‹ Œuvres philosophiquesChapitre 28 sur 55 · SUR LES RÉFLEXIONS DE HAUPERTUIS ET DE TURGOT · texte numérisé non relu

SUR LES RÉFLEXIONS DE HAUPERTUIS ET DE TURGOT

JkU SUJET DE

L'OMIGINE DES LANGUES

a On trouve y dit Maupertuis, des langues ^ surce tout chez les peuples fort éloignés , qui semblent « fiToir été formées sur des plans d'idées si difféa rents des nôtres y qu'on ne peut presque pas trace duire dans nos langues ce qui a été une fois exce primé dasys celles-là. »

U serait à souliaiter que cjà philosophe eût apporté des exemples de cette différence de plans d'idées^ et qu'il eût cité des idiomes où il n'y eût pas eu tels Bgnes pour exprimer les substances et leurs modes ^ les causes et leurs effets; tels autres pour exprimer l'union deTattrilmt et du sujet, etc. ; alors nous aurions eu la preuve que ces notions ne sont pas primitive» et essentielles à l'esprit humain.

M. Turgot s'élève contre ces plans d'idées différents : (c Tous les peuples, dit-il, onties mêmes sensy et sur les aens se forment les idée^^... , etc. »

3aO SUR LES AEFIiEXIOKS

C'est là une mauvaise raison ; ce n'est point parce que tous les hommes ont les mêmes sens que tous les plans d'idées et, par suite, les langues qui y correspondent , sont les mêmes. U ne s'agit point du matériel des langues ou des systèmes de signes employés à exprimer les objets sensibles. Ce matériel même doit être très-variable , parce que si les sens sont les mêmes pour tous les peuples^ les objets des sensations sont . différ^its , et que cette diversité suffit^ non pour que les plans d idées primitifs, et par suite la métaphysique des langues , leur fonds primitif, la nature spécifique des signes qui constituent ce fonds, etc., soient différents, mais pour que les idées sensibles , et par suite les signes individuels employés à les exprimer au dehors , aiait toute la diversité qu'on y remarque.

Qu'il y ait en effet des noms substantô ou adjectifs plus ou moins nombreux dans une langue, sans aucune ai;ialogie avec telle autre, il n'y en a pas moins, dans toutes deux des noms substantifs et adjectifs avec quelques verbes , ou mots destinés à exprimer leur union ou leurs rapports les plus généraux, tels que celui d'inhérence du mode ou attribut à la substance, de la causalité, etc.

Or, voilà ce qu'on doit trouver de tout à fait pareil dans les comparaisons des langues^ même les plus sauvages , s'il est vrai , comme nous n'en saurions douter, que la forme. primitive du jugement, ou de la perception d'une qualité attribuée à un

DE MAUPERTTJIS ET DE TIJRGOT. 3a I

sujet et distinguée de lui , soit Vapanage naturel et commun de l'esprit humain , le vrai caractère distinctif de tout être pensant.

C'est sous ce rapport qu'on aurait pu défier, je^ crois, Maupertuis de citer quelque langue étrangère qui fut formée sur des plans d'idées si différents des nôtres que la traduction fût absolument impos-^ sible.

En effet , quand des noms substantifs et adjectifs de telle langue étrangère n'auraient aucun analogue dans celles que nous connaissons , toute proposition affirmative , ou tout énoncé de jugement dans la langue étriangère n'en pourrait pas moins être traduit dans un énoncé général et sous une forme algébrique telle que celle-ci : + S e^f M , Une substance inconnue est modifiée d!une manière inconnue; ou C produit "Ejj une cause inconnue produit un effet inconnu ; + ou les signes de substance et de cause sont comme les x et les ^'en algèbre , dont les rapports n'en sont pas moins conçus et déterminés par des signes intelligibles et toujours les mêmes, quelles que soient les quantités comparées , comme les signes +, — , = , etc.

Toutes les langues primitives étaient simples , d'après Maupertuis ; elles ne doivent leur origine qu'à des hommes simples qui ne les formaient d'abord que selon le besoin, .

M. Turgot nie celte simplicité des premières langues : <c Des hommes grossiers, dit-il, ne font rien

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