SUR LES RÉFLEXIONS
« de simple. Il faut des hommes perfectionnés pour a y arriver. »
Les deux auteurs parlent chacun d'un ordre de simples différaits.
M. Turgot vient de dire que l'ignorance assimile tous les objets; partant de là, les premières langues n'ont dû avoir qu'un petit nombre de termes exprimant à leur- insu les genres ou les espèces les pluj^ étendues. C'est ainsi que pour l'enfant tout homme s' appelle ;?apa avant de s'appeler Pierre ou Paul et enfin homme. Les langues se compliquent et s'étendent à mesure que les genres sesubdivisent en espèces et celles-ci en individus , d'après la distinction qui se Élit par les facultés actives d'attention j de comparaison, etc. Il y a donc la simplicité de l'ignorance et celle de la science; l'une précède tout travail de l'esprit, l'autre est un résultat de pe travail.
M. Turgot trouve ridicule une supposition de Maupertuis qui me semble très-bien pouvoir être faite ; savoir, que le souvenir de toutes les perceptions antérieures fût perdu au moment actuçl 'de l'existence, pendant que la faculté dî! apercevoir et celle de raisonner subsisteraient.
<c La faculté à'aperçeifoir^ dit M. Turgot, ne sub- « sisteque par la perception, » Cela dépend de ce qu'on entend par perception. Si on parle d'autre chose que du corps propre qui est l'objet immédiat et constant de la perception, je dis que la faculté d'apercevoir peut subsister autrement que par la perception d'objets externes.
DE MAUPERTUÏS ET DE TDROOT. 3a 3
Le premier dessein du langage et son premier pas est d'imprimer les objets et non les perceptions. Le deuxième dessein ne vient à Tesprit que par le retour de l'esprit sur lui-même , et lès premières idées sont des sensations dont l'effet naturel' est d'être rapportées aux objets extérieurs.
Toutes les difficultés du premier problème de Ja philosophie sont là : i^ En quoi les objets diffèrentils des perceptions , et comment savons-nous qu'ils en sont distincts et séparés? 2^ Les premières idées ne sont pas des sensations simples ^ mais des sensations déjà rapportées à des objets ou des causes. Or ce rapport est-il naturel? il y a donc des idées innées de substances et de causes ; est- il une acquisition? quelles en sont les conditions et les lois?
a Les langues y dit ailleurs M. Turgot, ne sont « point l'ouvrage d'une raison présente à elle" cf même. »
Je réponds que les langues instituées ne peuvent être que l'ouvrage d'une telle raison.
M. Turgot fait à Maupertuis un reproche que je me suis attiré moi-même en supposant un philosophe qui forme un langage desaiig-froid. Je ne vois pas ce qu'il y a d'absurde dans cette hypothèse. Sans la faculté de réfléchir , il n'y aurait pas d'institution du langage proprement dite. Pourquoi donc une langue ne serait-elle pas formée de sang-froid par un homme réfléchi qui voudrait fixer ses idées et s'en rendre compte?
324 SUR LES RIÎFLEXIONS
Maupertuis : a II est de la plus grande importe tance de bien connaître la nature des proposia trons , ce qu'elles étaient aidant les langages éta^ a blis, ce qu'elles sont devenues depuis. >•
M. TurgotraAvant les langages établis, il n'y avait c( aucune proposition ; toutes les idées étaient des et sensations ou des peintures de l'imagination. »
Avant le langage , il n'y avait point de proposition exprimée, mais il devait y avoir dans l'esprit de tout homme doué de pensée et capable de parler, quelque distinction établie entre le sujet et l'attribut, la cause et l'effet , et d'abord entre le moi permanent et les sensations variables; sans quoi il n'y aurait pas eu de langage possible ; en aucun cas de pures sensations ou images ne sont des idées.
Il est étrange qu'un philosophe tel que Maupertuis ramène à une question de pure logique la distinction naturelle et fondamentale de mode et de substance ; ce que lui répond M. Turgot sur ce sujet est d'une faiblesse extrême. Qu'importe que nous ne puissions dire clairement ce qui est substance ou ce qui est mode ? par exemple , dans im arbre, si c'est l'étendue ou la verdeur. Quand on disputerait éternellement là-dessus, cela ne prouverait pas qu'on n'a pas une idée ou une notion du rapport du mode à la substance, et la nature même de la dispute suffirait pour établir le fondement de la distinction.
M. Turgot remarque très-bien que « quoique les « philosophes ne puissent pas désigner ce qui est la