervalles , à travers des préoccupations si diverses, s'enchaînent l'un à l'autre, comme s'ils eussent été écrits d'un seul jet, dans le développement continu d'une même pensée. C'est le cas de se rappeler le mot d'Horace :

Tantùm séries juncluraque polie! Tanlùm de medio sumplis acoedet honoris ?

A peine la solution de continuité se

laisse-t-elle apercevoir une seule fois, entre la seconde et la troisième série. Partout ailleurs il a suffi de juxtaposer ces fragments, et l'édifice s'est construit comme de lui-même.

Tranchons le mot, c'était un livre que M. Riambourg se trouvait avoir composé sous forme d'articles de journaux. La gravité des matières, celle du style, et surtout l'étroite cohésion des pensées se prêtaient mal à la mesure d'attention qu'on accorde communément à la lecture des papiers publics. Rassembler ces feuilles éparses , n'est-ce pas les restituer à leur destination naturelle ?

L'abbé FOISSET.

<£colt Œclcrtîqur.

Le xixe siècle est bien jeune encore, et déjà se présente un auteur pour tracer le plan historique de la philosophie en France pendant les vingt-huit dernières années (i). On pourrait demander comment il se fait que le xvmc

(1) Essai sur {histoire de la Philosophie en France au xixe siècle , par M. Damiron.

siècle entièrement révolu-, et pour lequel la postérité est déjà venue , n'ait pas eu l'avantage aussi de trouver en France un historien qui marquât les progrès de la philosophie dans ce pays , depuis que l'autorité de Descartes eut commencé à déchoir. La réponse à cette question est simple : où il n'y a pas d'éléments historiques, il ne peut se présenter un historien.

Qu'est-ce à dire? Le xvme siècle, ce siècle de philosophie par excellence , pourrait-il être une mine inféconde pour l'histoire de la philosophie ? Plusieurs en seront surpris, et pourtant lien n'est plus vrai.

Il est certain en effet, que lorsqu'on a nommé Condillac et dit qu'il a simplifié la doctrine de Locke, laissant h Helvétius le soin d'en tirer les conséquences, l'histoire de la philosophie française au xviiic siècle est faite.

Quoi donc! Voltaire, Diderot, d'Alembert, d'Holbach, n'étaient-ils pas des philosophes? Non, en vérité (a). Il n'y avait point là d'école ,

(a) Nous avouerons néanmoins que Diderot, dans les intervalles lucides de son talent, offre quelques lueurs de vraie philosophie. Les prétentions en ce genre ne manquaient pas à d'Alembert. Mais là, comme en littérature, ses vues sont étroites, mesquines, sans chaleur, sans élévation , sans originalité aucune. La fortune incroyable de sa prélace de l'Encyclopédie, tant louée par La Harpe , même converti , accusera toujours la faiblesse des études philosophiques en 1750. — i Helvétius est un corn-

point de corps d'enseignement, point de traditions , mais bien une cabale : ces hommes ne s'étaient ligués que pour détruire.

C'étaient donc des sceptiques? Point du tont : car le scepticisme de sa nature est exempt de fanatisme. Le sceptique hésite et doute; le sceptique d'ailleurs fait profession de respecter les lois, de suivre les coutumes, d'admettre les croyances reçues. Or, il est visible que l'esprit dominant au siècle dernier avait une autre tendance.

Celui qui marchait à la tête du mouvement nouveau , le xvme siècle personnifié , Voltaire , dont Montesquieu disait si bien : « lia, plus que a tout le monde, l'esprit que tout le monde a; » Voltaire ne se serait point accommodé de cette impassibilité que les Pyrrhoniens proposaient comme le souverain bien. Les charmes de

« pilateur d'idées hardie?. Il emprunte à Montesquieu, à Vol- « taire , à Rousseau ; et il gâte ce qu'il leur prend. Il se fait le « plagiaire de toutes les personnes spirituelles de son temps, et « compose un livre de métaphysique avec des bons mots de « société. Le baron d'Holbach avait une excellente maison , et « donnait à dîner à toute la philosophie. Mais son système de la « nature, écrit d'une manière fausse, pédantesque, rbstraiteet « violente tout à la fois , a choqué , a révolté le bon goût de « Voltaire , quid'impalience écrivait sur les pages de son exem- « plaire, des sarcasmes contre les mauvais principes et surtout <i le mauvais style du livre. » Ce n'est pas nous qui disons cela , c'est M. Villemain. (7e leçon sténographiée, 1828.) — Th. F.

StHi KCOU: DK PARIS.

Yataraxie ne l'avaient point séduit ; loin de là, une activité brûlante le consumait, et cette activité le poussait au désordre. Toute sa vie s'est passée à nier. Créateur de ce genre odieux de persiflage qui déconcerte la droite raison , doué de cette gaîté qui porte à rire des maux qu'on a faits, son intarissable ironie allait se répandant sans fin sur la Religion, sur la morale , sur tout ce qui fait battre le cœur de l'homme, et il nous apparaît encore aujourd'hui « comme un être d'une autre nature, indifférent à notre sort, content de nos souffrances, et riant, comme un démon ou comme un singe , des misères de cette espèce humaine avec laquelle il n'a rien de commun (i). »

Que pouvait-on attendre d'un siècle qui s'est prosterné devant une telle idole? Que pouvait-il sortir de grand et de durable de ce débordement de sarcasmes, d'impiétés et de sophismes?

Aussi, lorsqu'on veut aujourd'hui rendre compte de la science philosophique à celte époque, on est réduit , je le répète , à signaler le développement insensible que la doctrine de Locke avait pris en France , non sans remarquer tout ce qu'un tel développement devait

(1) Mme de Staël, de t Allemagne, t. m, e. h.

lui- même à l'analogie qu'avaient les conséquences matérialistes de cette doctrine avec la disposition déréglée des esprits.

Ce n'est pas que les suivants de Voltaire n'aient essayé de poser à leur tour quelques principes, et que le déisme et l'athéisme, la liberté morale et la nécessité , le fatalisme et le dogme de la Providence, le matérialisme et le spiritualisme n'aient été jetés pêle-mêle au peuple. Mais le maître n'a point permis que ces grandes questions fussent débatlues sérieusement. Il avait dit en vers, que Locke avait « posé la borne de l'esprit humain. » C'était assez de cette affirmation pour un philosophe qui touchait à tout et n'approfondissait rien, infatigable du reste dans la guerre qu'il avait déclarée au Christianisme, et tendant la main sans distinction à tous ceux qui partageaient sa haine.

Ainsi, encore une fois, l'école de Voltaire, si c'en est une , ne s'est point formée h l'ombre d'une doctrine, et ne peut être régulièrement classée parmi les sectes philosophiques. Quant à cet amas d'opinions hétérogènes que le xvnr siècle a léguées à notre âge comme un fonds inépuisable de raison et de sagesse , l'héritage en a été répudié formellement. Ceux-là même qui prétendent aujourd'hui relever le

3tW ÉCOLE DE PARIS,

temple de la philosophie humaine et l'asseoir sur les débris des autels chrétiens, veulent profiter de ce qui s'est fait sans en accepter la responsabilité. Leur langage est haut et fier, leur ton méprisant ; mais il y a de la gravité dans leurs discours, de l'élévation dans leur esprit , de la conviction dans leurs âmes. La philosophie du xixe siècle s'avance donc avec une sorte île dignité (i).

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