‹ Œuvres philosophiquesChapitre 8 sur 32 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

comme une vile pâture au vulgaire quelques vieilles erreurs rajeunies , méprisées de ceux-là même qui s'en constitueraient dérisoircment les apôtres, c'est s'abuser complètement.

Quant à ceux qui , plus habiles , auraient conçu le plan mieux concerté, en laissant au peuple quelques formes religieuses, et les pratiques extérieures auxquelles il serait le plus attaché, d'amener insensiblement les esprits à substituer aux dogmes reçus d'autres dogmes mûris dans le sanctuaire de la philosophie, ils échoueraient également.

Des philosophes qui ne leur cédaient en rien sous le rapport de l'étendue de l'esprit, formèrent autrefois, et dans un but assurément plus louable , l'entreprise d'une réforme dans les croyances populaires. Ils tentèrent de purger le paganisme, religion immorale et monstrueuse, de ce qu'il avait d'impur et d'absurde ; sans toucher aux cérémonies que le temps avait consacrées, sans s'écarter du respect qu'ils croyaient devoir aux ministres de la religion. Inutiles efforts , entreprise vaine! Les croyances furent ébranlées : mais au lieu de courir aux sources élevées de la science et de la philosophie près desquelles les sages s'assemblaient, les peuples voyant s'ouvrir les voies faciles de l'incrédulité, es routes larges de hr corruption , s'y précipi-

il) ÉCOLE D'ATHÈNES,

taicnt à l'envi et de toutes parts ; quand soudain la lumière de l'Evangile éelairant l'abîme dans lequel la société humaine allait se perdre, le monde crut et fut sauvé.

Il est certain cependant qu'une religion qui n'avait rien de fixe dans les dogmes , dont l'essence ne consistait que dans le narré de certaines fables qu'on pouvait tourner plus ou moins heureusement en allégories, semblait devoir naturellement se prêter à des modifications qui en auraient fait une religion raisonnable : mais elle a succombé dans ce travail ; elle s'est évanouie comme une vapeur légère entre les mains de ceux qui ne voulaient que l'épurer, et qui n'avaient pas formé le plan de la détruire.

Nos philosophes se flatteraient-ils de réussirmieux en façonnant le Christianisme à leur manière? Si c'est leur espoir, il sera trompé : les mêmes causes produiront les mêmes effets ; et d'ailleurs, il s'agirait, avant tout, de savoir si le Christianisme est de nature à se prêter aussi facilement que le paganisme à la transformation qu'il faudrait lui faire subir, pour en faire une religion philosophique.

Nous conviendrons, si l'on veut, que si toutes les nations européennes eussent embrassé la réforme évangélique , ce dernier point pourrait être mis hors de discussion. Le principe de la ré-

Page 1