BE LA PENSÉE
consistent ces faits et quels sont les sujets propres et les moyens naturels de cette double observation. Il m'a semblé que la valeur transformée des idées de causes, puissances ;, on facultés , telles que les physiciens les emploient , déguisant la source réelle et la véritable génération de ces idées , ne pouvait s'adapter à des questions aussi fondamentales (que la proposée) y sans en dénaturer entièrement ïe sens, et faire prendre le change sur l'objet réel d'une philosophie première. J'ai dû m'attàcher à faire voir que c'était en vertu de cette valeur fictive , ou de cette application détournée du principe de causalite, que la science de nos facultés ou opérations intellectuelles avait été ramenée, soit à celle de fonctions oiMiesultats de fonctions qui peuvent être xlécomposées dans leurs instruments ou leurs sièges , soit à une simple méthode de classification des idées ou des modes transformés de la sensibilité, considérés comme passifs et hors de toute puissance ou force transformatrice; soit encore à des notions surnaturelles et mystérieuses ou vagues de cette puissance. Or , je ne crois pas que dans aucun de ces points de vue , on ait encore atteint le but d'une analyse réelle de nos facultés ou opérations intellectuelles , qu'on ait pu même y concevoir nettement l'objet d'une véritable décomposition proprement dite, ni que les méthodes employées aient pu en donner les moyens : telle est l'opinion , hasardée peut-être , que je vais tâcher pourtant de justifier.
70 DE LA. DÉCOMPOSrrrON
Gomme la question a été conçue et se trouve exprimée dans la langue de l'auteur du Traité des sensations^ qui s'est expressément proposé une t/^composition de la faculté de sentir y identifiée avec celle àe penser (i), c'est dans ce point de vue que je dois me placer d'abord ; j'examinerai ensuite, dans le même objet, quelques-uns des principaux systèmes de métaphysique proprement dite; et après avoir tâché de déterminer le sens du problème dans ces diverses doctrines, je dirai à mon tour la manière dont je conçois une décomposition de la faculté de penser.
(1) Voyez la ïjogiqike, chap. ii.
DE l'analyse des FACULTES HUMAINES DANS DIVERS SYS^ TÀM1B6 DE PHILOSO^PHIE. PfiOlBT d'UNE XBTHODE PARTICUuns DE DECOMPOSITION.
( I. Analyse îdéc^ogîque, système de Gon4illac.)
Quoique GoodiUac se soit le premier proposé la question qui oonsisterait à décomposer la faculté de se^ir ou de penser i en se plaçant dans ce point de vue, où il prend les facultés intellectuelles pour les oiractères abstraits d'une même sensation quel* conque^ et «uivant la méthode particulière qu'il emploie pour distinguer et noter ces divers caractères, il paraît difficile de concevoir la possibilité et l'objet de quelque décomposition réelle.
Ce terme décomposition , emprunté de la chimie, où il a son acception propre et directe, ne peut s'appliquer, même dans un sens métaphorique, qu'aux cas où il s'agirait de séparer ou de concevoir par division réelle, les éléments d'ime idée ou d'une modification véritablement composée ; moins par la multiplidté et le nombre de ses parties, que par leur hétérogénéité ou diversité essentielle. Comme l'or, par exemple, ainsi que tous les mé^ taux et les diverses substances chimiquement sim^ pîesy peuvent bien être modiâés de difiiérentes ma-
nières, sans jamais pouvoir être décomposés^ tandis que les oxïdes et les acides seuls se décomposent ou se résolvent en leurs éléments; ainsi il ne peut y avoir de décomposition dans les modes de notre sensibilité ou les opérations de notre intelligence , qu'autant qu'il y entre des éléments de nature diverse ou provenus de sources différentes.
n y a peut-être aussi une sorte de décomposition physiologique applicable aux fonctions réellement composées par le nombre, la diversité, le jeu variable et les produits des instruments ou organes qui concourent à les produire. Ainsi en considérant la sensibilité comme fonction générale, d'où résulte l'ensemble des phénomènes de la vie, et prenant ce terme suivant l'extension ou la compréhension de valeur phénoménale qu'il peut avoir dans l'esprit du physiologiste, c'est à ce dernier qu'il appartiendrait de décomposer l'ensemble des fonctions sensitivesj comprises sous le nom de sensibilité ou faculté de sentir. Mais alors , écartant l'acception propre individuelle ou métaphysique du même terme , le physiologiste se bornerait à y voir le résumé de phénomènes multiples et analogues, en s'interdisant tout retour vers la force inconnue qui les produit, ou l'être unique moi qui se les attribue.
Ce n'est point là du tout le point de vue où se place Condillac. Sous le terme dA>s\v^\X, sensation y il ne £ait entrer ni les idées de circonstances organiques, ni celles de causes ou forces, extérieures ou