‹ Œuvres philosophiquesChapitre 19 sur 55 · II · texte numérisé non relu

II

HYPOTHBjSBS HéTÂPHYSIQUSS 8UB LA YOLONTB ET LA. PUISSANCE DE MOU VOIE.

( I. Systèmes qui ont confondu la volonté avec le àém ou les * affections , en niant l'identité du principe moteur et pensai»t.| .

« AnaxagoraSy 'dit rhistorien des Systèmes de philosophie f est le premier qui ait remarqué d^s les êtres animés l'identité du principe mofcwr et cb principe pensant. » Assurément Aliaxagdre, poiu* faire cette remarque ^ n'eut besoin que iiu plus simple retour sur le sentiment de son etistence : il dut lui suffire de renoncer à toute opinion sjstéma- ' tique , pour écouter le sens commun. .

Les métaphysiciens qui avaient précédé Anaxagorè avaient sans doute déjà répandu hïesa des nuages sur le. fait de sentiment, puisqu'il était cbvenu nécessaire de les y rappeler. Il n'a pas tetfti non plus aux philosophes venus bien longtemps après, que l'évidence du même, principe ne fut de nçuveau complètement altérée en théorie , qupiqu^ toujours également invincible dans la pratique»

C'est bien là qu'on reconnaît tout l'ascendant de ces illusions systém.^tisées , qui prévalant «ir le témoignage du sens intime dont elles semblait

iSjl DE LA l^l^inOMPOSlTION

étouffer la vok-, entrautient Pesprit humain dans des labyrinthes sans issue ^ et dans un vague d'abstractions où la raison cherche vainement un point d'appui.

L'opposition des dogmes métaphysiques sur la nature de la volonté, ou sur les liens naturels qui unissent son exercice efficace^ comme cause ^ aux actes ou mouvements sents, comme effets , cette opposilkm , diftje , nous oflfre l'exemplçj le plus instructif et le plus propre à signaler les écarts où Ton tombe, quand renversant Tordre de génération de Tios connaissances , on veut pénétier jusque dans fessence des causes premières , et poser les lois de leur action possible , en se plaçant hors de la ligne tics feits pratiques , et loin de la source de toute évidence réelle.

i* Demandons aux cartésiens en quoi consiste la volonté, ou qu'est-ce qui détermine précisément un acte, tin mouvement appelé volontaire ?

La volonté , répondent ces philosophes , ne peut être, qu'un désir^ un vceu, une simple inclination de fdme, pour que t^ acte ou mouvement s'accoml^isse. Mais comme on prouve à priori, que l'âme est une substance simple , immatérielle j dont toute Yessence est la pensée ou le sentiment, il est démontré, par là même, qu'dle ne peut s'appliquer à tm'«ujct composé j étendu, tel que \e corps; et qu'il n'y a point d'action réelle possible da l'une sur Tautre. Le sentiment intime d'un effort ou d'ufie

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ù»ce vivante appliq^iée à une résistance orgamque, n'e&l; donc que pure iUufiioç. I»a veriié estqufS Dodot, ,^^1e force e£&cacer^( avec laquelle le moi m trauire alors comme idenli^ ) peut seul produire et esitre- . tenir tous les mouvements de Im n^cfaine quHl a créée. L'âme ne peut donc que désirer bes mouvements de son corps en vertu de Yidée innée ^u^eUe 4} 4^ s(m union m^ec lui; et> à l'instant^ le moteur suprême intervint, l'acte s>iâKnnpUt, et l^moi qui sent le mouv^nent, comme le désir, s'attribue l'un comme l'autre par une illusion mc0ssains.

£n mettant à part l'inti^veation mystévieuse de la Divinité^ je prie qu'on veuille bien aMUparer oe point foii^amental de la doctrine cartés^ne , avec le système qui réduit toutes les facultés de l'âme à céHe de sentir.'

Qu'ion pèse la valeur de ces affîrmatioos de Ccmdillac : « la part de Vume n*e^ jamais que dans la sensation; .c'est celleci qui se transforme., en s'avivant d^elloiméme, dans l'exercice de Ymti^tiùn^ par .exemple, au point de devenir eocduêis^ de toute autre, etc... Ce sont les organes corporels qui se tendent , se dirigent , se meuvent par Fénergie de leur mécanique , ou par une force (x) (naturelle ou sumutareUej peu importe.) Mais il n'y a point dans l'âme de puissance motrice; et pourquoi admettrait- <in uiw force dont il est impassible de se faire aucune idée (i). »

(t) Voyez la Logique, article it^enf ion, et la fin da TfAi^ 5Kr

l84 I>K LA DÉCOMPOSITION

Le besoin le plus simple j le plus instinctif , suivant d'autres philosopha de cette école, est la même chose que le désir ^ et le désir est bien identiqueavec la volonté. L'enfant qui vient de naître désire et par conséquent veut déjà les mouvements qui. s'exécutent dans les organes : or vouloir ainsi n'est que sentir.

Ne sommes-nous pas ici bien près du même point de vue qui servit de fondement au système des causes occasionnelles (i)? On nous parle bi^i de Yef^et ou des mouvements sentis^ mais non«j)oint de la cause j ou des mouvements j[?A)df«//^, pour ne point admettre de force motrice dont on ne peut se faire didée. Mais lorsqu'on trouve une volonté ainsi constituée dans Tensemble des affections de l'instinct le plus aveugle, quel sera le signe propre qui en déterminera l'idée dans l'aperception, individuelle TA qudle condition rapporter une difiérence si clairement établie par le sens intii^e entre les mouvements vŒikis ou accompagnés d'efforts , et ceux qui s'ei^utent d'une manière automatique?.. Mais je rei/îens aux métaphysiciens {ex^prof§sso).

les animaux , d'où ce dernier passage est extrait. Non sans doute on ne se fait point d'image des forces ; mais quant à Vidée ou au sentiment intime do ceUe que nous ex^çofis dans ua e£fort , un mouvement voulu , comment le nier ?

(1) Dans des réflexions lumineuses sur le système de philosophie de trois écoles célèlNres, M. Prévost a très-bien remarqué l'influence que Descartes a conservée sur Técole française. Je crois qu'on ne peut en rapporter d'exemple plus frappant que celui dont il s'agit ici.

DE Li. PEN&EE. l85

1^ Dans le système de Leibnkz, l'ame est Inen douée d^ force j ou plutôt n'est elle-même qu'une force^ agissante; mais son activité ne s'étend point hors de spn sdn, et ne cohsi^ie que dans des appé' lits ^ des désirs ou des taidances au changemaat d'état. Or, comme cda s'applique ^ toutes les tno^ nades composantes j qui ont aussi leurs tendances et , mouvements^ coordonnés ou préétablis d'iune manière harmonique avec les désirs ou volitions de Vdme {monade centrale) , il s'ensuit que tous les mouvements quelconques qui s'accomplisseMt-'dans le ■ corps , peuvent être accom][)agnés de volonté .. comme de perception plus ou moins obscure , sans aucune influence vraiment productive de la force une qui se les attribue; d'où résulte , pour l'idée de vouloir y une indétermination toute pareille à cdk qui a lieu dans le point de vue cartésiené

2^ Il est vrai^(diraient à leur tour les partisans des/ormes plastiques comme du principe vital).^ que l'âme^nsante, étant simple, ne peut mouvoir directement le corps. Mais en rejetant sa force e^^" cace, il n'est point nécessaire de recourir à l'action de Dieu , pas plus qu'à l'activité spontanée des monades; il y a des agents intermédiaires , qui présidant à toutes les fonctions de la -vie , pu à tout ce qui se fait dans le corps , efifectuent d'une manière » immédiate les mouvements, soit organiques, soit volontaires : la seule différence qu'il y ait entre ces deux espèces de mouveidents , c'est que l'âme con-

l86 DE 1.A TfÉCOMPOSrtlON

naît , désire ; cottlmande ceux que nous nommons voiorOaimSj «ans se m^r des autres qui s'exécutent pourtant squs ia même influence directe des agents pkMiques^,... Je dem^ande alors comment le makre peut s'approprier si parÊiitement les actes de ses ministres , ou s'idaitffî^ avec eux dans la production de V^/brt : pendant que hors de là ii en est si ccteplèleneiit séparé.... ?

<II. SfiBlè«eft ^ attrîbiittdt au prîncipeiie la pensée les moufeoieiits de tous les organes sans distiDction. )

Nous venons de voir que le sujet penssmt ou sentant n'opère ni ne veuty à propremeut parler, au(^ia. des mouveiftents qui s'exécutent dims les organes ; qu'il ks sent simplement oii désire qu'ils s'accomplissent ; comme il pourrait désirer toute autre modification passive.

Voici maintenalit des métaphyttciens physiologistes^ qui prétendent au contraire que Vdm^ , sujet identique de la pensée , peut seule communiquer à des organes matériels et inertes Qette actjyité vitale emprunte dans chaque fonction séo'étoire la plus obscure , tout aussi bien que dans la loœmotion volontaire la plus clairement aperçue. Vâme a déterminé , disent-ils dans le principe, le jeu commun de tous les instruments organiques, avec un sentiment etxme connaissance anticipée ou innée; maïs l'habitude affaiblit, et finît par détruire le sentiment de la force qu'elle y exerce.... Cette opinion fondamentale

DE LA. Mtrs^. 187

dans la doctrine de Stalh, combattue par plttsieurs philosophes, a été admise ou regardée comme très* probable par d'autres qui s'en servent pour expli«quer la manière dont ils conçoivent une activité réelle dans la sensation la plus passive en apparence, comme dans les actes perçus et voulus (i). Mais d'où vient donc qu'un sentiment d'activité, d'effort, persiste toujours et uniquement dans ces .derniers actes , ou peut s'y raviver tnalgré l'habitude? Si tous les mouvements sont ou ont été également volontaires dans leur principe commun, quelle est donc l'origine et la raison suffisante d'upe distinction consacrée par le langage, et si. fortement appuyée par le sens commun? d'où . avons-nous tiré l'idée ai action^ de liberté opposée à celle Ae passion y de nécessité? (2)

(lU. Système qui rétablit ridentité réelle d*an sujet pensant et moteur. )

Du sein de l'obscurité de ces hypothèses n^ta-

(1) Voyez entre antres la Psychoh^e de Bonnet, et son Sssni analytique sur Vâme,

(2) « DUm anima h1>erummotttmprodudt, tune refhxionefaeid actum suum poiest deprehendere ; Bed diim necesiorim mohis peragituT consequenier ad certum corpoTis slatum, func iUum (nec seîpsam) agnoscere nequit. » Je trouve ce passage très-remarquable , dans une thèse assez ancienne , soutenue à Téoole 4e Montpellier. On peut maintenant chercher les conditions organiques de cette distinction, ou l'expliquer d'une manière quelconque ; mais je ne crois pas qu'on puisse en nier le fondement

l88 DE LA DECOMPOSITION

physiques, opposées entre elles, et avec te sens commun j je vois sortir un rayon de lumière. Je crois entendre une voijc qui s'accorde avec le témoignage intérieur j le confirme et le rassure. « Le seul carac^re, dit Locke^ où nous puissioi^' reconnaître les inodes ou actes vraiment attributifs d^jun sujet pensant, c'est la, conscience ou Vaperception.it Me voilà toyt de suite délivré de l'incertitude et de l'équivoque cpntinuelle qui n^t d'un signe commun donné à* deux sujets d! attrij^utibn , savoir : Xâme , qui est moi , et encore ïâme qui n'est pas mot Si donc f ignore invinciblement quelle est la force absolue productive des mouvements dont je n'ai pas conscience, quoique je lui donne im nom (x) tel que celui â^âme enormon^impetum faciens j etc., je sais très-positivement que l'acte que je sens ou «perçois comme le produisant moi-même, c'&t bien en effet moij et non un autre être qui le produit (i). "^ ^

(1) Voilà pourquoi Ton dit, ainsi que^Pa très bien remarqué M. dé Traey, il dépend de moi ou de ma volonté. Mais comme on ne dit pas de/néme : il dépend de mot ou de mes passions, de mes hes&âis , de mon désir, etc.., il s'ensuit bien que, dans le langage ordinaire , chacun n'entend par sa volonté , que cette puissance sut juris ayec laquelle il s'identifie, en la séparant de tout ce qui est pctssion. C'est aussi ce que CondlUac reconnaît bien expressément , lorsqu'il dit , à la fin de son Traité des animaux : « ie veux ne sigi#e pas seulement qu'une chose m'est agréable , M signifie encore qu'elle est l'objet de mon choix : or, on Jie chdisît que parmi les choses dont on dispose. » Mai^ quelles sont donc les choses dont nous disposons ? Sont-ee les affections de malaise» d'inquiétude, etc. renfermées néanmoins sous le titre génér9l de volonté? Pouvon«-nous disposer d'autre chose que des mouvements

DE Là PBKSÉE. 189

« La volonté , me dit encore le même sage, n'est autre chose qu'upe puissance ou faculté de mouifoir; c'est une force essentiellement agissante. Vainement elle a été confondue avec les différentes affectionsy et surtout aVec le désir; et c'est cette méprise qui est la cause des égarements où Von est tombé sur cette matière. Ne sentons-nous pas, en effet, que nous pouvons faire volontairement ou librement un acte en désirant une chose contraire? La volonté ne se rapporte donc qu'à nos propres actions ; elle se termine là sans aller plus loin ; et la volition n'est que cette détermination particulière , par laquelle V âme /ait effort pour produire , suspendre ou arrêter un mouvement qu'elle sait être «1 son , pouvoir (i)» Voilà bien, je crois, le sens véritable que la réflexion attache à l'idée simple de vouloir. *

Les métaphysiciens avaient entièrement dénaturé cette idée ; ils niaient la réalité d'un fait de conscience, pour conserver la valeur d'un principe hypothétique, établi à priori; et ayant ainsi perdu

ouaot^ qui ne sont nommés volonia%re$ qu'à cause de cette disponibifilë ? Pourquoi donc équivoquer sans cesse sur le signe toiMiUl £t pourquoi est-ce tantôt une faculté indMduelU de mouyements ou d'actes disponibles ; tantôt une capacité générale d'éprouver ou de sentir des affections? Le motif de cette transformation ^ évident; pour faire ressortir d'un seul principe le système complet de nos facultés , il fallait bien écarter ou transformer l'idée réflexive du voifloîr et du pouvoir d'action... (1) Es$ai sur Vmtendement humam , livre II , chap. xxi.

top DE ^^ MGOMPOMTION

tout crUère d'évidence, ik erraient au hasard dans les ténèbres. Locke vient pour reu^cttre en vigu^r fe priftcipe naturd qu'Anaxagare avait eu besoin aussi de r^pder aux métaïA^yâciensde son temps... Le sujet posant, k même qui s'attribue c^tain& mouvements du corps, en est donc aussi la forée productive; et c'est cette force sentie moi^ qui est la voionfé. Aucun point de vue systématique ne peut prévaloir ccmtre le feit de cimscknce. Ix)cke rétablit parce qu'il en a le sentiment, et il né l'explique point parce qu'il le croit impossible ou qu'il le juge inutile.

Cependant tous les nuages répandus auparavMt cette vérité, ou ce fait primitif, sont-ils comjJète^ ment dissipés ? et ne reste-t-il pas encore un point obscur à édaircir? La volonté paraît bien déterminée , il est vrai, lorsqu'on la circonscrit dans le gentiment de nos propres actes, où elle se termine sans aller plus loin; mais ces actes eux-mêmes, )U$qu'où vont-ils? quel est le caractère qui en dis-* tixigue le sentiment de tout autre mode ? Quelles sont les circonstances et les conditions où ce sentiment peut naître ? il a toujours lieu , dit-on , dans les actions que l'âpae produit ; mais encore quelles sont ces actions? Où est leur commencement, où sont leurs limites? Si Ton dit par hypothèse que la force motrice est imtée à l'âme comme substance , peut-on dire que le sentiment de ses actes lui soit aiissi inné ? AdmettronsHious donc cette force de

Vàsae unja aii*fiefitimant individuel/ daii# k& pre* mièrmdéttrinia^tiaD&dè T instinct , dans les mouvements du £c£tu^ €t de l'enfanl qui viant de naître^ dans cmi:«; qui s'exécutent avec tout ravei^;lemeot de l'habitude^ du soumambulisme, etc.?^.; mais il n'y a point là de conscience, d'aperceptîon actuelle, ni même possible. Or^ c'est là pourtant la seule ca« mctéristîqae des opérations attribuées à Xdme^ comme puissamae motrice. Donc l'âme n'agit pas toujours lorsque plusieurs mou^em^ts s'effectuent dans les organes mêmes qui lui sont habituellement soumis; donc ces mouvemenls qui sont ai^tuelie* ment volontaires ne sont pas nés tels , mais ils le deviennent. OrJ comment le deviennent-ils? Ck>mment 9 panni Jes actes qui sont ^ous d'idMïEd égale- ^ mait aveugles y en tant qu'instinctif; quelque&- UBS pourrotut-ils commencer à être accompagnés de conscience ou d'un sentiment de pouvoir^ tan* dis que d'autres continueront à s'accomplir sans être sentis f ou pourront être sentis sans être voulus? N'y a-t-il pas là des conditions différentielles 9 un passage et une suite dé progrès dont il faudrait {assigner avant tout les moyens et les circonstances.

Voilà ce que Locke ne nous dit point. Pour lui, la seule différence qui sépare un mouvement volontmre d'un autre qui ne l'est pas, c'est que l'âme produit l'un librement , en vertu de sa puissance m«€e, pendant qu'elle est éttangère à l'exécution

de l'autre. J/kàs comment prouve-t*on que c'est Vâmei qui agit dans un moxiYement volontaire? c'est par la conscience ou le sentiment d'effort libre qui accompagne cet acte. Et qu'est-ce qui nous explique pourquoi cette conscience inhérente à l'exécution de tels mouvements, se trouye exclue de tels autres? C'est que dans le premier cas Vdme agit y et que dans l'autre elle reste inactive. Ainsi donc l'action qui doit être expressément attribuée à Vdme , est prouvée par le fait de conscience , et ce fait ne s'explique à son tour que par l'action attribuée à Yâme. Voilà bien, je crois, un cercle d'où il est impossible de sortir , et la *raison en est simple.

Le principe ou le point de départ d'une science quelconque, s'fl n'est pas un fait positif, île peut être qu'une hypothèse abstraite ou un principe de coni^ention.

^ Dans ce dernier cas , toutes les déductions dont se compose la même science n'ont qu'une valeur relative au principe, et sont hypothétiques ou conventionnelles comme lui : dès lors , si la loi d'identité logique est bien observée , on doit se troaver ramené au point d'où l'on est parti.. Le cercle sfi ferme bien sur lui-même , et voilà tout ce qu'on peut demander.

Mais si le principe est nn /ail; alors l'ensemble de tous les faite de même espèce qui constituent la science réelle dont il s'agit , qe peuvent trouver

DE LA PBNSÉE. 193

leur explication que dans le premier qui leur est homogène y sans qu'il y ait lieu à des recherches ultérieures.

Maintenant posons cette alternative applicable au cas dont il s'agit : ou la notion attachée au mot âme , emporte avec elle quelque chose de plus que celle du moi senti ; ou elle est restreinte à ridée du moi ^ dans le fait positif de conscience.

Dans la première alternative , tout ce qui se déduit de la notion abstraite ou ontologique à^âme , hors du moi réel , ne saurait être établi que comme vérité conditionnelle relative au principe. Dire dans ce cas que le seul caractère des opérations qui puissent être attribuées à Vâme est la conscience , n'est-ce pas limiter arbitrairement la valeur d'une cause qu'on nous présente d'un autre coté comme générale et absolue? Et en effet , si l'âme peut exister sans le moi j pourquoi n'agirait-elle pas aussi sans lui ? il est impossible d'établir là par le fait , le pour ni le contre ; tout dépend de l'hypothèse fondamentale.

Dans le second cas où le mot âme n'emporterait vraiment d'autre idée que celle de moi senti y le principe énoncé revient à celui-ci : les seules opérations qui puissent être attribuées au moi , sont celles qu'il s'attribue réellement dans le fait de conscience ; ce fait ne s'explique donc que par luimême : c'est Y identité absolue [i).

(1) C'est aussi là que se sont trouvés ramenés les [rfiilosophes II. - 13

1,^4 1^^ ^^ Bomn^osiviON

U fftttt m rester là, à nmtts ^'on ne change de ^sl^ne d'idées^ ou qu'on necherdbe à lier les fsHs intérieurs à tel autre ordre de faits donuéë par nsm observatkHi difiérente: CG»r ainsi > en aorUnl du cercle des idenliiés , o» pourrait troaver des signes oa dès symboles ipreippes à rep ré se n t e r et liimter soQS un point de vue les tuémes idées qui ^ sachent et se <3enf0adeBt sous un «ulre.

De loiaa les métapbj^simeiis, Lodie ^t iôeet^ je crois, celui qui a le plus exactement distingué les deux ordres d'idées ou de faits dont ae compose la science immame. Maïs s'aj^aat pas saisi à lasouvoe toute rintimité des 'liens qui les uiùssent^ il n'a pu yoir^c^munent les âewt sortes d'observation devaient servir à s'éclairer Vwû^ par l'autre. U a bien aussi enseigné-, et en granik partie par son exeniple, qu'il Êdlait se restreindre dans les limites des idées dan« nées par les sens et la réftea:iûn; et pourtant il n'a piL se dispeutâes* d'admettre en principe l'esistenoe abscdue d'une force innée à M^niéme^ d'une vo«-

allemands dont nous parle le judicieux historien des systèmes. Le pand eweie dJideatîtés logtçpieg, qu'ils oat pneouni avsc une force de tête souvent étonnante , n'a guère abouti qu'à d«$ résultats de cette espèce : le moi est moi , il se pose lui-mém^ C A = A ), etc. Les mathémailcleiis sont a«^ bien conduits quelquefois à des équaUona piuement idenii^ue^ de œtte forme; mais ils sont avertis par rinsigniûance même du résultat , qu'il faut abandonner un problème insoluble, ou changer de méthode de résolution , en prenant la question dans \m autre mns* Pourguoi les métaphysiciens attacheraient-ils plus d'importance et de réalité à leurs identités logiques; ou pourquoi n'en tireraient-fls pas la même conclusion que las mathéaMtMieBB?

lonté ou piufliance d'aetâon ultérieure au moi? qai Vattrîbue l'acte et le youlotr dans l'existeoee néelle. Si o'eâ là une hypothèse qui i^ se fonde sur ««► eune idée ckure de ^ernsMion^ ni doT^^/^mn^ amU; de blâmer Locke d'y wwt eu recours^ il ûoidraii; SAvoîr s'il pouvait feii>e autremenl ; et si ^ dans ipA' que système que ce soit, il est possible d'échapper à une notion ontologique de cette sorte, sou^ quel^ que sigae ou symbole qu'on puisse d'ailleurs la représenter. Mais im reproche qu'on serait plus fondé, peut«étre, k adresser k ce sage aétaphysideni c'est de s'être trop circonscrit dans la v^eur absolue d^ l'hypothèse; en l'employant comme vmjea uniqw d'explication des faits et comme le dernier ternie o^ dût s'arrêter l'analyse : car ai^si,en admettant qu^ que chose ai inné contre spn intention expresse , i) renonça à chercher dans la réahté pratique i'ongii}^ ^edwe d'une force motrice qui ne peut conm^pr cer à agir ; ou être pour elle-même qu'eq tant qu'^ jse déploie sur tels instruments et suivant telles coor ditions dont on ne peut la séparen £n mécowai^ fiant ces conditions 9 Locke ne put détenniaer exactement la valeur de l'idée réflexive volorUé^ m xmv^ 4|uer avec quelque pnécision l'étiendue et 1^ iimilii^ d'une puissance de momwr. £noore moins, put^U reconnaître 'l'influence de son ei^ercice réel sur la génération de toulçs nos connaissances, à partir n^me de l'individualité p^sonnelle. G'e^t cette J#cupe cwore subsistante mal^^é toua 1^ pragirb

ig6 PE LA DlICOMPOSITlON

de k science 9 depuis FEssai sur Fentendement humain jusqu'à nos jours , qu'il faudrait tâcher de rempUr maintenant. La métaphysique seule ne saurait y suffire, et nous venons d'en indiquer la raison : îl faudrait donc en chercher les moyens dans un autre point de vue plus rapproché de l'expérience.

( iy. Conclasîon de ce qui précède. Cest dans l'analyse des conditions da mouvement volontaire quil faut déterminer l'idée de volonté. )

S'il existait quelques moyens , quelque signe naturelj propre à fixer l'idée encore indéterminée d'une puissance de vouloir et d'action dont plusieurs philosophes conviennent aujourd'hui que l'individualité personnelle ne peut être séparée, on les chercherait vainement daûs la notion ontologique 'Wiine force virtuelle^ indépendante de toute condition d'exercice; on ne les trouverait pas davantage en généralisant le terme volonté de manière à y comprendre une classe entière de modes tous passifs; ni en le spécifiant encore à quelque élément de la même classe , tel que le désir; ni enfin en l'étendant à un ordre quelconque de sensations composées et mixtes, où il est si difficile de faire la part exacte de Vaction et de la passion.

Parmi tqus les modes divers de notre existence actuelle, il en est un surtout susceptible d'être éprouvé alternativement de deux manières ; savoir , comme sensation passii^e et simple y et comme per^

DE LA P£KSjéE. I97.

ception active et redoublée , tel est le caraetàre jspécial du mode qui accompagne l'exercice de la contractilité musculaire : perception de mouçement ai>ec effort^ lorsque cette contractilité s'effectue sous l'influence directe de \^ force propre que nous appelons volonté: sensation musculaire simple hors de cette ilifluence.

N'est-ce pas d'un tel contraste (et quelle lumière y a-t-il pour nous hors des contrastes?) n'est-ce pas, dis-je , (le cette alternative d'action et de passion que peut ressortir le signe unique propre à nous manifester une volonté qui s'étend à tous les actes ou mouvements dont le moi dispose sans aller plus loin? et dans quel autre mode de notre être pourrions-nous chercher l'origine efifective de cette force si ce n'est dans celui où son caractère est sensiblement empreint , et en qui seul elle dévie nt vissante ?

Or l'observation physiologique nous apprend à distinguer avec assez de précision les organes dont les mouvements sont ou deviennent volontaires j en se contractant avec un effort senti^ de ceux dont les contractions s'opèrent toujours sans effort, et aussi Sans volonté. — La physiologie va même jusqu'à ex* pliquer hypothétiquement et d'une manière plus ou moins probable , ce qui se passe dans diverses circonstances de ces mouvements volontaires et involontaires^ elle nous dit quels sont les instruments mis en jeu , ceux d'où part l'action, ceux qui la transmettent et la reçoivent. Si cette science expérimen-

igi DE LA IMfoOMFOSITION

Iflte poofût donc détetminer la condition orgtmiqttQ» prapre qui correspond au mouvement wmiu, et te ààSémstcit nettemenl; de odui qui ne l'est pas ; ne mndM^e psœ elte qui aurait trouvé le signe ou le sf «ibole du wmioir; et ne pourrions*nous pas dès lors £ttre mieux que èégajrer sur le ressort inté^ rieur (i) auquel se lie le sentiment d'une puissance d'eâorty et par suite celui de l'individualité?

Ici le problème fondamental se i^^ésente sous une ^ forme qui semble le remlre moins mystérieux et laisser quelque espérance à l'analyse. Voyons pourtant encore si sa résolution complète est du ressort de la physiok^e.

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