‹ Œuvres philosophiquesChapitre 48 sur 55 · DE M. BOYER-COLLARD · texte numérisé non relu

DE M. BOYER-COLLARD

Le sens intime comprend les deux termes de la relation primitive de la cause à l'efifet produit, dumoi ou de l'effet à la sensation musculaire, et non point la relation des deux substances , dont les notions ne sont point données primitivement par le fait de sens intime.

(c Le mouvement de mon bras est, dit le même auteur, une suite nécessaire de Vunion dès deux substances , par conséquent de la volonté du créateur qui a déterminé cette union. »

Faux raisonnement in abstracto. Le mouvement est un eflfet (plutôt qu'une suite) du vouloir. Sans les lois de l'union , il n'y aurait pas de vouloir ni de mouvement; mais, avec ces lois, il n'y aurait pas de mouvement sans le vouloir. Ce vouloir est donc une cause première dans l'ordre des faits intérieurs que nous connaissons, quoiqu'il puisse être considéré à son tour comme im effet subordonné à une cause première supérieure , dans cet ordre d'absolu que nous croyons sans le connaître.

<r La force attribuée à notre volonté ne s'exerce que sous la dépendance de certaines lois que notre volonté n'a point posées. » — ly accord. — « C'est donc à ces lois, et non point à la volonté, qu'il faut rapporter la correspondance nécessaire de nos membres à nos vouloirs, u — Je l'accorde encore. — a Donc la force motrice n'est pas dans la volonté. » — Je nie la conséquence. Pourquoi faut- il nécessairement que ce soit la même cause qui a posé les

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lois , qui exécute les mouvements en conformité de ces lois ? Dieu ne peut-il pas avoir joint au corps organique une substance douée de force , agissant immédiatement d'après les lois qu'elle ignore ?

On suppose toujours ^ et sans aucune raison , que celui-là seul qui connaît les lois ou les moyens d'exécution des mouvements physiques ou organiques, peut vouloir ces mouvements. Mais connaître objectivement les moyens d'exécution d'une chose ou vouloir cette chose, sont deux opérations si différentes et qui ont si peu de rapport l'une avec l'autre, qu'il est étonnant qu'on ait pu les confondre ou qu'on s'obstine à les considérer comme indivisiblement liées et dépendantes l'une de l'autre.

L'âme agit sur le corps et veut lès mouvements dont elle dispose, non par la connaissance qu'elle a de ce corps comme objets et des nerfs ou des muscles comme moyens ou instruments mécaniques , mais bien par le sentiment intérieur qu'elle a de ces organes mobiles, à qui elle est unie, de manière à influer ou agir sur eux par le vouloir et l'effet. Or ce sentiment intérieur diffère toto génère de la connaissance objective, si bien que Tobjet de la connaissance ne peut jamais être celui du sentiment et vice ^versâ. Autrement le moi se connaîtrait lui-même comme objet, comme chose extérieure : il serait lui et un autre. L'âme , toujours présente à elle-même, s'ignore elle-même comme objet; elle agit à chaque instant sur différentes parties; elle

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exerce cette action la voulant et la sachant ^ et elle ne connaît point la manière dont elle l'exerce (Ch. Bonnet, P^cA.). La manière d'exercer Faction ne peut être connue ou conçue qu'objectivement. Dieu voit la mécanique intérieure dont il est l'auteur; il en juge les lois et prévoit les effets de son point de vue supérieur et extérieur; mais il ne sent pas les mouvements opérés ; il ne les sent ni ne les exécute pas plus que l'habile anatomiste qui aurait le secret du comment de l'action musculaire, ne sentirait, en se remuant, le jeu des fibres nerveuses et musculaires, et ne voudrait opérer leur jeu. Ce que nous voulons, c'est telle sensation ou modification du sens musculaire dont nous sentons la présence avec notre pouvoir immédiat d'agir, notre énergie, et ce sentiment immédiat de pouvoir exclut la connaissance du comment.

<c La conscience (Lignac, t. III, p. 3r i) même de nos perceptions passagères annonce le sens intime àxxfondde mon être invariablement le même, sous toutes nos affections accidentelles; et c'est là qu'est prise la distinction qui nous est si familière entre les notions de substance et de manière d'être , auxquelles je défie de donner d'autre fondement. »

Il me paraît aussi évident que le fondement ou l'origine des notions ou relations premières de substance et de cause ne peuvent être que dans le sentiment intime de notre individualité ou identité personnelle. J'ai le sentiment durable.de la substance

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du même moi, qui exécutesuocessivem^nt différentes opératîoiis> éprouve plusieurs anodes ; et ce sentiment intime pénètre jusqu'au fond même de mon être. On peut le considérer comme étant celui de la substance même de mon âme ^ qui se révèle à dle- 0^me dans son ac/«>ii. Commentsaurais-jeque quelque <^ose varie ^1 moi ou que qudique chose reste le même hors de moi, ^ je ne restais jm» le même?

« Toutes nos sensations ne scmt donc que des flaodes du sera fomiamental de mon iodividualité identique et continue ; or, ce qui en moi est suscep^ tible de toutes ces modifications , est ma substance» Donc ce sens est ma substance. ^

Sous le point de vue philosophique, il répugne de dire qu'un sens est une substance , ou qu'une chose (juelconque, considérée dans la perception ou le sentiment actuel que nous ^1 avoi», soit une substance y une réalité en soi; la distinction entre les phénomènes et les noumènes consistant précisément en ce que les premiers soht des apparences perceptibles à un sens externe ou interne, et les secondes sont des rédUé^ absolues non perceptibles à aucun sens.

Ainsi, le sens intime de mon individualité permanente que j'appelle moi est bien la mslnière phénoménique dont mon âme se manifeale à la vue intérieure , mais non point mon âme telle qu'elle est «1 elle-même, ou telle que peut la voir du dehors une intelligence supérieure. En m'appliquant à moi-

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Hieme, par l'acte de réflexion ou d'apeneeption interne, le moi qui aperçoit et juge est le méme<{ui est aperçu ou jugé j mais cet être qui est aperçu qu jugé a toujours un fond substantiel inaccessible à l'aperception et indépendant de cet acte. Il peut avoir une multitude de propriétés ou d'attributs inconni», ou qui ne sont pas susceptibles de tom<<> ber sous le sens interne. Cela n'empecbe pas que ce qui tombe sous ce s&ns n'ait toute la réalité que nous pouvons concevoir; et cette réalité est supérieure à tout ce que nous appelons phénomène , à tout ce que l'âme perçoit comme objet , dont elle se sépare. Bien plus, toute la réalité d'être, de cause, de substance, qu'elle attribue à ce qu'elle n'est pas , est prise au dedans d'elle-même.

a 11 faut être absolument urij ou il £aut se sentir un , pour saisir un rapport quelconque. »

En effet ce n'est point un des termes du rapport qui peut saisir l'autre, puisqu'ils sont deux ou que l'un n'est pas l'autre ; mais c'est im seul et même être qui doit les embrasser simultanément dans son jx>int de vue. Appliquez cela à la relation primitive de cause et d'e£fet , ou à l'efFort primitif : l'être qui fait ou détermine l'effort , aperçoit cet acte , et en même temps la sensation musculaire qui en résulte sous le rapport de cause à effet. Mais ce n'est pas l'acte voulu qui conçoit le mouvement senti; c'est l'être incapable d'agir et de sentir à la fois^

Pour que le moi aperçut immédiatement sa sub*

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stance, il Csiudrait que dans l'effort voulu seul et séparé de tout mouvement résultant , il y eût un sentiment de rapport dont la force absblûe de l'âme serait le premier terme / taodis que Faction ou le vouloir, même non exécuté et non suivi d'eflfet, serait l'autre. Mais nous n'avons aucune idée d'une telle action ou d'un vouloir qui ne s'étendrait pas hors de l'âme même ou n'aurait aucun objet.

La cause ne peut jamais être connue comme un phénomène et n'a rien de phénoménique : en apercevant intérieurement la causalité du moi, nous saisissons immédiatement Vêtre^ la force et la substance de l'âme. Gomment concevrions-nous la cause réelle ou substantielle au dehors, si nous n'apercevions pas d'abord notre être propre cotnme cause. Le moi ne peut s'apercevoir de prime-aio/rf comme substance

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