SUR UN ÉCRIT
3** Mais encore^ comme les sensations d'ddeor, de couleur, etc. ^ pourraient très-bien avoir lieu en nous sous leurs véritables titres ou avec leur caractère prt)pre de sensation , quand même , feute d*être jointes à la notion de causalité, elles ne seraient pas, pour notre esprit, les qualités secondes des corps , ainsi, la personnalité ou le moi subjectif n^ en existerait pas moins comme sentiment y quand même Tentendement n'y joindrait pas la notion de la substance en qui il réside, ou celle de la cause absolue qui l'effectue.
Quand on dit que la première sensation renferme déjà la croyance à Têtré absolu, on désespère de l'analyse, on renonce à trouver comment, d'une première expérience immédiate et toiit intérieure, l'entendement peut s'élever à ce qui est au-delà de toute expérience; comment, d'une première relation aperçue entre des sensations ou des phénomènes, l'esprit procèdq à concevoir des relations entre des substances ou des noumènes; comment il va de Faperception d'une cause, qui est non-seulement en lui , mais hii-même , à la conception d'une chose qui est et dure par elle-même sans être lui.
M. R.-C. dit très-bien « que ceux qui assimilent « les qualités premières ou les attributs essentiels «( de la substance passive aux qualités secondes ou a aux effets des causes extérieures considérées comme a agissantes, mettent la substance à la place de la (c cause et tombent atinsi dans l'erreur opposée à
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« Celle de Spinosa qui prenait la caijse pour la subie tânçe. »
Je crains que ceux qui ccy;ifondent le moi avec la substance de lame rie s'exposent à tomber- dans une erreur à peu* prèç semblable.
« Telle est (dit M. R.-Gî, page3i de sbix ouvrage) <f la naturel fondamentale du rapport de causalité, « que YqSet démontre la réalité de sa cause : c'est <c la causalité qui read les corps odorants , savoure reux, sonores; ils le sont véritablement; ils poste sèdent les qualités que nous leur attribuons, mais « ces qualités que notre esprit conçoit irrésistiblece ment âqps les corps , nous restent cependant in- « conmies; nous ne savons rien d'elles, si ce n'est « qu'elles existent et qu'elles ne ressemblent point a aux sensations qui en sont les effets : nous les con- (c cluons, nous ne les percevons pas. »
Ainsi , je dirai que l'âme substance possède réellement les attributs que nous affirmons ou croyons . d'elle maintenant d'une manière irrésistible , mais que nous ignorons absolument ce qu'est ou quelle cho^ e^/ cette âme; de plus, nous ne pouvons imaginer ce que peut être un attribut ou une modification considérée dans râmé (i), qu'en faisant ab-
(1) Voyez la Recherche de la vérité (livre III, deuxième partie , et les Eclaircissements)^ où Mallebranche ^ examinant la manière dont nous connaissons notre âme , expose toutes les difficultés que nous avons à reconnaître si certaines sensations sont ou ne sont pas des modifications de l'ûme; il oppose très bien l'ignorance où
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straction du sentiment actuel de notre moi; nous savons seulement que cette substance est^ ou existe^ en induisant son existence du sentiment de la personnalité, comme nous croyons que c'est elle qui est modifiée, en tant que l'esprit lui rapporte, avec le sentiment du moi y les mod^ successifs de la sensibilité et les opérations diverses de la pensée. U est donc vrai de dire que nous concluons la substance et les attributs de l'âme , comme nous co/ickeons la substance et les attributs du corps , sans que les uns ni les autres nous soient donnés par l'aperception immédiate ; mais si nous les concluons, la croyance qui s'y rattache n'est donc pas primitive ou n'entre pas nécessî^irement dans les premières sensations.
a Le moi est déjà dans les premières sensations ; s'il n'y était pas , on ne saurait concevoir qu'il s'y retrouvât par la suite, ou qu'il commençât à exister, à se poser lui-même comme être distinct de ses modifications. »
Je ne suis pas éloigné d'admettre ce point de vue , oà l'on pourrait dire que le moi est comme enveloppé dans des sensations , dont il ne se distinguera que dans la suite , par l'exercice d'une faculté spéciale ai aperception ou de réflexion.
Mais c'est là une hypothèse et non point nn /ait
nous sommes sur les divers modes et attributs dont cette substance çst capable à révidence des modes et propriétés que nous déduisons de la simple notion de l'étendue , etc.
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de sens intime. En consultant ce fiedt on trouve que dire que le moi existe ou est renfermé dans une sensation, quoiqu'il ne s'aperçoive pas ou oe se distingue pas de cette modification^ c'est comtàe si l'on disait que le moi existe absolument pour un être qui le contemple ou le juge du dehors, sans exister pour lui-même, ^ .
Et c'est sur cette différence des deiïx points de vue objectif et subjectif que reposent toutes nos difficultés. Uikî homme dort profondément, ou est dans un état de léthargie j cepepdant les mouvements de respiration, de circulation, de sécrétion, etc., continuent, sans qu'il y ait en lui de conscience, ni aucune sensation correspondante à ces mouvements vitaux. On pourra donc dire que son âme n'en continue pas moins, à exister; le moi est renfermé dans ces sensations ou perceptions confuses , quoiqu'il ne s'aperçoive pas, ou n'existe pas pour lui-même. Toutes les sensations déterminées, qu'on peut imaginer, sont contingentes, ou adventices à l'âme humaine : il n'en est aucune si essentielle à l'être pensant, qu'on ne puisse l'en concevoir privé à jamais ; mais il est impossible de concevoir un être actuellement pensant, qui ne s'apercevrait pas lui-même. Cette hypothèse a quelque chose d'absurde et de contradictoire. Si l'on disait qu'il faut une sensation ou impression du dehors pour faire naître le con^ scium suéj il faudrait dire que le contingent produit le nécessaire, etc.
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Veut-on dériver le conscium sut de rabstraction , comme le font ceux qui^ considèrent le moi comuie renfermé dans tonte sensation? alors il faudra dire que nous ne connaissons nos propres individus que comme des abstractions ; comme s'il était possible de concevoir dans Tabstrait ce que nous- n'avons pas , d'abord aperçu dan^ le concret.
Le mo/ n'est autre. que l'âme en tantxju'elle aperçoit son existence.
Il n'y a aucune difficulté à coçcevqir qiié l'âme peut être absolument , sans s'apercevoir qu'elle existe; mais il est absurde et contradictoire de dire qu'il y ait un moi sans aperception, ptpsque c'est l'aperception même qui fiait la, personne du moi.
Je trouve beaucoup de difficulté à dire , comme M. Ampère , que l'aperception ou le sentiment du moi n'est qu'un mode de Tâme; car le sujet qui s'appelle ye, et qui se considère datis le point de vue intérieur^ existe pour lui-même substantiellement, et ne se preiid point pour le mode dinne^ubs tance; il existe indépendamment de toute autre chose.
11 faut en revenir à l'opinion de M. de liignac , qui étend le fait de sens intime jusqu'à l'aperception interne du fond même de notre âme, ou du durable de la substance pensante. C'est ainsi que l'a entendu Malebranche quand il dit que notre âme se connaît par conscience; et c'est ainsi que je l'entendais moi-même avant d'être entré dans le point de vue de M. Ampère.
DK K* ROTER-COLtARD. 363
« L'âme, a-t-on dk < i), ne peut se concevokque comme un étiie apercepant; les idées sont des objets aperçus, et exister dans l'âme ne peut signifier autre chose, sinon qu'être aperçu par l'âme. »
Il y a sur cela bien des explications à donner : I® Je conçois le moi comme le sujet apercevant, ou qui aperçoit actuellement; mais le moi n'existe pas toujours, ou n'est pas toujours aperceçant : la notion de l'âme est celle d'un être qui reste le même alors quHl n'aperçoit pas; et dans l'intervalle de deux aperceptions, ce qui reste sans s'apercevoir est l'âme substance. Sans la croyance à quelque chose ou quelque substance qui reste la même dans l'intervalle de deux temps différents , il n'y a pas de souvenir intelligible ; la croyance ou la notion de substance entre donc nécessairement dans le souvenir. Je conçois donc l'âme non comme un être doué de la faculté d'apercevoir, qui a en lui ou dans sa nature l'aperceptioi^ virtuelle, ou l'aperceptibilité. Ceci s'applique à tout ce que nous appelons foive. La force n'est conçue que dans l'action présente, mais nous concevons qu'il y a quelque chose qui reste indépendamment de l'action, et qui a en soi la facuhé, la possibilité d'agir; et c'est là ce que nous appelons substance. La notion de substance est donc dérivée d# l'idée et du sentiment de hi force.
(1) Voyez le ^\èrm%rt sur Vapefception des idées, etc., de M. Mérian. Mémoires de l'académie de Berlin.
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On trouve tout simplement , dans le &it de conscience, et sans avoir besoin d'aucun intermédiaire, Forigine des notions^ lorsqu'on part de ce principe de fait que le moi n'est autre que Tâme, s'aperce* vant elle-même, et dans le fond de son être, lorsqu'elle agit ou déploie son action isur le corps. Elle est réduite à l'état de puissance nue^ ou de force simplement virtuelle, à'entélechie y quand elle est empêchée d'une manière quelconque d'exercer son action sur le corps 9 comme il arrive dans le sommeil, etc., etc
L'âme trouverait ainsi en elle-même la notion directe de cause ou de force agissante, comme elle trouve dans le sentiment d\x pouvoir non exercé la notion de force virtuelle ou de substance aciipe. Elle trouve aussi dans le sentiment de l'inertie ou de la résistance du corps, qui est le terme immédiat de son effet , la notion directe de la substance pas^ swe et étendue.
Lorsqu'elle sent en elle et dans son organisation une impression ou modification affective, qui commence, continue ou est suspendue, sans aucun concours d'activité ou d'effort de sa part , l'âme ou le moi présent conçoit, par uîie analogie ou induction naturelle, une cause ou force étrangère dont b modification passive est Peffet. Cett^notion n'emporte avec elle que l'existence ou l'être absolu de la cause , ou force étrangère , qui est tout à fait indéterminée. La notion de cause ou force étrangère, ainsi conçue