‹ Œuvres philosophiquesChapitre 32 sur 55 · DE MAUPERTUIS ET BE TURGOT · texte numérisé non relu

DE MAUPERTUIS ET BE TURGOT

leur, de figure, d'étendue mobile, et que cette causalité ou force extérieure , constitue pour nous toute l'essence réelle des corps ? N'y a-t-il pas une différence évidente à cet égard entre les sensations de chaud, de froid, d'odeur, de faveur, que nous ne rapportons en effet qu'à nos organçs , en concevant les corps externes comme causes , et les intuitions colorées étendues sous lesquelles les objets se représentent hors de nous, qui nous paraissent constituer la nature de ces objets, et sans lesquelles ils n'existeraient pas pour nous , pas même en qualité de causes? Si cette différence est réelle du moins relativement à notre manière de sentir et de percevoir , il faut bien qu'elle ait quelque fondement dans la. nature même des objets ou dans celle de notre organisation intellectuelle. Or, quel est ce fondement?

On ne sera point admis à dire comme M. Ampère que les affections ou sensations rapportées aux objets comme causes^ sont aussi bien hors de /wo/que les notions rapportées aux objets par inhérence , que les unes comme les autres sont également des modifications de l'âme inhérentes à elle dont la cause nouménale ou seule réelle constitue ce que nous.* appelons le corps , qui n'est lui-même que la cause qui nous empêche de penser.

Il s'agira toujours desavoir comment toute intuition d'étendue nous présente naturellement et sans aucun effort de réflexion, un objet étranger au moi

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et hors de lui) non pas seulement en qualité de causç modifiante, mais comme objet modifié opposé au sujet qui le perçoit à distance.

Maupertuis : ce Que sert-il de dire qu'il y a quelle que chose qui est cause , que j'ai les perceptions « je vois y je touche y ] entends ^ si jamais ce que je «t vois y touche ou entends ne lui ressemble?.... y — <c J'avoue qu'il y a une cause d'où dépendent toutes ce nos perceptions, parce que rien ri est comme il est ce sans raison suffisante. » Mais quelle est cette cause? ce Je ne puis la pénétrer puisque rien de ce que j'ai <K ne lui ressemble. » — « Il suffît, répond très-bien oc M. Turgot , que je sache que cette cause est hors (c de moi et que c'est un être réel distingué de Dieu a et de moi. »

Le rapport de causalité est distinct de celui de la dépendance entre les idées avec lequel Maupertuis semble le confondre.

Il y a quelque chose en moi qui ressemble à la cause extérieure que je conçois , et c'est par cette ressemblance même que je peux la concevoir et assurer qu'elle est sans concevoir comment elle agit. Il n'est p^s besoin , il serait même absurde de supposer que la cause pensée ressemble à quelquesunes des sensations que j'éprouve bu des phénomènes que je ne perçois que comme effets.

Sur la succession de nos perceptions, Maupertuis rassemble de vains nuages sceptiques, m J'ai dans ce mon esprit, dit-il, la perception d'une œrtaine

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« durée y m^is je ne la connais elle-même que par le a nombre des perceptions que mon âme y a pla<^ a cées. »

Il y a une durée que j'aperçois immédiat^mexil:, c'est celle du moi qui est mûfornie en elle-même çt qui est le typ^ constant de toute uniformité; lesparr ceptions que j'y place la divisent en parties inégal^ c'est la sensibilité qui rompt l'uniïbrmité de leur durée et les divise en parties inégalas.

Le souvenir ^ la réminiscence du moi identique jointe à une sensation répétée, quand la notion du passé se joint à une perception présente ; c'est un souvenir qui diffère donc d'une sensation actuelle.

L'induction qui nous fait concevoir des causes étrangères, s'applique-t-elle immédiatement et de prime-abord aux affections passives sur lesquelles la volonté n'a aucune espèce d'empire? Ne doit-dle pas d'abord s'appliquer aux modes , qui , après avoir été d'abord actifs et produits par la volonté , sont sentis ensuite comme passifs (tels sont les mouvements , les sons vocaux , etc. ) ?. ou bien encore ne faut-il pas avoir éprouvé une résis|;ance étrangère à l'effort et aperçu immédiatement des causes /?raA/* bitii^es joinies à l'étepdue, pour concevoir des causes extérieures produciwes des sensations? On peut douter que par cela seul que l'individu éprouve des modifications passives, il sente ces modifîcatio&s comme effets , et par suite qu'il conçoive ime cause ou for^^ produclive à l'instar du moi. Il s^nble que

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cette notion de cause étrangère a plus d'affînité naturelle avec des modes sentis d'abord comme effets de la volonté et puis dans cette cause; car la causidité y ayant été déjà associée par Texpérience répétée 9 ne peut plus s'en séparer ^ et puis^pie ce n'est plus une cause sentie ou aperçue immédiatement j ce sera une cause conçue, ou l'idée d'une cause non-moi. Il semble , d'autre part ^ que la résistance ou l'impénétrabilité de la matière étant une cause prohibitive , ou n'étant conçue que comme passive, ne saurait être l'origine d'une cause productive des sensations. Pourquoi la sensation localisée, ou qui admet naturdlement la forme étendue du corps propre , conduirait-elle à la notion de cause productive plutôt que l'intuition ?

« Je n'oserais pas dire en ce moment, dit Leibnitz, « si jamais l'esprit humain parviendra à pousser «f l'analyse des notions au plus haut degré de per- !x fiection , ou à ramener les pensées jusqiC aux pre* « miers possibles ^ ad prima possibilia^ et aux no- « tions irrésolubles, ou, ce qui revient au m^me, « jusqu'aux attributs absolus de Dieu , savoir aux « causes premières et à la dernière raison des « choses. »

Nous commençons par avoir la perception interne de la cause efficiente, de Tunité, de la durée, etc., en tant que le moi existe et se sent exister; nous étendons ensuite par induction à tous les phé-

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