‹ Œuvres philosophiquesChapitre 8 sur 55 · DE LA. PEV&ÉE · texte numérisé non relu

DE LA. PEV&ÉE

pies capacités réceptives ; l'âme est une force y monade par excellence , à qui l'activité est essen^ tielle f et dont les produits s'ajoutant aux impressions reçues, ou leur correspondant par une har^ manie préétablie j effectuent, dans ce concours seul, de véritables idées complètes qui renferment matière et forme (i),

K'ant vient se placer entre ces deux points de vue, il réalise bien certaines formes qui sont censées , comme les idées innées de Descartes , résider passivement dans le sujet, par la seule nécessité de sa nature , et antérieurement à toute impression sensible. Mais il ne leur attribue , avec Leibnitz , la valeur ou le titre complet d'idées que dans leur imion.avec une matière fournie par les objets.

Dans ce dernier système , il n'est donc point question de facultés proprement dites ; il n'y a pomt lieu à l'exercice d'aucune force active, et l'entende-

(1) Cette différence entre les points 4e vue de Descartes et de Leibnitz, au sujet de la matière et de la forme de nos idées , ne rappelle-t-elle pas bien celJe qui existait entre Platon et Aristote , au sujet de cette même forme appliquée aux objets de la perception? Platon admettait la séparation actuelle des formes qu'il réalisait comme idées dans Tentendement divin, et qui venaient se joindre à une matière pour créer en quelque sorte le monde objectif. Aristote admettait bien une matière et une forme potenUeUemtni (ou plutôt logiquement) distinctes , mais non point réellement séparées. Quoiqu'on assimile ordinairement Leibnitz à Platon , c'est ici à notre Descartes que ^'applique encore mieux un parallèle que son disciple Mallebranche « le véritable Platon moderne , a parfaitement complété. Leibnitz et l'école allemande sont restés , en ce point, plus près de la doctrine d' Aristote.

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ment comme ht sensibilité se trouvent i^éduils à tin certain nombre de formes passives qui sont comme autant de propriétés permanentes du noumène intèrmiK Ces propriétés substantifiées dans leurs signes, abstraites de leur sujet ou de la puîssanee à q[ui dles se rapportent, sont énuméréei, daséées sens le nom de catégories. De là , une sorte d^analyse logique j où l'on trouve sans cesse cpufondues les idées d'opérations effectuées dans Finteêligence vivante qui s'y réfléchit, avec les termes généraux ou abstraits d'une langue morte qui n'en conserve que les résultats. £t l'on peut trouver ici qudque ressemblance entre les procédés de deuK méthodes ou doctrines bien opposées en apparence; ceUe qui réduit toutes les facultés de Fentendemènt à des formes ou catégories logiques , et celle qui n'y voit que les caractères abstraits d'Une même sensatimi transformée. ]Si l'une ni l'autre ne tiennent compte de la puissance formatrice ou transformatrice ; toutes deux confondent également l'ouvrier et la matière employée. Elles dépouillent,J'un désamorce, Fautre de sa réalité.

Dans le système de Leibnitz, cette force active, source de toute réalUéy se trouve aussi réalisée elle-, même hors de toute conscience et aperception actuelle ou possible de ses actes. De là vient encore que les lois de la pensée n'y sont pas seulement réflecLibleSy mais de plus calculables à l'instar des forces physiques mesurées par leurs effet» apparents*

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Dès lors la métaphysique n'esl guère phii qu'usie sorte de dynamique inteUecàuêlle. Et l'cm pourrait trouver là encore m point de rapprochement nou'» tea«i entre la philoadpbie de Leibnitz et la logiqoe de Ck>ndittac; tous deux considérant l'analyse appliquée aux propositions métaphysiques comme identique à la méthode des géomètres^ telle qu'ils Femploieiit <Axa la résolution des inconnues (i).

Malgré les diverga^tes des trois systèmes de métaphysique dont MOUS venons de parler, on les voit néanmoins jJacés dans une sorte de point de vue commun; d'oà ressort la possibilité d'une décompositicMD efifective de toutes les idées et opérations intdilectuelles^ à partir de la sensation même dont la simplicité admise en principe^ dans les doctrines de Locke et de Ckmdillac, exdut la possibilitéde toute * analyse ultérieure.

Mais esk nous présentant la seftsation ou l'idée comme un vérrtable composé , quels moyens donnent ces métaphysiciens pour en effectuer l'analyse? Nous sommes bien avertis qu'il entre dans tous les

(1) Voye2 la Logigti^ de GondîUac et les œuvres de Leibnitz ( tom. II, Logiea et Meiaphystca ) où l'on trouve ce passage remarquable : « In meHpky$iciê plugquêm in ifêis maikemaUeis luce et ceriitudine opus videtur ; quia ses mathemeUcœ sua examina et comprckationes secum ferunl quœ causa est potissima success%u, Sed in mêlap^sicis koe eommodo eareims » ilmque peeuliariw quœdam proponenda est ratio necessaria etvelui filum in làbyriniho cvjus ope , non minus quam euclideamelhodo ad càkuli instar, ^jUœstiùnes resohaniur, etc.»

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modes de notre sen^ilité , et y par suite ^ dans les produits de notre intelligence, une certaine matière toute fondée dans l'objet ou dans l'organisation, et une certaineyôrmé intellectuelle, inhérente au sujet identique y qui sent ou aperçoit tout ce qui est en lui ou hors de lui dans un temps ou im espace^ etc. Mais nous dit-on ce que peut être la matière d'une sensation, hors de son union intime à la forme, e^ vice "versa? Ne nous prévient-on même pas qu'il est impossible de concevoir ainsi ces deux éléments séparés l'un de l'autre ? Et en effet, puisque l'élément formel réside invariablement dans le sujet, avant même que l'impression sensible y ajoute une malière ; quelle que soit la variété de cette dernière, elle ne pourra manquer de venir toujours s'adapter en quelque sorte au même moule intérieur, ou se revêtir des mêmes formes : il tf y a là aucune exception à Éaire , poiift déplus ni de moins dans le degré d'affinité des deux éléments, par conséquent, point de possibilité de les concevoir distincts ou séparés l'un de l'autre.

Il en est ici, s'il m'est permis d'employer une telle figure , comme de la composition supposée de Y acide muriatique^ où les chimistes admettent par analogie une base combinée avec l'oxigène; mais sans pouvoir dire quelle est cette base, faute d'avoir pu encore la séparer du principe acidifiant général. Or, si tous les acides étaient dans ce cas , si l'on n'avait jamais mis à nu leur base acidifiable, ou qu'on

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n'eût jamais observé différente degrés possibles d'oxigénationy comment pourrait-on affirmer la composition de ces corps, ou dire qu'il entre une certaine matière variable dans tous, et un principe commun qui donne la forme acide constante?

Nous sommes ici dans une position plus défevorable encore pour l'analyse, puisque la sensation n'est jamais donnée que sous des/ormes identiques, hors desquelles la matière qu'on y suppose ne saurait pas même être conçue. D'où il suit que, malgré la base apparente que les systèmes dont il s'agit prêtent à une analyse de décomposition^ ils n'aboutissent guère dans le fait qu'à des distinctions nominales, et nous ramènent enfin, eji résultat, au même peint d'où Locke est parti , c'est-à-^ire , à admettre toute sensation comme réellement indivisible de Vaperceptiony et, par suite, comme renfermant les formes de temps j à' espace; et même le fondement des catégories d'unité j di identité ^ etc. , qui ne sont qu'autant d'expressions différentes du même fait de conscience. Toutes les distinctions ou précisicms métaphysiques qu'on pourrait fisdre dans c^ points de vue, ne se rapportent donc qu'à un monde abstrait de possibles j où la science est placée avant l'existence méme.^ Mais dès qu'on cherche à les rejoindre au monde des réalités, elles y demeurent ' sans application ; et leurs auteurs, revenus aux premières données de l'expérience, se voient contraints d'employer celles-ci telles qu'elles résultent des plus n. 8

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andeiiiies habitudes^ sans pouvoir remonl^r au-ddà. C'est ainsi. que la métaphysique, tout en prétencUfit s'arroger le dreit de ju^er Vexpérien^ en lui do»* liant des lois, reçoit au contraire les siennes, se fiàe à ses coutumes 9 et }m sanctionne (dirtàt .qu'ieUe «e lesireotiâe.

Les doctrines qui partent 4a possiUej comme celles qui partent du j-éely prennent en effet égale*» méat 9 pour type général <ie toutes leu^ées saosîbles, une sensation quelconque^ simple ou mixte par hypothèse ; ils en généralisent inra^édiatement le terme, et supposent, >sans crc»re avoir besoin d'autre examen détaillé, que tout ce qui peut être dit ou affirmé de tel mode particuUer, ^oofivieut de la m^ne manière à tous ceux qu'ils considèrent comme ayant le même sujet d'inhér^aiee. A:insi les mo<Uficatiûiis spécifiques qui sont le plus-^sentiellem^at diffiérenles, se trouvimt enreloppées eous un seul titre, derienneift sujets abstraits 4es «iêmes affirmations. C'eât ici que toute métaphysique ^ complètement se iiésoudre dans ime science con^ ventionnelle, où il ne s'agit phis que d^nalyses /ti^i'qtses et de formes verbales , san$ qu'il y ^ait lieu à aiioune sorte d'observation dk*ecte ou réflé<^e.

Cette <lemière remarque jdiiite à tottt^ce ^jui précède, a indiqué d'avance le point de 'vue so«sieq»d nous devons considérer, à notre tour, une décam^ position de la faculté de sentir ou depefuer.

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(lY. Projet d'une nouvelle analyse de décomposition.)

Si 9 en vertu d'une force d'organisation vivante, l'être sensitif peut recevoir des impresûons , et en être affecté^ san& apercevoir ces impressions, ou en avoir conscience sans se sentir moi, lorsque ce gentiment de 77201, que l'on peut appeler élémejêt pen* S0nnely viendra se joindre aux affections simples ^ U formera avec elles le composé que joous nommons sensation, ou, dans la langue de T^cke, idée de sensation; celle-ci n'est donc point campletem^iït simple^ et .ce n'est pas là qu'est le premier point de d^art de synthèse, ni le dernier d'analyse.

Mais, admettons ainsi 1^ distindiion hypo4:hétii|W3Ç de deux «^ments dans la sensation ^ supposo^a&^y une matière affedis^e et }xae forme personnelle ; ye dis que si ces éléments sont to«^aurs , et dans 4qw les cas, également unis, et réellement indivises au indivisibles dans notre expérience, on aura inMi tdors deux noms différents pour espiâmer deux pointsde vue particuliers, sous lasquefere^rït peut concevoir une seule et même modifiiCj^oAi sensible miiis ng^ point l'idée de deux élém^iMisou de (kux parties réellement dislinctes <et séparée», i'iwe ma^ iérieUejV autre Jor/nellefÀSins lesquelles cette oaaodification puisse se résoudre; il Jat'y auradonc pointlji de décomposition véritable^ umi» i^mflemeut uœ analyse logique. Ici, Je syHème de B^ant se iseiM^o^tre, dans la réalité^ avec celui de Locke ^ de C^ndillac*

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Mais s'il y a des impressions et des modes trèsafifectifs, où le sentiment de moi^ et avec lui certaines formes , constitutives de la perception , n'entrent point , ou n'entrent que de la manière la plus obscure ; si tout ce qui est exclusivement dans la sensibilité passive n'est pas dans la conscience; s'il y a une multitude de degrés suivant lesquels l'affection sensitive puisse croître ou diminuer, pendant que le sentiment de moi^ de son identité, de sa durée, s'obscurcit ou s'avive dans un ordre inverse; si nous pouvons assigner dans certaines circonstances ou conditions organiques, les lois de ces progrès et différences , qu'on découvrirait aussi, dans certaines limites, par une observation intérieure appropriée, alors nous sommes bien près de concevoir un composé et des éléments divers dans \^ sensation réputée là plus simple. Et si nous voulons conserver un langage, basé toutefois sur d'autres hypothèses , nous pourrons y admettre une matière variable et multiple^ fondée au dehors ou dans l'organe sensitif excité par des impressions quelconques; et une forme constante identique toute fondée dans le sujet moi, et dans l'aperception de ses propres actes ou le sentiment de leurs résultats.

Maintenant je crois qu'il n'est pas impossible de prouver, sans sortir de l'expérience, même, que cette matière et cette forme, ainsi conçues, n'entrent point de la même manière dans tous les modes divers auxquels s'appKque le terme général sensation : quel-

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